« Les Idees menent le monde »???


« Sans liberté de blâmer, il n’est point d’éloges flatteurs »

Beaumarchais.

Du point de vue de ses promoteurs, les « Idées mènent le monde » sont une réussite sur le plan quantitatif comme qualitatif. Quel plateau magnifique en effet réuni dans le cadre splendide du Palais Beaumont. De plus, tout s’est bien passé et les auteurs les plus sulfureux ou contestés ailleurs, ont pu s’exprimer ici dans une sorte de sérénité. Il y a là une réelle démonstration de tolérance et de capacité d’écoute d’un public en règle générale enchanté. Acquis d’avance pour une bonne part. Comme étaient acquis à leurs interlocuteurs les animateurs dont on aurait aimé plus de pugnacité voir de perspicacité.

Ces stars de la vie intellectuelle nationale que l’on entend régulièrement -mais pas assez- sur France Culture, Arte ou Public Sénat ont dédicacé beaucoup de leurs ouvrages et se sont montrées souvent attentives à leurs dévots, malgré le cadre très strict de la manifestation et son absence de convivialité.

Le professionnalisme était la règle : va-t-il de pair avec le débat d’idées ? Par ailleurs, si l’on parle de professionnalisme, il manquait parfois de micros dans la salle –comme si les interventions du public n’étaient pas les bien-venues- et les invités, plongés dans le noir n’étaient pas raccompagnés en coulisse. Détails pour le public, pas pour les conférenciers… Fautes de goût pour le moins.

Je retiendrai pour ma part la pénétrante conférence de Jean Pierre Chevénement revenant sur l’idée de Nation, sur les défauts de la construction européenne et sur leurs conséquences politiques. Que n’avons-nous pas écouté plus tôt ce sage dont les conclusions sont largement partagées désormais ? Il entendit une « standing ovation » : le vieux lion avait encore rugit. Il y a une sorte de posture Hugolienne chez celui que l’on surnomma le « Che » à qui François Bayrou rendit un juste et pénétrant hommage.

Un mot sur le titre cacophonique et contestable sur le fond car au lieu de poser la question « en quoi croire encore ? », il eut mieux valu se demander comment ne pas croire désormais ? Tellement nous sommes revenus des idéologies et des religions. N’épiloguons pas…

Avec « les Idées »  nous sommes donc plongés dans un cycle de conférences où l’on se rend à pied –le parking du dessous était loin d’être rempli- protégé par son parapluie. C’est assez mondain, le tout Pau se retrouve là, il faut en être, le Casino récupérant son lustre d’antan. C’est déjà bien ! Sont concernés directement les habitants du centre et ceux de Trespoey. Ils sont venus nombreux mais qu’est devenue la mixité sociale du précédent salon où se pressait un public plus divers, mélangé malgré une entrée payante et un lieu moins prestigieux : le parc des expositions ?

Quelle est la place désormais réservées aux libraires ou aux éditeurs dans ce cycle d’abord dédié à l’écoute des plus prestigieux conférenciers ? Il existe de nombreux éditeurs dans la région, des auteurs modestes certes mais qui ont travaillé et qui ont quelque chose à dire, sans parler de libraires courageux qui méritent aussi une certaine considération. Ils doivent dans ce cadre se contenter de la portion congrue et les plus petits –ceux qui ont le plus besoin de promotion, par définition- sont abandonnés au sous-sol dans une solitude triste.

Le livre est une réalité économique importante dans notre région. Elle est précieuse du point de vue de notre vie culturelle. Quid de la décentralisation culturelle démarche inverse à celle des « Idées » ? Car, plus que de faire descendre les Parisiens à Pau ne faut-il pas faire monter les Palois à Paris ? Et que l’on ne nous dise pas qu’ils n’ont pas, pour cela, les qualités suffisantes !

Tout ce qui brille n’est pas or. Le précédent salon du livre installé au Parc des Expositions avait aussi ses vedettes, je cite de mémoire Régine Desforges ou Cesare Battisti. Il était animé par une équipe de bénévoles, il y avait plus de bonne humeur et surtout les professionnels régionaux y faisaient de meilleures affaires. Le public des « Idées » est devenu un public amateur de conférences, très bien, mais que fait-on pour le livre ?

Pour que « les idées mènent le monde » ne faut-il pas balayer devant notre porte et envisager un vrai salon du livre à Pau désormais ?     

Pierre-Michel Vidal

Photo : « La liseuse » de Fragonard (DR)

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Un commentaire

  • Ce « coup ci » je suis en partie d’accord avec PMV, ce salon est le rendez vous de la « haute » les « sans grade » les petites « écuries » sont relégués au sous sol ,chacun a sa place que diable!

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