Je ne comprends pas

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Je ne suis sans doute pas le seul à ne pas comprendre les tenants et aboutissants de la réforme des retraites. Mais il y a des intervenants sur ce site qui m’aideront certainement. Je crois comprendre que l’exécutif veut unifier, mais aussi réduire la contribution de l’État pour les retraites par le biais de mesures comptables un peu obscures. Il n’est pas anormal que le gouvernement cherche à réduire le déficit du pays ni qu’il impose que le régime des retraites soit à l’équilibre. Mais sur quelles catégories de la population doit-il faire peser le rétablissement de l’équilibre ? Sur les plus fragiles ? Sur celles et ceux qui ont subi ces dernières années un gel de leur pension alors que l’inflation, pour faible qu’elle soit, est présente  et ronge le pouvoir d’achat ?

Les projections démographiques laissent une part d’incertitude. Mais aux dires de certains démographes, l’allongement de la durée de vie ne créé pas une urgence immédiate et la part des retraites dans le PIB devrait rester stable autour de 14%.

Je croyais que l’adoption d’un système par points permettrait de fixer la valeur du point à l’aide du rapport entre les cotisations de l’année en cours et les dépenses prévisibles compte tenu de l’espérance de vie. Un tel calcul peut être perturbé par des erreurs d’estimation mais des erreurs faibles pouvant être corrigées d’une année à l’autre. Ce système ne laisserait pas de place à l’arbitraire d’une décision gouvernementale ou du rapport de forces entre les partenaires sociaux et éviterait des conflits douloureux.

L’idée que chacune et chacun toucherait une retraite directement liée à sa contribution au cours de sa carrière est plaisante. Mais elle est perturbée par l’introduction de ce qu’on a appelé «l’âge pivot». Le fait de le rebaptiser en «âge d’équilibre» ne change rien si la notion est perçue comme un recul des droits acquis. La notion a un sens pour l’équilibre général du système. Mais, appliquée aux pensionnés individuellement, elle est contraire au principe annoncé de recevoir une retraite correspondant aux cotisations versées. Car celui ou celle qui a cotisé depuis ses 16 ans peut parvenir à un nombre de «points pivots» en s’arrêtant à 60 ans équivalent aux points obtenus par son collègue qui n’aura commencé à travailler qu’à 26 ans et s’arrêtera à 64 ans. Il ne devrait donc pas y avoir de référence à l’âge dans un système par points. C’est ce qui prévalait dans l’ancien système pour lequel il fallait avoir totalisé un nombre suffisant de trimestres. Une marge de manœuvre pourrait être accordée pour donner de la souplesse, avec évidemment une variation du taux de la retraite.

La référence à un âge pivot apparaît donc comme une faute de communication énorme, même si un tel terme peut être utilisé par les technocrates et les gestionnaires dans leurs analyses. Elle laisse perplexe.

En revanche, il est clair que la période de prise en compte des droits est cruciale. L’allongement sur toute la période d’activité plutôt que sur la fin de carrière va clairement pénaliser les retraités. Une compensation est nécessaire, ce qui est admis par les ministres. La baser sur les primes n’est pas une bonne proposition ; elle devrait être basée sur une revalorisation des professions concernées. Il en est de même pour les questions de pénibilité, d’astreintes et de sécurité (dont il a été très peu question). Cela aurait dû être l’objet de discussions dès la présentation du projet.

Il est malheureux que ce projet jette ainsi le pays dans le désarroi, l’angoisse et la colère.

Paul Itaulog

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4 commentaires

  • Non personne ne comprend rien à ce système présenté (à quelles fins?) dans un jargon inaccessible au commun des mortels. Est-ce comme ça que l’on parle à l’ENA ? Si ce n’est pas clair c’est qu’il y a un loup… ou simplement que nous sommes bêtes… mais qui voudra en convenir ? Fait-on, en démocratie, le bonheur des gens contre eux, même si on les prend pour des idiots ?
    On nous dit ( le démographe Hervé Le Bras ) que l’ancien système n’était pas si mal et qu’il n’y avait pas d’urgence à en changer… Tout le monde se pose donc la question que vont devenir nos retraites ? Quelles seront celles de nos enfants ? De combien vont-elles baisser ? En aurons nous tout simplement ? Tant d’acharnement pourquoi ? Et les premiers simulateurs sont déjà contestés. Ce ne sont pas des questions mineures, tout de même…
    Pourquoi, par ailleurs, Macron renonce désormais avec tant de facilité à sa retraite ? Tout le monde voit bien qu’un contributeur de l’ISF et sa femme de ménage ne voient pas leur avenir de la même manière. Enfin, mettre Laurent Pietraszewski, l’ex-DRH de Auchan (entreprise qui paye ses impôts en Belgique) comme pilote de la réforme de nos retraites cela rajoute à l’angoisse car ces types là ne sont pas commodes.
    Le gouvernement ajoute l’angoisse à l’angoisse et nous ne comprenons toujours rien. Heureusement, avant que l’irréparable ne soit définitif, nous avons les syndicats, honnis hier, qui, dans leur ensemble, retrouvent leur rôle qui est défendre les gens modestes. Certes on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs mais si certains trouvent l’herbe plus verte ailleurs qu’ils aillent la brouter. On ne les retient pas.

    • Il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre …
      Ce système de retraite est d’une simplicité extrême ce qui est plus compliqué c’est la période de transition. Les syndicats réformistes, les syndicats intelligents l’ont bien compris.
      Ce système de retraite est le plus juste. Evidemment il faudra que les cheminots se mettent enfin au travail…
      Ce système est déjà appliqué à des millions de personnes du privé avec grand succès et sans qu’on en entende jamais parler (et la CFDT a permis d’y mettre un age pivot à 63 ans AUJOURD’HUI !

