Le dire et le faire

Comment tourner autour du pot ? Comment contourner ce qui nous concerne au premier chef, nous confinés : le virus, sa progression, ses conséquences ? Certes nous avons De Funes, Netflix, la peinture du garage, la tonte du jardin –pour ceux qui ont la chance, le privilège, d’en avoir un-, mais que faire des enfants qui tournent en rond ou qui manquent tant aux grands-parents que nous sommes ? Comment agir auprès de nos vieux parents seuls, menacés et invisibles ?

 On le voit tous les jours un peu plus, demain ne sera comme avant : nous ne pourrons plus serrer la main de l’ami ni même embrasser les proches. Nous ne ferons pas la fête du déconfinement envisagée : ce fameux repas planifié entre copains autour d’une tête de veau chez « Laurette », ni même boire un verre sur le boulevard des Pyrénées, avec, en fond, l’Ossau ensoleillé. Non ce n’est pas demain la veille que la vie d’hier reprendra.

Le Président nous l’a dit lundi soir, il y aura bien un déconfinement et la date est fixée au 11 mai. C’est à la fois loin mais c’est aussi proche pour les citoyens qui, jusqu’ici ont été disciplinés et respectueux de la règle, dans leur ensemble, comme il l’a souligné à juste titre. Il fallait bien donner une perspective. Huit semaines au total, pouvait-on enfermer plus longtemps un pays entier ? Et pouvait-on envisager la levée de ce confinement sans que l’école ne reprenne ? Quel sens cela aurait eu ? N’est-ce pas indispensable que l’économie reparte, pour un minimum du moins ? Il nous a rassurés : tout cela sera accompagné des mesures sanitaires indispensables, puisque chaque Français sera doté d’un masque et que les tests de dépistage, sans être généralisés, seront multipliés.

Voilà pour le dire. Mais qu’en est-il du faire ?

On peut douter de la perspective proposée. Le remède sera-t-il pire que le mal ? La réouverture des écoles, de l’industrie ou du commerce est-elle réaliste du point de vue sanitaire ? Où sont-ils ces foutus masques que l’on attend depuis plusieurs semaines et qui auraient dû être à notre disposition depuis le premier jour ? On promet que chaque Palois, chaque habitant de l‘agglo, pourra en disposer d’un par l’intermédiaire de sa mairie. C’est une promesse rassurante. Mais quand ? Aux Calendes Grecques ? Pour le moment il est impossible de trouver un seul masque sur la région paloise.

Dans quelles conditions pourrons nous être testés ? Tout le monde ne le sera pas d’ailleurs. Pourquoi ? Parce que cela n’aurait pas de sens, nous dit-on. Ce qui se fait chez nos voisins, qui a un sens là-bas, ne peut-il se faire chez nous ? Tout le monde connaît la réponse à la question des tests : nous n’en n’avons pas assez de disponibles et il faut les réserver à ceux qui sont atteints ou susceptibles de l’être. Au fond, on nous dit pour les tests la même chose que ce l’on nous a ressassé pour les masques avant de les préconiser : « ils ne sont pas utiles » et cela pour cacher la pénurie.

Ré-ouvrir l’école c’est bien. Les enfants en ont besoin. Les plus démunis plus encore que les autres : «Le premier but est social», a expliqué Jean Michel Blanquer. «Il y a des élèves qui peuvent partir à la dérive à cause du confinement, aujourd’hui, il y a des enfants maltraités à la maison». C’est juste, mais les précautions sanitaires de base : les masques en suffisance, la réfection des toilettes pour que chacun puisse s’y laver les mains, les distances entre les enfants –souvent porteurs sains- rendra-t-elle possible cette reprise scolaire ? Quel en sera le coût sanitaire ? Vivrons-nous un nouvel épisode calamiteux, semblable à celui des municipales ? Le principe de précaution ne devrait-il pas prévaloir ? Serons-nous prêts dans un mois ?

Une fois encore dans cette crise terrifiante, il y a une sorte de gouffre entre le dire et le faire. La communication prend le pas sur l’efficience. Le confinement, méthode antique, est la preuve de cette impuissance. Nous reproduisons, à l’échelle mondiale (car personne n’y échappe) ce que l’homme pratiquait face à la peste ou le choléra. Nous n’avons rien d’autre, il faut donc s’y plier. Mais pourquoi ne pas nommer ces incapacités ? Pourquoi ne pas dire les choses dans leur terrible vérité ? Serions-nous incapables de les comprendre ? Ce hiatus entre le dire et le faire témoigne d’une injuste défiance envers le citoyen. La confiance que nous devons à ceux qui mènent la barque dans une si difficile circonstance doit être partagée : l’équipage a droit à la vérité.

