Un habile mais grossier contrefeu présidentiel

Les charges des professeurs Raoult et Perronne sur la gestion politique du covid 19 , relayées par bien d’autres éminents scientifiques, atteignent bien évidemment le président de la république qui, à moins de deux ans de la prochaine élection présidentielle, a senti le danger qu’elles représentent pour lui. Pour les rendre inoffensives ou moins dangereuses les manœuvres sont multiples.

La première et la plus évidente est le temps. Les mois passant on aura oublié. Qui , au printemps 2022, se souviendra des éventuelles erreurs et des changements de cap de l’exécutif dans la gestion de la pandémie qui aura alors disparu ?

La seconde consiste à instiller le doute sur les opinions contraires à celles de la commission médicale scientifique qui semble avoir dicté les décisions gouvernementales.
Il y aussi la tentation de réduire l’audience des contradicteurs.

Assez curieusement le professeur Perronne qui vient de publier un ouvrage ( « Y a-t’il une erreur qu’ils n’ont pas commises ?» ) se voit visé par le conseil national de l’ordre des médecins qui demande au conseil de l’ordre départemental dont il dépend d’instruire contre lui un dossier pour rechercher s’il a commis des manquements à des obligations déontologiques. Petit règlement de comptes bien sûr, mais ses auteurs ne voient-ils pas le ridicule de leur démarche au regard de ce que vit la population depuis plus de trois mois ? Une autre atteinte stupide à la liberté d’expression.

Il y a aussi des journalistes du service de l’audiovisuel dont un semble s’être spécialisé dans des attaques du professeur Raoult qui relèvent plus de l’affrontement que d’un souci d’investigation.

Mais la plus belle manœuvre consiste évidemment à démontrer que les décisions gouvernementales ont été à la mesure de l’agression pandémique. Ainsi, le président de la république « a installé ce jeudi 25 juin, la mission d’évaluation de l’exécutif sur la gestion de la crise du coronavirus, qui sera présidée par le professeur suisse Didier Pittet et devra rendre ses conclusions d’ici la fin de l’année, a annoncé l’Elysée.

Cette «mission indépendante nationale sur l’évaluation de la gestion de la crise du Covid-19 et sur l’anticipation des risques pandémiques» doit permettre de «tirer les leçons» de la crise et «d’en sortir renforcé et mieux préparé à l’avenir», selon sa feuille de route.
Les cinq membres, qui devront «comparer la riposte» française «à celle mise en oeuvre chez nos voisins», porteront «une appréciation sur la pertinence, la rapidité, la proportionnalité de la réponse dans la gestion de la crise sanitaire, sociale et économique», alors que l’exécutif fait face aux critiques, notamment sur ses stocks de masques et de médicaments de réanimation » ( informations du Figaro ).

Il est déjà écrit que cette mission exonérera l’exécutif de toute erreur. Mais pourquoi cette commission alors que nos députés et sénateurs ont la possibilité de créer des commissions pour enquêter, en procédant à des auditions sous serment, sur des griefs imputés au gouvernement. Après une commission sénatoriale il y a quelques semaines, la commission de l’assemblée nationale a entendu le 24 juin le professeur Raoult.
Contrefeu immédiat , moins de vingt-quatre heures plus tard, le président de la république, qui ne peut ignorer ses déclarations et en comprend le danger pour son avenir, créé et compose une commission dont on voit bien le but car il est peu probable qu’elle trouvera des erreurs ou des manquements dans la gestion gouvernementale de la pandémie. La ficelle est trop grosse pour ne pas dénoncer la manœuvre.


Pierre ESPOSITO

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