Pau, la honte

Ces faits qui se sont déroulés dans la nuit du 19 au 20 octobre dernier viennent seulement d’être portés à la connaissance du public (La République des Pyrénées et France Bleu Béarn du 21 décembre 2019).  Deux policiers du commissariat de Pau ont exercé des violences volontaires sur un mineur retenu dans leurs locaux.

Selon ces organes de presse, durant cette nuit, la police municipale a interpellé sur la voie publique un jeune garçon âgé de 17 ans. Il présente toutes les caractéristiques d’une personne prise de boisson. Alors, comme il se doit, les policiers municipaux le conduisent au commissariat de la police nationale. Là il est menotté et mis en attente sur un banc avant, selon ce qui est la règle, d’être conduit à l’hôpital afin qu’il soit établi que son état est compatible ou non avec une rétention dans les locaux de police. Ce jeune est agité et profère des insultes, fait très habituel dans ce genre de situation. Il devient violent lorsqu’il assène un coup d pied à un policier. Et c’est là, toujours selon ce que rapporte la presse locale, que tout commence. Deux policiers, de la police nationale afin de le calmer ne trouvent d’autre solution que de le frapper à l’aide de gifles. Les coups ont dû être violents puisque par la suite le certificat médical précisera que sont état justifie d’une ITT (interruption temporaire de travail) de plus de huit jours avec perforation d’un tympan. Lorsque l’ITT dépasse huit jours l’infraction devient un délit. Dans la circonstance il serait aggravé du fait que les auteurs présumés, sont dépositaires de l’autorité publique ou chargés d’une mission de service public dans l’exercice ou à l’occasion de leurs fonctions ou de leur mission (art.222-13 du CP).

Il se trouve que l’un des policiers municipaux est muni d’une caméra-piéton. Il filme donc la scène, à l’insu semble-t-il, des autres. Devant cette situation la loi est formelle : obligation est faite à quiconque ayant eu connaissance de tels faits d’en faire un signalement aux autorités judiciaires, en l’occurrence le procureure de la République. Marc Cabane, maire-adjoint chargé de la sécurité, ne dit pas autre chose lorsqu’il justifie la décision de ce signalement. Notons, pour plus de précisions, que si cette infraction est avérée – restons prudents tout de même – elle fera encourir à ses auteurs une peine de 3 ans de prison et de 45 000€ d’amende avec circonstances aggravantes éventuellement retenues.

Pour l’appréciation des faits, la justice considérera comme peu ou pas recevable que ce mineur soit déjà connu de la justice pour des délits antérieurs. La police ne peut sans se dévaloriser se comporter de cette façon, c’est un truisme que de le dire. Elle est là pour protéger et aider. Il existait d’autres manières de maîtriser ce jeune garçon que de le frapper ainsi. Peu importe, dans les considérants de la justice, que les auteurs présumés soient des policiers expérimentés et fort honorablement considérés comme le dit un syndicaliste. La procureur a saisi l’I.G.P.N. (Inspection générale de la police nationale) afin qu’une enquête judiciaire soit effectuée. La cheffe du parquet a voulu dépayser l’affaire vers une autre juridiction, vraisemblablement Tarbes, afin que le dossier soit suivi avec la plus grande objectivité.

De cette affaire on peut tirer deux réflexions. L’une porte sur les relations qu’il y a actuellement ou qu’il y aura par la suite entre ces deux polices. La police nationale ne tiendra-telle pas rigueur à l’autre police, la municipale, d’avoir ainsi dénoncé ses agissements ? Il est souhaitable, selon d’ailleurs certaine convention passée entre la municipalité et l’État, qu’elles fonctionnent en complémentarité et en bonne entente. L’autre réflexion est alimentée par les paroles d’un certain syndicaliste (La République des Pyrénées) : « Malgré le professionnalisme au quotidien de tous nos collègues, il arrive parfois qu’ils restent des hommes et que la fatigue et la surpression (sic) qu’on dénonce depuis des mois amènent à des affaires aussi pénibles pour tout le monde. […] Je les connais tous les deux ce sont de super flics ». Comme ces propos sont maladroits ! Que veut donc dire ce « il arrive parfois qu’ils restent des hommes » ? Ils ne le sont donc pas toujours et quand ils ne le sont pas, ils sont quoi ? Des surhommes ? « Ce sont des super-flics », nous dit le syndicaliste ; et les autres qui ne sont pas des super-flics, ils sont comment ?

Des fois savoir se taire donne de l’épaisseur et de la crédibilité à quelqu’un. Il reste que cette affaire porte un préjudice certain à l’image de la police nationale et en ce moment, ce n’est pas ce dont elle a le plus besoin.

Pau, le 30 décembre 2019

par Joël Braud

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