De quoi j’me mêle !

La convention citoyenne veut nous obliger à manger moins de viande ; «de quoi je me mêle» disait Yves Thréard à C dans l’Air, sans doute suivi par bon nombre de citoyens.

On en sortira jamais de cet individualisme ambiant !

Parmi les responsabilités des gouvernements, la sécurité sanitaire des citoyens est en bonne place ; elle a d’ailleurs été sollicitée avec beaucoup d’intensité depuis l’apparition du virus.

«La sécurité sanitaire se définit ainsi comme l’ensemble des décisions, programmes et actions visant à protéger la population contre tous les dangers et les risques pour la santé considérés comme échappant au contrôle des individus et relevant donc de la responsabilité des pouvoirs publics.» Ministère des Solidarités et de la Santé.

Ce qu’oublient ces partisans de la liberté de manger individuellement la quantité de viande qu’ils veulent, c’est que leur volonté de jouir de leur plaisir «nécrophage» met en péril non seulement leur propre avenir mais celui des autres ; c’est donc un problème de gestion collective du danger.

La consommation de viande en France est marquée par une contradiction : les Français en achètent de moins en moins chez le boucher, mais en consomment de plus en plus, principalement en raison de la vogue des burgers, nuggets et autres sandwiches et produits industrialisés.

La consommation excessive de viande est un facteur de pathologies graves ; ceci ne signifie pas qu’il faut supprimer la viande mais en consommer ce que les scientifiques appellent «en quantité et qualité raisonnables», ce qui dépend de bien des paramètres : sexe, âge, état de santé, activité, nature et préparations culinaires utilisées…

Pour un Etat et surtout pour ses citoyens, réduire la consommation globale de viande revient à :

+ Réduire le déficit de la Sécurité sociale du fait de la baisse des dépenses  liées aux soins réalisés.

+ Réduire le risque de maladies cardiovasculaires « La viande est riche en fer. Si on en consomme trop, on aura un excès de fer dans le sang. Ce fer étant pro-oxydant, il augmente le stress oxydatif qui lui augmente le risque cardiovasculaire en modifiant la paroi des artères », explique Nathalie Négro, diététicienne.

+ Réduire le risque de cancer du colon. Depuis 2015, la viande rouge est classée comme« probablement cancérogène » et les produits transformés à base de viande comme « cancérogènes ». Le risque cancérogène peut aussi être favorisé par le mode de cuisson. Les viandes sont souvent cuisinées à la poêle, au barbecue ou à la plancha. Or, ces moyens de cuisson génèrent des composés chimiques cancérogènes comme les hydrocarbures aromatiques polycycliques et les amines hétérocycliques.

+ Réduire le risque inflammatoire. « Les graisses contenues dans la viande contiennent de l’acide arachidonique. Quand il se retrouve en excès dans l’organisme, il favorise les réactions inflammatoires dans tout le corps ».

+ Réduire la contamination des virus dans les abattoirs comme c’est la cas, avec le Covid-19 dans ces usines à tuer allemandes en ce moment. La surconsommation de viande est responsable des zoonoses, maladies animales transmises aux êtres humains (grippe aviaire, encéphalopathie spongiforme bovine, grippe H1N1…), qui se développent dans les élevages intensifs, caractérisés par une forte concentration des animaux.

+ Réduire les pollutions locales et globales, mais aussi l’antibio-résistance créée par l’élevage, à travers son utilisation massive des antibiotiques (Plus de 80% des antibiotiques utilisés en France sont à destination de l’élevage), qui les rend inefficaces pour traiter les pathologies infectieuses humaines. Début novembre 2017, l’OMS a demandé aux éleveurs et à l’industrie alimentaire de cesser d’utiliser systématiquement des antibiotiques pour promouvoir la croissance et prévenir les maladies chez des animaux sains.

Mais les dégâts ne se limitent pas à la santé humaine.

