La « quille » ?

Et voilà, dans quelques heures nous serons déconfinés. La quille en somme. Déconfinement est-ce l’inverse du confinement, le retour en arrière, au monde d’avant, comme si tout avait été figé dans un arrêt sur image ? Non sans aucun doute, car il y a un hic ! Le virus sera toujours là. Il circulera entre nous et, pour ce qui est de notre région, plus qu’avant puisque les frontières étant ouvertes pour les pays de l’Espace Shengen il trouvera un canal nouveau pour se propager.

Faudra-t-il appeler cela rebond ? Peut-être… En tout cas nous vivrons dans une situation beaucoup plus dangereuse après le confinement qu’avant : la circulation du virus sera plus diffuse et fluide. Et cela pour plusieurs mois, plusieurs années peut-être, le temps que l’on trouve un vaccin ou un traitement efficace. Beaucoup de scientifiques en conviennent désormais, il n’y a aucune certitude : de nombreux coronavirus n’ont pas trouvé de vaccins et on cherche toujours celui du Sida -une épidémie qui a fait beaucoup plus de morts.

Je reprends l’idée du philosophe Francis Wolff sur France Culture ce mercredi matin https://www.franceculture.fr/emissions/les-matins/les-matins-de-france-culture-emission-du-mercredi-06-mai-2020 : le confinement de près de deux milliards d’habitants de la planète c’est la réponse humaniste à la pandémie. Dans un premier temps il n’y a pas eu d’ostracisme religieux à l’égard des victimes de l’épidémie comme cela fut le cas pour la peste ou pour le SIDA -avec une montée de l’homophobie. Ensuite, mis à part quelques pays comme l’Angleterre, le Brésil ou les Etats-Unis, nous avons choisi l’option du confinement plutôt que celle de l’immunité collective. Ainsi en faisant l’impasse sur la vigueur économique nous avons évité une catastrophe sanitaire, sauvant la vie des plus anciens (le plus souvent) donc des moins productifs. Il y a une véritable solidarité générationnelle dans le principe même du confinement. C’est en cela que Wolff y voit une « solution humaniste » -dans un premier temps- à la crise.

Mais cet état de confinement ne peut pas durer. Il ne résout pas le problème et contient en lui-même son lot de risques. Car il faut que l’économie fonctionne si on veut à la fois trouver une solution à la maladie (le fameux vaccin), soigner les malades et éviter aux plus pauvres, ceux qui sont confinés dans des conditions difficiles, de plonger un peu plus dans la misère. Il y en a qui ont vécu cette période de manière convenable, d’autres qui ont été victimes de la faim, de violences conjugales, de troubles psychologiques. Il y a eu des enfants violentés. Le confinement n’est pas le même à Trespouey qu’à Ousse des Bois… et pourtant nous faisons partie d’une même communauté régionale (le Béarn) et nationale (la France), voir européenne (en tout cas, on aimerait y croire).

Il est donc impératif d’entamer un retour progressif à une certaine vie sociale et économique. Mais il est bien tôt pour penser le monde d’après. Il est facile de dire il doit être comme ci ou comme ça. Comme on a pu l’écrire notamment dans ces colonnes. Facile de poser des conditions. De signer des pétitions. Car dans quelques heures, quand nous sortirons masqués, sans pouvoir nous serrer la main, ni nous embrasser, obligés de nous tenir à plus d’un mètre cinquante de nos amis, nos frères ou nos sœurs que sera notre vie ? Nous projetterons-nous dans le monde de demain ? Ce ne sera pas ce monde que certains nous présentent comme idéal et d’autres comme tragique qui nous intéressera. Nous voudrons réussir dans un premier temps à réduire la pandémie, à faire baisser ses chiffres, à éviter d’être contaminés et de contaminer soi-même, les autres : sa famille, ses proches.

C’est le pari auquel une société dans son ensemble est confrontée. Elle devra se plier d’elle-même, immédiatement, à des règles inédites et difficiles à accepter. Le succès de cette nouvelle étape dépendra de l’esprit de responsabilité de chacun, les plaintes contre l’Etat –justifiées souvent- et les protestations contre les politiques –légitimes elles aussi- ne pourront pas s’y substituer. Ce ne seront pas des excuses à nos manquements. Nous avons réussi le confinement réussirons-nous le déconfinement ? Ce moment où de notre propre liberté nous accepterons de réduire nos libertés ?

Pierre-Michel Vidal  

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3 commentaires

  • Mais comment penser au Monde d’après…après, alors que nous sommes encore KO sur le ring ?

