Les distinctions sociales

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Lors de son allocution en date du 13 avril 2020, le président de la République Emmanuel Macron a prononcé des paroles très fortes. Se dessine dans son esprit, l’après confinement qui, selon sa conviction, ne pourra être comme avant. Si les détails ne sont pas encore exprimés, les grands principes sont affirmés. Un lendemain chargé d’espoir !

En reprenant, l’article 1 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, le président a rappelé les fondamentaux de la création de notre République : « Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune ». Et pour être plus explicite, il a ajouté : « Il nous faudra nous rappeler que notre pays, aujourd’hui, tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal ». Un discours de gauche, selon certains, comme si ce genre de considération était de mise dans la situation que nous vivons.

Quel plus bel hommage à toutes celles et tous ceux qui agissent actuellement en première ligne dans ce combat contre une épidémie dont personne n’est vraiment capable de préciser la véritable dangerosité. Tout le monde sait bien quels sont ces héros qui par leur investissement et leur abnégation nous protègent ; il y a bien sûr le corps médical, médecins, infirmiers, pharmaciens, mais aussi ceux qui continuent à exercer la mission qui leur est confiée par les besoins de notre sécurité : les pompiers, les gendarmes, les policiers, les militaires, les auxiliaires de vie, les aides à domicile et encore les sans grades, tels que les employés au ramassage des bennes à ordures, les caissières des supermarchés et tant d’autres petits commerces indispensables à notre vie quotidienne.

On leur a dit qu’ils seront récompensés par une prime exceptionnelle. Ce à quoi certains ont rétorqué que ce n’était pas là l’essentiel de ce qu’ils espéraient. Ils attendent une reconnaissance de tous, un respect de leur investissement par une fourniture de moyens en adéquation avec leurs besoins. Une grandeur d’âme qui les honore et dont il faudra se souvenir. Cependant il ne faut pas exclure que la reconnaissance peut aussi se traduire par les salaires. Ce sera l’occasion de comparer la fiche de paie d’une infirmière par exemple à celle d’un trader. On pourra ainsi matérialiser le fait que sauver des vies a plus d’importance que les opérations boursières.

Lors de son allocution, le président de la République a également employé les formules : « préparer l’après », un « plan massif » et par trois reprises a prononcé le mot « rebâtir ». Il y aura donc des réformes. Le principal objectif, on peut le supposer, sera de hiérarchiser les rôles de chacun avec pour critère essentiel son utilité au service de l’intérêt général. Vaste ambition surtout dans notre pays. Un passé récent nous a appris que lorsque chez nous on veut engager des réformes on trouve en barrage, les gilets jaunes, les syndicats et toutes les organisations politiques ou non convaincues de représenter un intérêt quelconque. C’est ainsi. Pour preuve, lorsqu’il est envisagé de rouvrir les écoles après le 11 mars, les enseignants montent au créneau. Lorsqu’on évoque la nécessité d’un effort de tous afin de relancer l’économie, s’expriment ceux qui y voient une injustice faite aux travailleurs. Lorsqu’on dit que les plus âgés devront, après le confinement, se soumettre encore aux mêmes précautions on entend s’élever des voix pour crier à la ségrégation. Tout le monde a une opinion et trouve des arguments pour contrer l’autorité de l’État. L’essentiel n’étant pas d’avoir raison, mais de s’opposer. Quelles seront ces réformes et pourront-elles être menées à leur terme ?

Lors de l’émission « C’ dans l’air » (8/04/2020) sur la cinq, le sujet proposé était : « Allemagne : pourquoi sont-ils meilleurs ? » Sous entendu face au Covid 19. Avec un budget comparable consacré à la santé, dans ce pays, il y a eu quatre fois moins de morts qu’en France. Et si la réponse tenait au fait que chez eux, entre les dirigeants et les citoyens, la confiance règne. L’État n’est pas l’ennemi qu’il faut abattre. Tout le monde tire la charrette dans le même sens.