Pierre-Michel Vidal

Notez cet article

Cliquez sur une étoile

Note moyenne / 5. Nombre de note :

Nous sommes désolé que cet article ne vous ait pas intéressé ...

Votre avis compte !

6 commentaires

  • Il faut se méfier de la nouvelle Île d’Utopie

  • C’est beau comme du Trump ! Altpy deviendrait-il l’épicentre de la propagande anti-chinoise ?

    Je vous félicite en tous cas pour votre impérialisme culturel : manger du chien c’est mal, mais manger du cheval c’est bien ! Comprenne qui pourra.

    Et bien sûr la Chine est la seule nation de la planète à décimer la faune sauvage, c’est évident. En occident au contraire la faune sauvage s’épanouit, d’ailleurs on est très copains avec Flipper le dauphin, Clarence le lion, et Judy la guenon.

  • Ne faudrait-il pas mettre, dés à présent, à l’échelle européenne une
    TAXE CORONAVIRUS de 20%
    sur les produits importés de CHINE made in China en plus de la TAXE CARBONE
    au titre du respect de l’article 4 de la constitution française de 1958 révisée en 2005.

    Bien sûr qu’ il faut faire payer la Chine, mais surtout ses dirigeants, non pas pour une quelconque vengeance, mais parce qu’ ils ont nié le problème et fait jeter en prison le ou les lanceurs d’ alertes. Cela parce qu’ ils ne voulait pas remettre en cause leur image de marque de premier pays au monde en devenir, ni surtout pas renier leurs campagnes de propagande à travers le monde, notamment dans les pays Africains qu’ ils ne se gênent pas de piller allègrement. Ce qui est fort regrettable qu’ il y a encore chez nous des dirigeants qui font encore allégeance aux dirigeants chinois et ont l’ air de compter pour du beurre les milliers de morts chez nous et sont prêts à repartir commercialiser en Chine comme si de rien n’ était. Un tel comportement est totalement irresponsable de leur part d’ autant que cela remet en cause l’ avenir des générations futures. `
    Car la Chine ne se reformera pas tant que ses clients occidentaux n’ auront pas exigé de sa part d’ engager des réformes profondes en matière de santé et d’ alimentation. Ce ne sont quelques palettes de masques qu’ elle nous envoie qui effaceront ce désastre mondial.
    N’ oublions pas non plus que tout ce que nous avons acheté, soit disant à bas coût en Chine, va nous coûter au final bien plus cher que si cela avait été fabriqué en Europe.

  • « La réouverture des écoles,…….. est-elle réaliste du point de vue sanitaire ?  »

    J’ai enseigné quelques années dans un collège de Pau, avec F.Bayrou d’ailleurs!
    Les enseignants prenaient les élèves dans la cour et les conduisaient dans les classes 4 fois par jour. Ces classes étaient situées au rez de chaussée pour certaines disciplines, au premier ( physique, chimie), au second étage pour les sciences naturelles. Un unique escalier servait à canaliser 4 ou 5 classes (35×5=175 élèves). Pas de surveillant, les 4 ou 5 enseignants seulement.

    Le très bon souvenir de beaucoup de ces élèves est, qu’en montant, ceux qui étaient en haut crachaient sur ceux qui étaient plus bas! Mr Marbot s’en souvient peut-être!

    La direction ne restait pas silencieuse naturellement mais que pouvaient faire 4 ou 5 prof. avec ces 175 élèves? A la rigueur, essayer d’éviter le flux descendant des microbes buccaux de nos gentilles têtes, blondes ou pas!
    Il est nécessaire, dit-on, de reprendre les cours pour permettre aux enfants de se contaminer et aux parents de travailler ,et éventuellement, eux aussi, d’être contaminés par les porteurs sains non testés.
    Surtout, restez confinés, qu’ils disaient!!

  • Il semblerait que nous découvrons ou redécouvrons les vertus de l’Etat providence. Mais vos critiques ou attentes n’interrogent-elles pas aussi ses lourdeurs ? « Qui a un dibès pertout » disait ma grand-mère.

    Votre conclusion me fait d’ailleurs penser à l’histoire du « Bounty ». Je ne sais plus trop si l’équipage a ou nécessiterait un capitaine à la William Bligh.
    L’image ressemble d’ailleurs à une Marianne bâillonnée.
    Le crédit image n’est pas indiqué. La réutilisation de l’image est-elle autorisée ?

    • Pierre-Michel Vidal

      Le Bounty,oui! C’est une très belle histoire: un jeune chef charismatique qui fait la peau du précédent acariâtre et cruel. Avec son équipage, ils gagneront ensemble l’île promise, mais, c’est moins connu, l’histoire finit mal: une fois ce paradis gagné ils vont s’entre tuer. Comme quoi le plus dur, c’est le monde d’après.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *