Amalgames hâtifs

Notre vision des événements qui secouent les Etats Unis après le meurtre de George Floyd et la gestion du Covid19 par le gouvernement américain qui va bientôt dépasser les 100 000 morts, le traitement qui en est fait par une grande partie des médias, du Figaro au Monde, souligne une nouvelle fois le lien paradoxal qui relie nos deux pays.

Nous ne pouvons en faire l’impasse, nous les Béarnais, puisque Pau, avant tout ville anglaise, fut aussi, en son temps, à la fin du XIXème siècle et au début du XXème, ville américaine. Les fortunes d’outre-Atlantique étaient alors attirées par la gentry anglaise. En première page du New-York Times on trouvait, par exemple, le compte rendu de la chasse hebdomadaire du très British « Pau Hunt » – qu’en est-il de cette institution cédée à la municipalité ? La villa Rigdway est le témoin, elle aussi, de cette empreinte américaine, dont il reste en réalité peu de chose.

L’Amérique nous a donc toujours fascinés. Par sa puissance d’abord qui a fait la différence lors de la guerre de 40 (avec celle de l’Armée Rouge), par ses comportements –sa musique et ses films mais aussi sa façon de s’habiller et de se nourrir- que nous avons imités et en même temps critiqués et peut-être surtout, par sa construction romanesque et cruelle : nouvelle terre promise des miséreux, fondée sur l’anéantissement violent des populations indigènes.

Nous la voyons désormais comme une entité globale, possédée par une énergie farouche, proche de la folie, symbole diabolique d’une injustice à rejeter, sans percevoir les différences essentielles qui traversent ce pays immense, composé d’un agglomérat cosmopolite, régie par des lois opposées (la peine de mort, l’avortement, le mariage gay, etc.) mais unie par un sentiment national fort, un patriotisme que nous avons oublié ici, et une relation à la religion lointaine de l’entendement des habitants d’un pays laïque comme le nôtre.

L’instrumentalisation de cette relation paradoxale à ce pays ami/ennemi à laquelle on assiste ces derniers jours est assez choquante. Le racisme anti-noir est un mal endémique propre à certains états du sud de l’Amérique. Il est constitutif d’un pays qui n’a aboli l’esclavage qu’après une violente guerre civile. Pour autant, ce pays a élu et réélu, avec Barack Obama, un président noir à sa tête. On ne peut donc pas parler, de « Racisme d’Etat » mais peut-être de racisme de certains états –cela reste à examiner de près.

De même, la manière de fraterniser de nombreux policiers américains avec les manifestants protestataires -genoux en terre en signe de pardon-, montre que ce ne sont pas des valeurs identiques, ni les mêmes pratiques, qui animent les forces de police d’un état à l’autre, outre-Atlantique. La loi n’est pas la même à Boston ou dans le Minnesota et la culture, le mode de vie non plus.

Ainsi, le crime de Minneapolis n’a que peu à voir avec des bavures policières qui se déroulent, ici en France. Certes il y a eu des actes inadmissibles dans la répression policière a existé tout au long de la cinquième république -et de la quatrième également. Elle s’est durcie depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir, c’est une réalité qui a surpris. On l’a vu lors de la révolte des « Gilets Jaunes » mâtée brutalement -quoique l’on pense de ce mouvement par ailleurs. Il y a eu des attitudes racistes ponctuelles de la part de certains policiers qui ont débouché sur des événements déplorables, honteux pour l’institution comme l’affaire Adama Traoré. L’Etat où ses représentants feraient mieux de les reconnaître plutôt que de s’obstiner dans un déni qui ne fait qu’exacerber ses détracteurs systématiques.

Pour autant faire un amalgame entre les événements de Minneapolis et la répression des manifestations en France est inapproprié. Dans un cas, les états du sud des Etats Unis, c’est une attitude structurelle qui est en cause, dans l’autre, celui de la France, ce sont des excès ponctuels qui sans doute connaissent une sorte de regain inquiétant et qui doivent être sanctionnés sévèrement.

Mais on ne peut pas comparer l’appareil policier français à celui des Etats Unis. Les contextes et la réalité ne sont pas identiques. Le racisme existe dans la société française et par conséquent dans la police, pour autant il est combattu, puni le plus souvent ; il n’est pas une norme. Cela n’a rien à voir avec ce qui se passe aux Etats Unis où justement, dans certains cas, il reste la norme malgré les combats successifs comme celui de Luther King ou de Jesse Jackson. Le combat des citoyens Américains, blancs ou noirs, civils ou policiers, qui se dressent contre ce mur que rien ne semble fissurer, n’en est que plus méritoire. Méfions-nous des amalgames hâtifs.

Pierre-Michel Vidal

Photo : « A l’encontre »

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4 commentaires

  • Pierre-Michel Vidal

    Et pendant ce temps là on ne parle plus de la Chine et pourtant Tienamen… https://www.arte.tv/fr/videos/085390-001-A/tiananmen-1-2/

  • Parler d’une police pas raciste, en France, je le peux … mais à condition d’avoir une vision paloise. Je vais assez souvent à Lille via gare du Nord ou Roissy et là, depuis des années les contrôles au faciès, je ne vois que ça. Et le contrôle le plus injuste, je l’ai vu à la gare de Roissy :10 blancs et un jeune métis, certainement un étudiant, sont sur le quai. Des policiers sont descendus sur le quai, ont regardé, hésité à remonter puis se sont dirigés vers ce jeune uniquement.
    Avec mon mari, nous étions révolté.
    Gare du Nord on n’arrête qu’eux. Aux Halles,aussi, ce sont toujours des hommes de couleur qu’ils contrôlent. Il faut être aveugle pour ne pas le voir. Moins évident dans notre citée paloise.

  • Merci Monsieur Vidal de rappeler  » qu’il faut se méfier les amalgames hâtifs « .

    Les vieux démons de l’Amérique sont encore présents, et il est nécessaire de rappeler que la France n’est pas raciste.
    Petite anecdote au passage puisque nous avons fêté le centenaire de la grande guerre. Il aurait été souhaitable, de voir au côté du Président Trump lors de cette commémoration du 11 novembre 2018 un Américain de couleur pour rappeler que des soldats noirs américains de la 93ème division d’infanterie US, entre autre, ont été intégré dans l’armée française non sans difficultés en 1918.
    Les Américains s’étaient inquiétés des prétentions nouvelles que pouvaient susciter cette intégration en première ligne dans l’armée française qui ne connaissait pas la ségrégation raciale.

    L’autre point à souligner qui ne connaît pas de frontière de langue, ou de compréhension de texte, est celui du dessin de caricature. Il est profondément REGRETTABLE que les grands quotidiens des Etats-Unis d’Amérique tel que le New York Times aient arrêté, en 2019, le recourt à la publication de dessins caricaturaux talentueux. Ces dessins disaient TOUT, clairement, et étaient lisible par tout le monde. La démocratie y a beaucoup perdu.

    Et enfin, le dernier point à noter dans cette Amérique tellement paradoxale, le Président TRUMP demandait l’intervention des forces militaires pour mettre fin aux émeutes suite au meurtre de George Floyd par la police, soit 31 ans, jour pour jour, après TIANANMEM le printemps de Pékin du 04 juin 1989 étouffé par l’armée.
    Quelle ironie de ressemblances pour ces deux supers puissances.

    Comme le dit un proverbe africain :  » il ne peut y avoir deux crocodiles dans une même marre  » .
    Espérons qu’ils arrivent à se maitriser ?

    Cépé.
    Pau le 6666/2020

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