Pau, le 20 avril 2020

par Joël Braud

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5 commentaires

  • FLACELIERE BERNARD

    Cher Monsieur Joël Braud,
    « tout le monde a une opinion et trouve des arguments pour contrer l’autorité de l’État », ceci s’appelle être un ultracrépidarien. De ultracrépidatrisme : comportement qui consiste à donner son avis sur des sujets sur lesquels on n’a pas de compétence. Le confinement a du bon, il permet d’affuter son vocabulaire, certes, difficile à placer au cours d’un repas confiné.
    Amicalement,
    Bernard

    • Très cher Monsieur Bernard Flacelière,
      Profondément désolé d’avoir à vous reprendre car je fais tout pour ne pas me classer dans la catégorie des donneurs de leçon, les censeurs autoproclamés. J’ai trouvé, après recherches, le mot ultracrépidarianisme doctrine en effet des ultracrépidariens. Je n’ai pas trouvé ultracrépidatrisme.
      Aurai-je mal cherché ? En tout cas voilà un mot que je ne connaissais pas.

      • Bernard Flacelière

        Mon très cher correcteur,
        Aurais-je introduit sciemment une faute pour révéler votre ultracrépidarianisme ? Que nenni, d’une part vous en n’êtes pas un – votre culture le prouve – et d’autre part ma langue ou plutôt mon clavier a dû fourcher lors de l’écriture de ce délicieux mot, agréable à révéler au lecteur d’Alternatives Pyrénées.

  • «Lors de l’émission «C’ dans l’air» (8/04/2020) sur la cinq, le sujet proposé était: «Allemagne: pourquoi sont-ils meilleurs ?» Sous entendu face au Covid 19. Avec un budget comparable consacré à la santé, dans ce pays, il y a eu quatre fois moins de morts qu’en France. Et si la réponse tenait au fait que chez eux, entre les dirigeants et les citoyens, la confiance règne»

    Ce que j’ai retenu de cette émission, car clairement dit, c’était que l’Allemagne est un pays où la culture scientifique a toujours été d’un très bon niveau; sa recherche et les sciences sont au top; son passé industriel, où la chimie(fusées) et la métallurgie jouent un grand rôle, a nécessité des salariés formés; les dirigeants sont souvent des scientifiques de formation; A.Merkel est diplômée en physique….; ce n’est pas un hasard si les verts font des scores importants., si les enseignants sont mieux considérés.
    Cette imprégnation générale engendre une approche des problèmes basée sur la lucidité, le doute donc la prévoyance, la rigueur, la discipline… bien plus que sur l’émotion ou la rentabilité financière, ce qui explique une communauté de vue, donc de confiance, entre dirigeants et citoyens.

    «Avec un budget comparable consacré à la santé,»
    Ce n’est pas le budget de la santé qui doit être évoqué, ce sont toutes les connaissances antérieures acquises, et les anticipations qui en résultent, qui feront que la réussite sanitaire du budget sera bien supérieure. Parlons un peu des anticipations en France: état de la recherche fondamentale, des hôpitaux, des réserves de masques….!!!
    Il n’y a rien de comparable entre la gouvernance scientifique allemande et nos politiciens sortis de l’ENA; une prise de conscience n’a jamais changé le monde, ce sont les comportements qui le font.
    On pourrait étendre aussi le problème à la gestion raisonnée des pays où les femmes sont à la tête, comme en Allemagne!!!!!

    • Je vois, Monsieur Vallet que nous avons les mêmes sources d’information. La comparaison avec l’Allemagne ne plaide pas en notre faveur, quatre fois moins de morts, cinq fois plus de lits de réanimation, 700.000 tests par semaine alors que nous n’en pratiquons de 150.000 etc. etc. Dans cette émission il a été aussi dit que la situation allemande tenait au fait de la décentralisation, avec cette particularité qu’il s’agit de landers dans un esprit différent du nôtre, pas de lourdeur administrative comme celle que nous connaissons. Au début de la pandémie, la chancelière s’est exprimée et a invité les Allemands à respecter certaines règles, il n’y a jamais eu un confinement aussi contraignant que celui que nous connaissons, mais les citoyens ont respecté sans discuter les consignes.
      Une anecdote. Au début de ma carrière je me suis trouvé dans un département limitrophe avec l’Allemagne. Lors d’un passage dans une grande ville de ce pays voisin, j’ai voulu, comme on le fait en France, traverser à pied une rue alors que le petit bonhomme était rouge. Une personne derrière moi m’a tapé sur l’épaule pour me signifier que cela ne devait pas se faire. Essayez donc de faire la même chose en France, vous vous ferez insulter. Anecdote sans doute, mais à mes yeux significative.

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