+ Dans l’hexagone, et particulièrement en Bretagne, les élevages intensifs sont une cause majeure de pollution des eaux amenant des marées vertes. Elles causent un gaz toxique qui peut s’avérer mortel pour de nombreux animaux aquatiques, et même terrestres… Tout cela notamment à cause des rejets de lisiers et de l’excès d’engrais dans les cultures céréalières destinées à nourrir le bétail. Les régions concernées supportent des pertes économiques du fait de la diminution du tourisme.

+ Actuellement, la FAO estime que 83 % de la surface agricole mondiale est utilisée pour l’élevage (pâturage du bétail et production de céréales destinées à les nourrir).

Le manque de terres agricoles pousse aussi à la déforestation : 91% des terres «récupérées» dans la forêt amazonienne servent ainsi aux pâturages ou à la production de soja qui nourrira plus tard le bétail.

Moins de forêt, c’est moins de dioxyde de carbone absorbé.

Si nous cultivions pour la consommation humaine et non pour nourrir les animaux, nous augmenterions de 70% les calories alimentaires disponibles,

ce qui permettrait de nourrir 4 milliards de personnes en plus.

+ La production d’aliment pour le bétail (avec ajout d’engrais), la physiologie des animaux, la chaîne de transformation de la viande (avec chambre froide)… en tout et pour tout, l’élevage est à la source de 5% des émissions de CO2, 53 % du N2O et 44% du méthane (CH4).

L’élevage est donc responsable d’une part importante du réchauffement climatique

+ La guerre pour l’eau a déjà commencé or, en élevage industriel, la production d’un kilogramme de bœuf absorbe par exemple 13.500 litres d’eau. C’est bien plus élevé que la consommation nécessaire à la culture des céréales telles que le riz (1.400 litres) ou le blé (1.200) L’«empreinte eau» des Européens liée à leur alimentation pourrait baisser sensiblement en diminuant la part de la viande dans les repas.

+ L’élevage, par la déforestation, la pollution, la destruction des espaces naturels, la sélection… contribue à la chute de la biodiversité.

Dans le but d’assurer la meilleure situation sanitaire pour tous, il est parfaitement justifié de se mêler de vouloir demander une réduction de la consommation de viande.

La liberté des uns finit où commence celle des autres.

Signé Georges Vallet

crédits photos:diminuer sa consommation de viande. ch.toluna.com

Avant d’être cancérigène, la viande est polluante pour la planète

www.lemonde.fr › Les décodeurs

Émissions de gaz à effet de serre, déforestation, consommation d’eau : l’élevage affecte fortement l’environnement.

29 oct. 2015 – Ajouté par Des projets alternatifs pour sauver la planète

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4 commentaires

  • J’ai recherché les textes du colloque de Morlaàs, sans succès. Désolé pour le retard de ma réponse.

    Je pense que les arguments présentés par Mme Lagaronne de la Chambre d’Agriculture, n’ont pas été publiés. Je n’ai pas eu connaissance d’un compte rendu. En tous cas les arguments ont été présentés au cours d’une réunion qui précédait de quelques semaines les élections des représentants à la Chambre d’Agriculture. M. Layre (FDSEA) de Caubios a succédé à M. Estrade (FDSEA) de Boumourt.

    Sur cette problématique de l’élevage bovins à viande et de l’effet de serre, je rappellerai l’émission « Des Racines et Des Ailes »:
    Passion patrimoine : Le goût du pays basque » : https://www.france.tv/france-3/des-racines-et-des-ailes/1520355-passion-patrimoine-le-gout-du-pays-basque.html
    J’ai retrouvé pas mal d’arguments présentés par Mme Lagaronne.

    « Sur le littoral basque, Viviane Delpech, historienne de l’architecture, part à la découverte du patrimoine Art Déco. A Ciboure, visite de la somptueuse villa Leihorra. —. A quelques kilomètres de là, à Guéthary, Viviane s’intéresse à la composition du fabuleux vitrail du maître verrier Jaques Grüber. —.
    A l’intérieur des terres, des producteurs militants se regroupent au sein de la charte fermière Idoki, pour défendre une agriculture paysanne et des produits au goût de leur terroir. »

    Pour le reste je n’ai pas de désaccords avec vos commentaires, y compris sur le paradoxe aquitain.
    J’ai toutefois une nuance sur la perception que nous avons des conditions de travail ou de vie dans des pays « émergeants ». Nos aïeux ont connu des conditions similaires. Encore une histoire de « fin du mois, fin du monde ».

