La bataille des Ardennes (première partie)

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Le Figaro Histoire : Avril-Mai 2020 « Le 1 Mai 1940 l’attaché militaire français informe le haut commandement que l’armée allemande attaquera entre le 8 et le 10 Mai à Sedan ». Le haut commandement n’en a pas tenu compte, et il n’a même pas réagit aux informations de l’aviation de reconnaissance indiquant le franchissement de la frontière Est de la Belgique. Ceci est une cause importante de la défaite de Juin 1940.

Les choses auraient-elles pu se passer autrement ?, ………on va essayer :

30 Avril 1940 Conversation entre Paul Reynaud, Président du Conseil et Maurice Gamelin Général en chef des armées.

P. R. : « Dites moi, Gamelin, il ne vous a pas échappé que nous étions en guerre avec l’ Allemagne ?

  • Mais bien sur, Monsieur le Président !

« Ca va mieux en le disant, franchement, je ne vous sens pas Gamelin. Alors, écoutez moi bien. La France ne pourra pas se permettre une nouvelle guerre de 14. Et d’ailleurs, si nous perdons la bataille de la frontière il n’y aura pas de rétablissement sur la Marne, sur la Seine ou sur la Loire. Conclusion ?

  • Je ne sais pas ……………. 

« Vous ne savez pas !……  Mais enfin, Gamelin vous êtes sorti major de Saint-Cyr ! Vous allez me la gagner cette première bataille ! C’est compris ?»

1 Mai au soir, dîner chez les Gamelin

Maurice débouche pensivement une bouteille de Bourgogne. Martine, la bonne apporte un plat ovale contenant un jarret de veau primeurs. Madame la générale : « Maurice, tu me paraîs bien pensif, raconte moi qu’est-ce qui s’est passé aujourd’hui ? »

  • J’ai appris que l’armée allemande attaquera dans le secteur de Sedan.

« Je le savais, j’ai pris le thé avec Madame Weygand cette après-midi. Elle sait que tu auras à faire face à 44 divisions commandées par les généraux Rommel, Reinhadrdt, Guderian et List. »

  • S’ils s’aventurent dans les Ardennes, on les pincera à la sortie.

« Vraiment ! Et avec quoi ?, une pince à sucre ?,…vous ne pincerez rien du tout,…… vous serez écrabouillés, c’est moi qui vous le dis »

  • Alors qu’est-ce qu’il faut faire ?

« Mais enfin Momo, c’est toi qui étais premier à Saint-Cyr, tu sais au fond de toi ce qu’il faut faire»

_ …………………….. 

« La bataille des Thermopyles, tu as appris ça au lycée, en 480 avant Jésus-christ Xerxès roi des Perses anéantit l’armée spartiate de Léonidas, en deux jours, dans le défilé des Thermopyles. Mon chéri, toi c’est Xerxès et von Rundstadt ce sera ton Léonidas »

  • Il n’y a pas de défilé dans les Ardennes.

« Tu vas en créer un !, regarde  : »

Madame Gamelin pose avec force le pot de moutarde Maille. Paf !

« Tu as Sedan là ! » . Elle pose la salière : « Voilà Charleville ». Pif !

Madame Gamelin sort une tige de rhododendron d’un vase arrache la fleur et jette les feuilles par terre, elle pose la tige sur la nappe.

« Voilà la frontière entre l’Allemagne et le Luxembourg et la Belgique »

Elle tire une autre tige et la pose perpendiculairement à la première.

« Ca c’est la frontière française (que tu dois défendre mon Momo )»

  • Concrètement tu proposes quoi ?

« Madame Weygand et moi pensons que vous devez les attaquer en Belgique, entre ces deux frontières, sur leur flanc droit et sur leur flanc gauche ».

Madame Gamelin pose avec force un rond de serviette entre les deux tiges figurant les frontières, « voilà Bastogne ! ». De plus en plus excitée elle dirige une fourchette vers son mari : la division Reinhardt, un couteau : et là Guderian !, un autre couteau : le général List !.

La nappe elle-même est mise à contribution, Madame la plisse pour figurer les reliefs des Ardennes.

« Comprend, mon chéri, ils peuvent passer mais ils peuvent difficilement manoeuvrer, c’est là où la nature vous met à égalité. C’est là où tes chars lourds B1 bis * te donnent la supériorité »

_ ……………………

« C’est votre chance, votre seule et unique chance. »

Maurice Gamelin se lève de sa chaise, se dresse sur ses deux bras, surplombe la mise en scène.

  • il pense : « c’est pas con ».

Le jaret de veau a refroidi, Martine le rapporte à la cuisine, « ils n’y ont pas touché » pense-t-elle.

Dans la nuit Gamelin n’arrive pas à dormir. Il tourne et se retourne. Un sentiment inconnu pénètre tout son corps, un frisson le parcours, un petit courant de dépolarisation monte de son sacrum par sa moelle épinière jusqu’à son cervelet, puis l’onde atteint ses lobes frontaux et il commence à verbaliser sa colère,une colère majuscule ! Une sainte colère ! Un colère à déplacer les montagnes (ce n’est pas la foi qui déplace les montagnes). Il a toujours réussi dans la vie par son intelligence et sa finesse d’esprit, jamais il n’a forcé une décision par une colère réelle ou feinte. Pour la première fois la colère va lui donner l’énergie de forcer la décision. Il a en tête une carte précise du Nord de la France, il peaufine le scénario de son épouse puis prend sa décision, très excité, car le temps presse Il téléphone en pleine nuit aux généraux Corap, Huntziger, Georges et au Colonel de Gaulle. Il leurs intime de venir à son Q.G. aujourd’hui même à 7 heures du matin. Le général Huntziger téléphone au général Georges : « Voilà que Gamelin nous donne un ordre ! c’est pas croyable ! Tu vas y aller toi ?  »  « Ben oui il est généralissime après tout, allons y »

2 Mai 7 heures du matin à l’Etat-Major de Vincennes.

Sont présents Gamelin, Huntziger, de Gaulle et George, plus un Lieutenant-Colonel.

