Récompenser les plus modestes

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Les consignes en Béarn et plus largement dans le sud-ouest semblent avoir été bien respectées. La météo épouvantable n’y est sans doute pas étrangère mais il faut saluer un effort collectif, d’autant plus méritoire que le virus a été ici un phénomène marginal si on compare les dégâts qu’il a fait dans l’Est de la France, la région parisienne et chez nos voisins espagnols. On en n’a vu que très partiellement les méfaits concrets. Il semble qu’il y ait une sorte de stratégie dans cette épidémie dont la progression s’est faite d’est en ouest et qui a épargné, pour l’essentiel, des régions confinées avec un peu d’avance sur sa progression : la Nouvelle Aquitaine ou le Portugal, miraculé européen.  

Une « actu » chassant l’autre, on se préoccupe désormais du monde d’après, du moins les médias s’en préoccupent pour nous. Nos héros aussi, les acteurs, les stars du show-biz qui n’en manquent pas une pour la ramener : Hulot, Lindon, Gayet, etc. Une fois encore, ce n’est pourtant pas le sujet. Le sujet c’est d’éliminer la maladie qui ne sera réellement éteinte que lorsque l’on aura trouvé le vaccin, une échéance sur laquelle les avis divergent.

Le sujet c’est aussi la préoccupation sociale qui revient sur le devant de la scène. Va-t-on retrouver son boulot ? Les vieilles lunes idéologiques vont-elles revenir sur la table ? Va-t-on rajouter du chômage au chômage en augmentant la durée du travail ? Va-t-on compresser encore la demande en faisant pression sur les salaires alors que le pays a besoin d’une relance ?

C’est la demande d’un secteur encore assez minoritaire : la droite conservatrice, puissante chez LR, et le Medef qui, comme la CGT, retrouve son rôle de grand méchant loup. Le retour aux vieux clivages « d’avant » tendraient à accréditer la « thèse » de Houellebecq pour qui le monde d’après « sera le même en pire ». A droite, tout le monde n’est pas sur la même ligne et les vrais challengers du président, Bertrand, Baroin, demeurent discrets sur la question, Macron s’étant positionné contre la régression sociale qui aurait pour conséquence l’ouverture de conflits superflus dans le contexte.

En tout cas le bouleversement de la hiérarchie sociale devrait faire consensus. Le secteur médical qui durant des mois a cherché à faire entendre ses revendications sans y arriver devrait désormais obtenir la récompense de son héroïsme, des malades et des nombreux morts qu’il a laissé sur le champ de bataille. Il ne s’agit plus de dire merci ou d’applaudir le soir à 20 heures en direct à la télé, mais de prendre des mesures concrètes avant tout salariales, d’embauches aussi et d’aller vers une indépendance sanitaire trop vite bradée. Une prime est toujours bonne à prendre : il existait bien des étrennes dans les vieilles familles pour récompenser les domestiques… Il faut désormais des augmentations conséquentes de l’ensemble du personnel médical qui a prouvé son utilité sociale, à commencer par ceux qui sont au bas de l’échelle, « filles de salle », infirmières, ambulanciers, salariés des Ehpad, etc.

Ce ne sont pas les seules de ces professions méprisées qui sortent grandies de ce traumatisme. Les éboueurs, pour beaucoup ont dû travailler sans masques et les caissières de supermarchés, à leurs postes, sans sourciller, longtemps sans protection. Comme ce fut le cas dans l’agglomération paloise. Ces professions n’ont pas eu droit aux applaudissements. Elles sont indispensables au fonctionnement de notre société, on l’a vu. Elles méritent donc, elles aussi, une revalorisation de leurs salaires. Elles ont gagné une considération nouvelle.

Le virus nous oblige ainsi à repenser la hiérarchie sociale et à reconsidérer la place des plus modestes, rouages essentiels de notre organisation sociale. Nous n’aurions pas dû l’oublier.

