C’est qui la cloche ici ?

Il y a quelques jours, en Béarn les cloches de l’église d’un village ont sonné en témoignage de soutien aux professionnels de santé. Un bel hommage s’associant à tous ces particuliers qui, depuis leur balcon ou leur fenêtre, tapaient dans leurs mains ou sur des casseroles et manifestaient ainsi leur sympathie, voire leur admiration.

Et légers comme des cabris

Courons après les sons de cloches !

Ding ding dong, faut l’ dire à personne,

Ding ding dong, les matines sonnent,

En l’honneur de notre bonheur,

J’ai graissé la patte au sonneur…

(Georges Brassens. Il suffit de passer le pont.)

Tout était donc beau et empli d’empathie, sauf que l’évêque de Bayonne ne l’entendant pas de cette oreille, sentit monter la colère sous sa mitre. Faisant référence à des accords passés entre l’Église et l’État, il arguait du fait que les cloches ont pour but essentiel de ponctuer les cérémonies religieuses ou de fêter un événement d’envergure nationale. En aucun cas, elles ne peuvent être utilisées sans l’accord des ministres du culte. Tempête dans un bénitier donc motivée parce que ces tintements avaient servi un motif profane.

Le prélat aurait été bien inspiré de faire sienne cette formule : « Quand les événements nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs ».* C’eût été évidemment obliger l’évêque à mentir, mais mentir pour le bien de l’Église n’est qu’un péché véniel. Un péché qui est absout sans que la contrition soit nécessaire. Par ailleurs, il en aurait tiré un double avantage : associer le diocèse à l’hommage fait à ceux qui sont en première ligne face à la pandémie et, grâce à une image plus altruiste, inciter à enrichir le denier du culte. Au lieu de cela, il a fait le choix de rappeler que son autorité, court-circuitée, en la circonstance, avait été bafouée. Une sainte colère contre-productive !

Cette histoire me rappelle un professeur du lycée. A la fin du cours, la cloche électrique faisait entendre sa sonnerie annonciatrice de la récréation. Tous les élèves se levaient alors dans un seul et même élan. Le professeur usant de son autorité, nous ordonnait de nous rasseoir et disait sur un ton aussi péremptoire que solennel : « La cloche ici c’est moi ! ».

Et, à Bayonne, la cloche c’est qui ?

Pau, le 27 avril 2020

par Joël Braud

* Phrase attribuée à William Shakespeare, Georges Clemenceau, Jean Cocteau et Pierre Desproges.

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2 commentaires

  • De l’humour un peu facile… mais erroné.
    Car la loi de séparation de 1907 ne se laisse pas tourner facilement. Et c’en est même une des questions classiques qu’on trouve dans les annales des concours de recrutement des hauts fonctionnaires.
    Pour vous éclairer, lisez la notice n° 108142 du Ministère de la culture (à trouver avec Google, en lançant la requête avec  »culture.gouv.fr » et  »108142 » )

    D’après le Conseil d’Etat, la commune ne peut disposer de l’église (y compris le clocher, la tribune et la sacristie, et encore le mobilier) de sa seule initiative et doit avoir l’accord de l’affectataire (donc le curé nommé par l’évêque)

    Ce genre d’interrogation revient souvent et s’attire toujours le même genre de réponse
    https://www.senat.fr/questions/base/2004/qSEQ040210758.html

    Le maire n’a de pouvoir sur les cloches que pour sonner le tocsin en cas d’urgence et pour une déclaration de guerre. C’est peu, et pour le reste le maire devra ‘composer’ avec le curé.

    • M. Peyo, alias contribuable palois, il n’y a aucun humour dans ce que j’ai écrit. Une profonde tristesse de constater qu’un homme d’église ne peut comprendre que nous vivons une situation exceptionnelle et que pour cette raison il aurait pu faire preuve de souplesse dans l’interprétation des textes. A circonstances exceptionnelles mesures exceptionnelles. Cela lui aurait évité les moqueries de beaucoup dont le Canard enchaîné. De votre côté vous n’avez pas plus que lui compris l’avantage qu’il aurait pu tirer de cet usage des cloches qui ne correspond pas aux règles habituelles. Son intransigeance, que vous rejoignez, ne plaide pas en sa faveur, ni en la vôtre d’ailleurs.

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