M.G. : Je vous remercie d’être à l’heure, le général Corap est à Verdun nous allons rester en téléphone-conférence avec lui grâce au Ltd-Colonel Antoine ici présent.

.M.G. Une remarque préliminaire : de Gaulle, vous n’êtes pas encore général ** mais vous le serez bientôt, c’est moi qui vous le promets, je vous ai convoqué à cause de votre expertise concernant les chars de combat.

De Gaulle : je vous remercie mon général.

M.G. Hier j’ai reçu un câble de Berne par un agent en qui j’ai toute confiance. L’hypothèse d’une attaque dans les Ardennes est une certitude et j’ai même la date : ce sera le 10 Mai.

Huntziger : S’ils font cette folie nous les pincerons à la sortie.

M.G.:JE-NE-VEUX-PLUS-ENTEN-DRE-CET-TE-ANE-RIE !! . En terrain découvert les allemands sont plus forts que nous, tandis que dans les Ardennes en milieu boisé et accidenté nos chars lourds B1 bis à blindage de 60 mm nous donnent une supériorité absolue sur leurs Panzers.

Mais n’allons pas trop vite, nous sommes pressés, comme disait Lyautey. Antoine ! Avez- vous informé Corap par téléphone ? comment réagit-il ?

Antoine : Corap dit qu’il n’est pas étonné, il avait l’intuition que les Allemands attaqueraient dans les Ardennes

De Gaulle : pensez vous à protéger la plaine belge ?

M.G. : Les Belges se sont déclarés neutres, pensez vous qu’on a la droit d’ être neutre face à Hitler ?

De Gaulle : certes non.

M.G. Mon plan est le suivant : nous allons prépositionner nos 35 chars lourds B1 et nos 369 chars B1 bis sur leur gauche.

Nous allons prépositionner 600 chars légers Renault R35 autour de Givet, sur leur flanc droit, en principe………

Vous, de Gaulle, vous avez là l ‘occasion de mettre en pratique la théorie de votre livre : « Vers l’armée de métier »

de Gaulle : effectivement, mais contre les 2500 chars allemands plus ou moins coincés, j’ai besoin de 1200 chars légers très manoeuvrants.

M.G. Vous les aurez de Gaulle, vous les aurez.

Les quatre officiers supérieurs se regardent estomaqués.

M.G. On n’a pas de temps à perdre, les enfants, sortez vos agendas.

Ils sortent leurs agendas.

M.G. Nous sommes Samedi 2 Mai, le 8 Mai c’est Vendredi prochain , nous avons une petite semaine pour nous positionner.

Vous, de Gaulle vous avez tout pouvoir, pour regrouper dans tous les régiments les 1200 chars légers dont vous avez besoin.

Vous, George et Huntziger, filez à Verdun retrouver Corap et regroupez les chars lourds et l’artillerie pour attaquer leur flanc gauche.

La chronologie sera la suivante :

Un : on se prépositionne

Deux : on laisse les Allemands s’enfoncer durant deux jours en Belgique

Trois : le soir du deuxième jour on attaque sur leur flanc gauche avec les chars B1 et B1 bis et l’artillerie.

Quatre au petit matin du troisième jour les chars légers du Colonel de Gaulle attaquent leur flanc droit.

Est-ce que vous m’avez bien reçu ?

Les officiers supérieurs : « Fort et clair, Monsieur le Généralissime»

de Gaulle : hum, hum, je m’étonne que Weygand ***n’ai pas été invité.

M.G. : Weygand ? Ah oui Weygand………………………. Lt Colonel Antoine ! vous informerez le Général Weygand des décisions que NOUS avons prises.

(suite : la bataille des Ardennes deuxième partie )

* Le char B1 bis : produit en 369 exemplaires

** Charles de Gaulle a été promu Général le 1 Juin 1940

*** Weygand a remplacé Gamelin, comme généralissime le 19 Mai 1940

Référence : Le Figaro Histoire numéro 49 : 1940, la plus grande défaite française de l’histoire de France.

Pau, le 16 juin 2020

Jean-François de Lagausie,

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Un commentaire

  • Voilà donc une écriture de la guerre de quarante résultant à la fois de l’imagination de son auteur et de l’idéalisation des capacités française à résister. Je retiens dans cette partie, essentiellement l’épisode de la bataille de Montcornet. Pour certains, cet engagement menée par les chars sous le commandement du colonel De Gaulle, le 17 mai 1940, fut la seul victoire de l’armée française. Pour d’autres ce ne fut pas une victoire mais une action qui a stoppé, pendant peu de temps, l’avancée des chars allemands. On connait la suite. Réécrire l’histoire est un exercice qui permet de rêver, après tout pourquoi pas. Tant que cela n’efface pas la vérité.

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