    Déjà que ceux qui nous on foutus dans le m……r comme vous dites, ne sont pas arrivés à gérer la crise avec leur monde nouveau en ayant été formé sur les bases de l’ancien monde ?

    Ko sur le ring, il y en a qui peuvent taper et encore taper sur l’europe, pôvre europe, allez-y pour mieux l’affaiblir, jusqu’à en avoir du dégoût .

    Ce qui s’est passé ce 08 mai 2020, oui oui ce 08 MAI 2020 : une TRIBUNE des ambassadeurs de l’UNION EUROPÉENNE parue dans la revue CHINA DAILY qui s’est faites amputée, c’est à dire censurée, d’une phrase par les autorités chinoises est LAMENTABLE ! LAMENTABLE!!
    https://bruxelles.news/2020/05/08/coronavirus-la-commission-admet-que-laisser-publier-un-texte-censure-par-la-chine-etait-une-erreur/

    Et encore d’autres arrestations à Hongkong.

    Mais quels vont être les lendemains du 22 mai 2020 du Congrès national du parti communiste à Pékin rassemblant ces 3000 membres. J’ai bien peur que nous nous réveillons avec une belle G….e de b…s.

    Et nos politiciens ne disent RIEN, RIEN ? !!….

    Et Monsieur BAYROU Président du Modem continuera-t-il encore longtemps à soutenir l’Institut Confucius de Pau-Pyrénées?

    Pau le 10 mai 2020 anniversaire de la bataille de France du 10 mai 1940.
    M.A.X.

  • « Mais il est bien tôt pour penser le monde d’après. Il est facile de dire il doit être comme ci ou comme ça. Comme on a pu l’écrire notamment dans ces colonnes. »

    Si des auteurs écrivent sur le monde d’après c’est parce que ses racines se mettent en place en ce moment au niveau des instances politiques et économiques. Nous en sommes submergés dans les médias.
    Ce monde d’après se met en place dès que l’on parle d’économie. Vous le dîtes vous-même ; »Il est donc impératif d’entamer un retour progressif à une certaine vie sociale et économique. ». Les mesures ou les projets évoqués, les non-dits, beaucoup plus suggestifs souvent, nous interpellent et en inquiètent plus d’un, quand on s’aperçoit que les lobbys industriels, pressés de revenir au monde d’avant en demandant d’abroger les normes contraignantes obtenues de haute lutte pour lutter contre le réchauffement climatique , la pollution, la chute de la biodiversité.

    Ne perdons pas de vue que le réchauffement climatique fera beaucoup plus de mort que le virus!.

    Alors, si vous pensez qu’il est bien tôt pour penser le monde d’après, d’autres y pensent pour vous et certainement pas pour votre intérêt, celui de votre famille et de ceux qui vous sont chers ,mais bien pour leur propre intérêt!

    • Pierre-Michel Vidal

      Cher Monsieur Vallet, j’aurais souhaité pouvoir me pencher sur « le monde d’après » avec vous, comme le font d’eminentes personnalités comme Nicolas Hulot, Julie Gayet ou Guillaume Canet (qui se confine dans sa villa du Cap Ferret) ou « vitupérer l’époque » comme Vincent Lindon (qui en a les moyens). Il y a dans ces prises de position, ces exigences, ces impératifs, de nombreux aspects que je partage et rien de bien neuf. Les doux rêves sont si agréables dans le dur moment que nous vivons.
      Mais ma préoccupation première et celle de nombreux français c’est comment se sortir de ce « m……r » où nous sommes fourrés ? C’est le souci des plus modestes et, excusez moi, je me sens solidaire de leurs angoisses. Comment éviter d’attraper cette terrible maladie ? Comment protéger sa famille ? Comment garder son boulot et payer les crédits sur la maison et la voiture ? Et dans l’immédiat, comment avoir des masques à des prix abordables ? Enfin, que dire aux enfants (ou petits-enfants) ? Vont-ils devoir vivre longtemps en liberté surveillée dans la mesure où la perspective du vaccin est devenue lointaine ?
      Assaillis par ces angoisses auxquelles nous n’étions pas préparés, sidérés par les maladresses de nos dirigeants, abasourdis par les polémiques des « sachants », beaucoup, les plus faibles, développent des troubles psychologiques graves -il faut y
      ajouter le développement de la pauvreté et l’augmentation de la violence familiale.
      Pour ce qui me concerne, aux côtés de ceux qui souffrent dans le monde d’aujourd’hui, cher monsieur Vallet, je pense qu’il est souhaitable d’évoquer le monde d’après… après.
      Ceci dit avec mon amicale considération.

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