La victoire de l’abstention

Il est maintenant une chose admise à partir des résultats de ces élections municipales, c’est que l’abstention a joué un rôle primordial. On n’avait pas connu un tel taux pour une élection municipale. Dans le département des Pyrénées Atlantiques, la participation qui était de 66,85% en 2014 n’a été que de 49,48% le 28 juin 2020. Une évolution inquiétante à laquelle il faudra bien trouver une explication.

A Pau, cette élection mérite d’être analysée en comparaison de celle de 2014. En 2020, François Bayrou a été élu avec 9 388 voix, il en avait obtenu 18 388 en 2014, donc deux fois moins. Il y a six ans, la participation avait été de 59,01%, elle n’a été que de 38,34% en 2020. Il y a comme un abîme entre ces résultats qui traduisent une évolution inquiétante du faible intérêt que nos concitoyens attachent à ce scrutin. En 2014, le taux d’abstention à Pau était de 40,99% ce qui faisait dire que les Palois avaient un sens civique plus développé que celui constaté au niveau national. Aujourd’hui, c’est l’inverse (participation à Pau = 38,34% contre 41,6% au plan national). Et, pour en terminer avec ces chiffres qui sont parlants, soulignons que François Bayrou et sa liste ont été élus avec 20,43% des voix des inscrits. Il ne faut pas voir dans ce résultat un problème de légitimité, mais un problème de représentativité.

Comment lutter contre ce désintérêt et qui en est responsable ? Un sondage récent de Sopra Stério (France TV – Radio France – LCP – Public Sénat) analyse les motivations des abstentionnistes. