Pères et papas

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Nous sommes tous pères et grands-pères, papas en devenir, voire les deux en même temps. ce qui ne va pas sans poser d’étranges interprétations de l’entourage, mais passons ! Je viens d’achever Papa, le dernier roman de Régis Jauffret, l’auteur de micro-fictions qui lui ont valu, en 2018, le prix Goncourt de la nouvelle.

Ne voilà-t-il pas que notre Régis aperçoit furtivement l’arrestation de son père par des policiers en civil dans un documentaire sur la ville de Marseille sous l’Occupation. Jauffret essaie, alors, de « reconstruire » la vie de son géniteur à l’aune des souvenirs qu’il récupère, tant bien que mal – c’est là, ce me semble une des réussites de l’ouvrage – au fond du puits de la mémoire qu’il ne cesse d’interroger, de malmener. Nous dit-il la vérité vraie ?? Nous trompe-t-il ? Toute la littérature est dans ce questionnement. Qu’importe, lisons et lisons encore !

Cette arrestation, dont il ne sait pratiquement rien, est le fil rouge d’une narration scandée par d’incessants retours en arrière où son papa, on ne peut plus sourd, sombre quelques années après sa naissance dans une dépression dont il ne pourra jamais se défaire. Cet homme, en effet est insaisissable pour son fils. Il l’est aussi pour le lecteur, qui oscille entre l’image dégradée du pleutre et salaud qui aurait sauvé sa peau en dénonçant des républicains espagnols ou l’éventuel résistant ayant reçu en 1945 la visite inopinée du Général de Gaulle.

Il est clair que Jauffret nous laisse accroire que ce héros gaullien, sans doute crée pour les besoins de la cause romanesque, a sa faveur. Il n’en demeure pas moins qu’il nous livre, pièce après pièce, la réalité du puzzle familial. Le fils unique qu’il fut nous dit simplement et avec finesse la douleur enfouie, toujours prête à resurgir, d’un père absent, névrotique, parti on ne sait où, dont il semble n’avoir rien reçu ou si peu. Il imagine même, et nous berne une fois encore, le miracle d’une journée extraordinaire que ce « Papa » lui consacre totalement. Ainsi achève-t-il son roman par cette phrase rédemptrice pour son père et lui-même : « Désormais nous ne nous quitterons plus jusqu’à la fin de mes jours. Je t’ouvre la porte. Je t’accueille à bras ouverts. Voici ton fauteuil, ton journal, tes cigarettes et je vais de ce pas te préparer une tasse de café. »

Emmanuel Valenti

Régis jauffret, Papa, roman, Seuil, janvier 2020, 200 p., 19€

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