      « si certains trouvent l’herbe plus verte ailleurs qu’ils aillent la brouter. On ne les retient pas. »

      Ben oui, si les grévistes gauchistes sont malheureux à la SNCF, la RATP ou autre, qu’ils aillent travailler ailleurs ici on est encore libre ! Ce sera rigolo…
      Mais n’oublions pas qu’en France une majorité de députés qui font les lois a été élue sur un programme contenant cette réforme. Elle est donc totalement justifiée !
      Alors ras le bol de ces pseudo citoyens qui contestent la démocratie !

  • Quelques précisions…

    « mais aussi réduire la contribution de l’État pour les retraites par le biais de mesures comptables un peu obscures »

    Il n’a jamais été question de réduire la contribution de l’Etat. Notre Paul Itaulogue connaît bien les mathématiques et l’équation est d’une grande simplicité. Le système par répartition pour être à l’équilibre dispose de trois variables ajustables : les cotisation, la durée de cotisation, les pensions.
    Il faut rajouter une donnée importante : le nombre de cotisants et de retaités, dont la prévision du COR indique qu’il entrainera un déficit de 8 à 17 milliards d’euros en 2025 si on ne change rien…
    Comme on ne veut pas toucher aux pensions ni aux cotisations, c’est la durée qui est la variable d’ajustement.

    Il est vrai que dans un système à point cela peut être contourné différemment par la valeur du point en acceptant qu’il puisse y avoir une baisse du point. Mais surtout en 2025 personne ne touchera une pension via le nouveau système. Il faudra attendre plusieurs dizaines d’années pour qu’on bascule pleinement dans ce système.
    D’ailleurs, notons au passage que personne ne peut prévoir les conditions de 2040 ou 2050 il y aura peut être des pensions divisées par deux …ou l’inverse, mais ne rêvons pas… Les grecs ont vu leurs pension abaissées de 40% …

    Il aurait été logique pour plus de clarté que cette réforme paramètrique soit faite en premier, mais calendrier oblige …

    « Le fait de le rebaptiser en «âge d’équilibre» ne change rien si la notion est perçue comme un recul des droits acquis. »
    Je crois que vous n’avez pas compris ce qu’est un régime par répartition. Il n’y a pas de droit acquis. Quand on cotise, ce n’est pas pour nous mais pour les retraités ! Et quand on devient retraité ce sont les conditions actuelles, traitées par les partenaires sociaux qui définissent les conditions de départ en retraite. Ce n’est pas pour rien que partout en Europe l’age légal de départ à la retraite varie entre 65 et 67 ans !!! Et en France ce serait 62 ?
    Ce que racontent les cheminots d’extrême gauche, sont des balivernes, il y a belle lurette que leurs conditions de retraite auraient dû changer, et pas comme l’a fait Sarkozy. Est il normal que ce soient les contribuables qui payent 3 milliards d’euros chaque année pour payer les retraites de ces privilégiés ?

    Concernant l’age pivot on voit bien qu’en fait il est déconnecté du régime par points proposé. D’ailleurs, comme j’ai eu l’occasion de l’écrire dans un autre commentaire, le régime AGIRC ARRCO géré par les partenaires sociaux est un régime par point avec un age pivot à 63 ans….et il n’y a pas eu de révolution à la CFDT

    « Il est malheureux que ce projet jette ainsi le pays dans le désarroi, l’angoisse et la colère. »

    Mais non les grévistes sont ultra minoritaire, ils s’opposent surtout politiquement mais ne proposent rien de sérieux. Les media majoritairement de gauche en particulier dans le service public ne donnent la parole qu’aux opposants, leurs micro trottoirs sont absolument orientés vers des opposants tout comme leurs débats.
    Ce sont eux qui ne font pas un vrai travail de journalisme objectifs un peu comme sur ce blog…et cet article.

  • Paul Itolog  »L’idée que chacune et chacun toucherait une retraite directement liée à sa contribution au cours de sa carrière est plaisante ». Pas seulement plaisante, puisque l’expérience de 10 millions de retraités sont là pour attester que ça marche! Ce sont les régimes obligatoires des retraites complémentaires ARRCO et AGIRC qui fonctionnent depuis des décennies. Avec 16 millions de cotisants, et presque 10 millions de retraités à qui une retraite complémentaire est versée, c’est concluant.
    Mais c’est le PRIVÉ et les syndicats de fonctionnaires y sont hostiles.

    Les syndicats en délire attaquent la proposition du régime à points pour tous, et feignent d’oublier qu’un choix ancien qu’ils ont fait inscrire dans leur statut de la Fonction Publique est DÉFAVORABLE à leurs retraités . Tout simplement le refus des syndicats en 1947 de faire entrer les primes versés aux fonctionnaires dans leur salaire soumis à cotisation de retraite. Un refus ‘définitif’ qui touche en plein nombre de fonctionnaires appartenant à des corps où les primes comptent fort dans le salaire( et à peine modifié à partir de 2016 avec un peu de cotisations mais plafonnées). Pensez par ex. aux infirmières des hôpitaux avec 22 ou 23% de primes qui COMPTENT PEU pour la retraite. A l’opposé, si on peut dire, les enseignants où il y a peu de primes et pour lesquels une revalorisation est nécessaire.

    Ces fonctionnaires ont été partiellement dispensé de cotiser ; qu’ils réalisent qu’un régime où tout euro est cotisé en vue de la retraite est non seulement équitable mais aussi gage d’une retraite améliorée.

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