  • « La viande est considérée, notamment par l’UE, comme le plus gros producteur de carbone. L’élimination des protéines « viandes » réduirait d’1/3 la production de carbone.
    Toutefois, suivant la FDSEA, il faudrait corriger ces bilans carbones en considérant, l’eau, le sol, le territoire et l’air. Ainsi la taxe carbone devrait valoriser l’air. Parmi les leviers de réduction du décompte carbone figureraient les prairies (y compris le fumier) ainsi que la filière viande. » (SIC A@P)

    L’élevage traditionnel local de bovins (blonde des Pyrénées voire d’Aquitaine) est quand même très différent des élevages intensifs.

    En Chine où la consommation de viande bovine est en forte croissance, s’installent des élevages industriels approvisionnés à partir des fronts pionniers argentin et brésilien en sorgho transgénique cultivés avec du glyphosate.

    Ce front pionnier n’avance pas forcément en laissant un front de misère derrière lui. Tout un réseau de villes actives avance avec lui en Argentine et au Brésil. C’est comme en Indonésie ou Malaisie où les salariés des grosses plantations de palmier à huile sont également propriétaires de petites parcelles. Elles assurent un complément de revenu très appréciable depuis plusieurs générations.
    Evidemment les droits des autochtones, avec leurs cultures et leurs usages traditionnels des terres ou de la forêt, sont lésés.

    Il est toutefois surprenant que, dans le même temps, la FNSEA revendique l’usage du glyphosate pour la culture de céréales en France.

    D’autre part, que penser du paradoxe aquitain où le taux des maladies cardiovasculaires serait relativement faible alors que le gras (porc, confits) y est une base de la consommation courante depuis des décennies.

    Que pensez également de la chanson de Nadau « lou gréch é la saùcisse » qui pourfend les mises en gardes contre la consommation de produits gras: « Ils nous pourrissent la vie en voulant nous la sauver ».
    Nadau dans la ligné des Molière, Voltaire ou Jules Romain ? Mais aussi écho de l’illibéralisme ambiant.

    • + « Toutefois, suivant la FDSEA, il faudrait corriger ces bilans carbones en considérant, l’eau, le sol, le territoire et l’air. Ainsi la taxe carbone devrait valoriser l’air. Parmi les leviers de réduction du décompte carbone figureraient les prairies (y compris le fumier) ainsi que la filière viande. » (SIC A@P) »

      Pourriez-vous avoir l’amabilité soit de me fournir le texte, soit de l’expliciter, car je ne comprends pas le raisonnement. Merci.

      + « L’élevage traditionnel local de bovins (blonde des Pyrénées voire d’Aquitaine) est quand même très différent des élevages intensifs. »

      Absolument, ce n’est pas lui qui est visé.

      +«les salariés des grosses plantations de palmier à huile sont également propriétaires de petites parcelles. Elles assurent un complément de revenu très appréciable depuis plusieurs générations.»

      En contre partie, c’est un choix de société:
      Orangs-outans : comment l’huile de palme les menace ?
      http://www.fne.asso.fr › dossiers › cest-quoi-le-problème-ave.