Pierre-Michel Vidal

Illustration : Une caissière du Carrefour de Saint-Denis est morte du coronavirus, jeudi 26 mars 2020. (©Illustration / Fotolia)

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5 commentaires

  • Ces professions modestes qui ont été en première ligne ne seront jamais récompensées. Elles se sont sacrifiées au-delà du devoir. Elles auront des mots mais jamais d’argent. C’est à dire applaudissements et médailles. Ne soyez pas naïfs et bisounours. L’institut Montaigne le Medef et l’IFRAP osent dire qu’il faut travailler plus pour sauver les entreprises mais sans salaire. Ces profiteurs de crise veulent accentuer l’esclavage et tout est favorable. Banquier ultralibéral qui a tous les pouvoirs avec l’état d’urgence à durée illimitée, code du travail dérogé et supprimé , aînés décimés donc plus de retraite ni d’héritage de civisme et d’histoire. Au passage travailler plus avec salaire moindre. Alors que tout travail mérite salaire. Donc travail supplémentaire merite salaire. Bref on sauve l’entreprise en disant que sans entreprise pas de salariés mais surtout en payant que dalle. Un salarié ne vas pas crever de misère (loyers famille) pour sauver un patron.

  • « Une prime est toujours bonne à prendre : il existait bien des étrennes dans les vieilles familles pour récompenser les domestiques »

    Cette phrase est lourde de sens et probablement de réalisme quand on la situe au niveau politico-économique!

    • Ce que je voulais dire en parlant de réalisme est que pour le monde de la finance, de l’économie, de l’entreprise, la grosse surtout, et les politiques qui la défendent , donc ceux qui animent notre politique nationale et mondiale, les salariés, le petit peuple des indépendants, les agriculteurs, tout le monde de la santé, du petit commerce, du ramassage des ordures , les enseignants, la police…ce ne sont que des domestiques au service de leurs profits; jadis, pour se donner bonne conscience, on faisait la charité, aujourd’hui on verse des primes, c’est de la bonne publicité électorale mais c’est du trompe couillon car ce n’est pas ponctuellement qu’on vit mais tous les jours!

    • Pierre-Michel Vidal

      In Le Monde: https://www.lemonde.fr/planete/live/2020/05/18/coronavirus-en-direct-au-tour-des-collegiens-de-reprendre-le-chemin-de-l-ecole_6039972_3244.html

      « Sans les agents de nettoiement, il n’y aurait pas eu de rentrée aujourd’hui »

      Au collège Izzo à Marseille (2e), tout le monde connaît Louisa Bendjeddou. Habituellement, la jeune femme dirige la cantine de l’établissement. Elle habite également sur place. Armée d’un flacon vaporisateur, elle passe au désinfectant les poignées de porte de la classe « Fos-sur-Mer », que viennent de quitter les élèves de 6e rentrés ce lundi matin. « On ne sait pas quand la cantine rouvrira, alors j’ai décidé de donner un coup de main aux équipes d’entretien », explique-t-elle, yeux bruns émergeant de son masque. « Sans les agents de nettoiement, il n’y aurait pas eu de rentrée aujourd’hui, souligne Bruno Hérot, le principal adjoint. Ils sont primordiaux. »

      No comment.

  • Je vois mal les caissières être augmentées davantage que les autres salariés de la grande distribution.
    J’ajouterais surtout que l’avenir des caissières est menacé par le déploiement de caisses automatiques et certainement l’arrivée de portiques qui scanneront automatiquement le contenu des chariots. Techniquement la sécurité sanitaire devrait en être améliorée.
    En plus la Grande Distribution est en difficulté et cherche à changer de modèle. Paradoxalement, elle sort à son avantage de la période de confinement et encore au détriment du petit commerce.

    Concernant la Poste et la réduction du nombre de tournées hebdomadaires, les quotidiens ont très souvent fait défauts. Par contre dans certains villages, leur distribution journalière était assurée par d’autres prestataires que la Poste.
    La Poste est également à la recherche d’un modèle économique viable.

    Quant au service de propreté il est souvent délégué au secteur privé. Il s’est révélé «plus performant », notamment du point de vue sanitaire » lors des grèves.

    L’avant et l’après s’entremêlent.

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