« J’accuse ! »

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Et voici qu’une bombe éclate : une émission de télévision somme toute médiocre, ennuyeuse et convenue, éclipse dimanche tous les autres sujets d’actualité. Tous nos médias en font leur une des « Césars » et se déchaînent dès le matin. Oubliés l’épidémie de Coronavirus, le 49/3 et la réforme des retraites, les vagues de migrants poussés par Edorgan, le départ des Anglais vers d’autres rives, les massacres des populations syriennes, le réchauffement climatique, etc. Que diront nos enfants de nos passions subites ? Que penseront-ils de nos ardeurs futiles ? Vivons-nous dans un monde qui prend l’accessoire pour l’essentiel ? Qui, pour des « combats douteux » fait preuve d’une violence spectaculaire ? Spectaculaire, car nous sommes toujours dans la société du spectacle, comme l’avait décrite Mac Luhan où l’invective, l’image surtout, prime sur le raisonnement. Pour se faire entendre il faut donc user de la bonne vieille technique du happening…  

L’image c’est celle d’une actrice quittant la réception très BCBG et au fond insipide de l’entre soi du cinéma français, en hurlant la honte clouant au pilori un homme qui a eu sa part de souffrance. Son œuvre est ainsi mise en accusation, une des meilleures de l’histoire du cinéma avec « Macbeth », « Le bal des vampires », « Le pianiste » pour n’en citer qu’une petite part et surtout son dernier film, « J’accuse » qui démonte de manière implacable une des pages les plus sombres de l’histoire de France et, par-là, le mal qui continue à ronger notre société : l’antisémitisme.

Car c’est bien le film « J’accuse » qui est visé derrière la véhémente vindicte à l’égard de Roman Polanski, son réalisateur. L’acharnement choquant à brûler en place de Grève cet homme ne peut s’expliquer autrement. Si son statut d’artiste ne le met pas au-dessus des lois, ces accusateurs.trices ne peuvent pas non plus s’ériger en procureur. Il y a des lois et tout homme non déclaré coupable est présumé innocent, il en va de même, fort heureusement, pour tous les hommes politiques actuellement mis en examen. La France est un pays de droit et même si le pouvoir actuel en donne parfois une triste image –avec la brutale répression des manifestations-, elle le reste, puisqu’il y a des recours qui aboutissent et que, la machine judiciaire, dans son ensemble, maintient un cadre dans lequel l’individu peut s’épanouir. On peut toujours faire mieux, c’est vrai !

Pour faire bonne mesure, pour enfoncer la tête dans l’eau des auteurs du film –et par conséquent le film lui-même-, voici que le ministre de la culture, y va de son jugement péremptoire et définitif. Il avait prévenu d’ailleurs avant même que la soirée ne se déroule. Sans doute n’a-t-il pas apprécié de n’avoir pas été obéi dans ses recommandations. Nous sommes là dans une démarche autoritaire, qui évoque « l’art officiel », la période stalinienne. C’est le ministre qui donne les bons et les mauvais points, qui décide de ce qui est bien ou mal pour le spectateur et qui, en l’occurrence, enfonce la tête sous l’eau tous ceux qui ont contribué à réaliser J’accuse car un film est travail collectif qui concerne plusieurs centaine de personnes.

J’accuse, pourtant fait honneur au cinéma, par son objectif : l’analyse subtile du mécanisme de l’antisémitisme et aussi par la qualité de sa réalisation : la première scène où Dreyfus est dégradé publiquement, dans la cour des Invalides est un plan/séquence d’anthologie.

Ainsi, au pays des Droits de l’Homme, on voue un culte à Céline, grand écrivain (certes) à l’antisémitisme assumé et on voue aux gémonies Polanski l’auteur d’un film efficace et émouvant qui dénonce ce cancer qui nous ronge.

Pierre Michel Vidal  

Photo D.R.