      «Chaque jour, ce sont des milliers d’hectares qui sont brûlés pour faire pousser ces fameux palmiers, faisant de cette culture l’une des principales causes de déforestation en Asie du Sud-Est, mais aussi, plus récemment, en Afrique. L’Indonésie est d’ailleurs devenue le troisième émetteur mondial de CO2 à cause de ces feux de forêts. Là-bas, l’équivalent d’un terrain de football disparaît toutes les 15 secondes.
      Plantes et animaux qui vivaient sur place perdent leur habitat et disparaissent à grande vitesse. Emblème du désastre, l’extinction des Orangs-outans: leur population a chuté de plus de 90% en un siècle sur l’île de Sumatra où la culture de l’huile s’est propagée.
      Ces cultures industrielles sont également de grandes consommatrices de pesticides et d’engrais chimiques. À titre d’exemple, le Paraquat est couramment utilisé dans ces plantations. Ces insecticides affectent également la santé des habitants en contaminant les sols, l’eau et l’air.
      À ces produits dangereux s’ajoutent des conditions de travail désastreuses au sein des palmeraies. Un rapport d’Amnesty international pointe le travail forcé, le travail des enfants ou encore les pratiques abusives et dangereuses mettant la santé des ouvriers et ouvrières en péril. En prime, l’agriculture vivrière de ces pays disparaît peu à peu au profit d’une agriculture d’exportation, qui bénéficie à une minorité. Nutella contient presque 70% de sucre et d’huile de palme.L’Anses a annoncé que l’acide palmitique, présent à environ 40% dans l’huile de palme, favorise les dépôts graisseux sur les parois des vaisseaux sanguins……..»

      +«D’autre part, que penser du paradoxe aquitain où le taux des maladies cardiovasculaires serait relativement faible alors que le gras (porc, confits) y est une base de la consommation courante depuis des décennies.»

      Ce questionnement est valable pour les générations précédentes car les chiffres actuels ne sont pas aussi favorables:
      https://www.ors-na.org/wp-content/uploads/2019/01/Etat_sante.pdf
      «Une surmortalité par maladies cardiovasculaires en
      Nouvelle-Aquitaine
      «UNE SURMORTALITÉ PAR RAPPORT À LA FRANCE HEXAGONALE…
      Avec 16 633 décès par maladies cardiovasculaires chaque année en moyenne en Nouvelle-Aquitaine, la région possède un taux standardisé de mortalité de 257 décès pour 100 000 habitants. Ce taux est supérieur au taux national (251) et situe la Nouvelle-Aquitaine au 6e rang des 13 régions françaises.
      UNE SITUATION QUI SE RETROUVE DANS LA MOITIÉ DES DÉPARTEMENTS
      La surmortalité par maladies cardiovasculaires est observée dans six départements de la région : les Pyrénées-Atlantiques, la Haute-Vienne, la Corrèze, la Dordogne, les Landes et la Creuse. Ce dernier département possède d’ailleurs le deuxième taux départemental le plus élevé de France, derrière le Pas-de-Calais. La Charente-Maritime, les Deux-Sèvres et la Gironde sont au contraire en sous-mortalité par rapport au niveau national.»

      Pour les générations précédentes je pense qu’il y a plusieurs explications qui s’ajoutent et que l’on peut résumer par « le mode de vie ».
      1°) La qualité du produit issu d’un élevage sur le terrain, en forêt parfois, sans traitements d’engraissement et de conservation artificiels.
      2°) Les consommateurs, surtout ceux des générations précédentes qui ont forgé la tradition, étaient des gens actifs, de la campagne qui brûlaient les calories consommées.
      3°) Les confits et autres garbures constituaient l’essentiel du repas et non comme maintenant une simple entrée.

      + chanson de Nadau « lou gréch é la saùcisse »
      Mêmes explications.

      Pour les générations actuelles, plus urbanisées, fournissant peu d’efforts physiques, mangeant n’importe quoi, comme partout… le mode de vie s’est adapté à la croissance et en subit les conséquences, comme ailleurs.

      • «D’autre part, que penser du paradoxe aquitain où le taux des maladies cardiovasculaires serait relativement faible alors que le gras (porc, confits) y est une base de la consommation courante depuis des décennies.»

        Complément.
        Monsieur Larouture, en faisant reparler le passé de ma femme dans les environs d’Amou, je réalise qu’il faut peut-être nuancer aussi ce paradoxe; dans sa jeunesse, dans les fermes, les personnes, pas très âgées, paralysées ou décédées, à la suite de crise cardiaque, d’AVC, étaient assez nombreuses; je n’ai pas naturellement de chiffres à évoquer mais c’est, pour elle, un ressenti bien présent car, contrairement à maintenant, les familles gardaient à la maison ces personnes paralysées et c’était le drame physique, moral, financier dans la maison!
        Alors, n’y aurait-il pas une cause alimentaire?

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