Le Prince

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Le Président de la République venant à Pau cette semaine, il est difficile d’éviter le sujet. Celui des perturbations de la circulation qui en découlent, pour commencer. Nous y sommes habitués après les longs et pénibles travaux du Fébus ou celles liées au « Grand Prix » qui bloque pendant plusieurs semaines les voies les plus agréables de la capitale béarnaise, favorisant les bolides au détriment des véhicules privés. La lassitude crée, en quelque sorte, la résignation : « on fait avec ! ». C’est une question subalterne nous dirons « les grands hommes » qui nous gouvernent munis pour leur part de coupe-files ou de voiture avec chauffeurs. Il ne sert à rien d’être jaloux. Le pouvoir, contraignant pour ceux qui l’exercent, a ses contreparties, elles ne sont pas négligeables.

Le Président est un stratège électoral hors pair comme il l’a montré lors de la Présidentielle et au début de son mandat pulvérisant ses adversaires, laissant ainsi « le Vieux Monde » dans un champ de ruines pour y installer ses amis fraîchement débarqués sur un terrain inconnu pour eux. Aux manettes désormais, ils multiplient les maladresses. Leur « parrain » aura eu, dans l’aventure, pour principal et unique allié le Modem qui, grâce à ce soutien risqué, a retrouvé une seconde vie, une sorte de rebond miraculeux. Mais durera-t-il, c’est la question ? Et les « tracasseries », ces mises en examen de nombre de ses responsables, vont elles une fois encore, tirer le Mouvement vers l’enfer ?  

Il sera intéressant d’examiner en détail quel sera l’attitude de l’illustre visiteur envers son hôte : le traitera-t-il en vassal estimable ou en féal négligé ? La participation du sortant aux élections municipales prochaines dépend, pour partie, de la chaleur de son cadet. L’aîné prend son temps : il n’est pas sûr d’y aller a-t-il confié ici et là… Est-ce un simple artifice, une  coquetterie ou un véritable doute ? Les faveurs du « Prince », émule de Machiavel -c’est ici un compliment-, pèseront lourd dans sa décision. Il y a sans doute une part de lassitude compréhensible de la part du Béarnais qui voit ses ambitions ultimes, les seules qui vaillent vraiment, s’éloigner définitivement après s’être rapprochées . Même si en politique il ne faut jamais dire jamais, il y a de quoi se poser des questions, même si l’on est doté d’un solide caractère, d’une obstination, d’aucuns diront entêtement, remarquable.

Le Prince, a-t-il encore besoin de son ami ? De celui qui lui a ouvert les portes de la gloire et de la fortune ? Sa situation est difficile, le peuple qui, dans cette affaire a aussi son mot à dire, est remonté contre lui. Il faudra bien qu’il refasse le terrain perdu s’il veut un nouveau triomphe. Tous ceux qui ont été à sa place veulent faire un doublé. C’est la raison profonde de son comportement dans le conflit actuel : trouver un positionnement nouveau, qui progressivement lui assurerait la victoire dans les batailles à venir et dans la « mère » de toutes celles-ci : l’élection présidentielle.

Un conflit très politique au fond où s’affrontent le camp de la réforme et celui de la rupture. A la surprise des premiers, son issue est incertaine, ce que nul n’envisageait au départ. Pourtant, le mouvement des Gilets Jaunes, quand on y regarde bien, laissait présager ces difficultés. « L’ ancien », privilège de l’âge et de l’expérience, avait mis en garde son mentor contre son impétuosité. Il devrait lui rappeler ces avertissements. Il est aisé de tirer des leçons a posteriori, lui répondra-t-on…

François peut-il encore apporter quelque chose à Emmanuel dans son rêve Bonapartiste ? A la marge peut-être. S’il venait à l’esprit des conservateurs de s’amender et de revenir aux fondamentaux du gaullisme, aux idéaux de Philippe Séguin dont on a fêté la disparition avec un certain éclat, à l’astuce d’un Chirac regretté par son camp, alors pourrait surgir les ennemis, dangereux parce que crédibles. Le Prince les connaît ces adversaires potentiels : le duc de Troyes, François Baroin, qui aurait l’aval de nombreux élus ou le comte des Hauts de France, Xavier Bertrand, qui fait un sans-faute sur ses terres ingrates malgré une élection difficile. Tous les deux appliquent le précepte d’airain de la vie politique : y penser toujours en parler jamais… Il y a donc un risque… Dans ce cas de figure, François serait encore utile à Emmanuel ; le premier n’aurait alors d’autre choix que de soutenir le second et cela pourrait faire, en définitive, la différence : le peuple, désabusé dans ses espérances, optant pour la solution la moins pire.

Ne nous y trompons pas c’est de cela dont il s’agit dans la réponse, ou plutôt non-réponse, donnée aux protestations de la rue comme dans les conversations discrètes qui se dérouleront dans la salle des cent couverts du beau château du Roi Henri -un manœuvrier de génie et sans scrupules. Car il n’y a pas eu de rupture réelle dans l’Histoire de France : les mécanismes de la République, l’élection du Président au suffrage universel, en font une sorte de roi aux immenses pouvoirs. Un monarque républicain, maître du temps.    

Pierre-Michel Vidal

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