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5 commentaires

  • Le féminisme est un extrémisme! Et je suis une femme, jusqu’à preuve du contraire! La campagne des « chiennes de garde » il y a quelques années, a donné le ton et l’une de mes amies me disait à ce moment là « Mais que fait la SPA? Il faut enfermer ces enragées qui nous font vraiment passer pour des imbéciles à l’intolérance incurable ». Il se trouve que nous nous étions perdues de vue et que nous nous sommes retrouvées le jour des César. Nous n’avons regardé que le début de cette pantalonnade. Tout cinéphile averti savait que le scénario prévoyait la mort du réalisateur et qu’il n’aurait aucune défense dans la salle.
    Ce n’était pas la fête du cinéma « qui avait fait sa cure de jeunisme », mais l’exposition de la vindicte lancée contre un homme dont on a décidé qu’il doit mourir!
    Roman Polanski n’a pas été condamné par la justice américaine. Il n’est pas mis en cause par la justice française. Mais des bijoux délaissés en ont fait leur victime expiatoire.
    On est dans l’air du temps. Si je pense qu’une personne fait du mal, alors je ne cherche pas à le prouver, mais je dénonce sur les réseaux sociaux et télés. Si je suis une actrice, es copines me soutiendront. Peut-être même quelques mecs dont on pourrait se demander à quoi ils jouent…
    Quand un Lambert Wilson prend la défense de l’un des plus grands réalisateurs français, est-il aussi coupable que celui qu’il défend?
    Alors j’accuse toutes celles qui ne voient dans les hommes (et j’en connais) que des obsédés sexuels, d’être à leurs tours coupables d’une violence connotée et obsessionnelle visant à diaboliser tout acte sexuel et toute relation entre deux partenaires de même ou de sexe différent. Je les engage à faire surtout leur examen de conscience.
    L’art se parant de moralité a bien souvent couvert des débauches bien plus grandes que celles qu’il dénonçait. Que cachent les féministes du 21ème siècle?
    Ma peau noire m’a valu bien des remarques depuis 35 ans, mais je n’ai jamais cédé à la facilité du féminisme. Les allusions de certains spécimens ont reçu en retour des allusions de ma part et en reçoivent encore. C’est la meilleure réponse à apporter aux imbéciles et c’est la réponse que je voulais adresser aux étrémistes dont je ne serai jamais!
    Marjorie

    • Bravo Madame !

      • Pierre-Michel Vidal

        Nous sommes dans un état de droit. Et c’est sur ce Droit que nous pouvons nous appuyer pour condamner. Sinon nous nous plaçons dans la justice expéditive. On sait où peuvent nous conduire ce genre de dérives même si elles sont menées au nom de bons sentiments.

        • Selon la formule, : « la justice se rend dans les prétoires et pas dans les boudoirs ». L’affaire Dreyfus a divisé les Français pendant plusieurs décennies parce que justement tout le monde avait un avis sur la culpabilité de celui-ci. Souvenez-vous du dessin de Caran d’Ache : ne parlons pas de l’affaire Dreyfus, puis ils en ont parlé. L’affaire Dreyfus a commencé en 1894 et s’est terminée en 1960 par la déclaration officielle de l’innocence du capitaine Dreyfus. La justice est une institution essentielle et anticiper sur ses décisions ou les critiquer est forcément dommageable pour notre société.

  • « Car c’est bien le film « J’accuse » qui est visé »

    Affirmation totalement gratuite.

    Vous déformez d’ailleurs les propos du ministre, qui a dit que si le réalisateur (Polanski) ne devait selon lui pas être récompensé, le film pouvait l’être :

    >  » en rappelant toutefois la différence entre l’homme et l’oeuvre et en disant qu’il
    > ne serait « absolument pas choqué » que le film « J’accuse » de Roman Polanski
    > obtienne le César du meilleur film. »
    https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/8h30-fauvelle-dely/roman-polanski-gabriel-matzneff-loi-audiovisuelle-eurovision-le-8h30-franceinfo-de-franck-riester_3827323.html

    Vous êtes habituellement bien informé et le savez très bien, donc ce que je me demande c’est pourquoi vous ne rapportez pas objectivement ce débat et n’informez pas correctement à votre tour ?

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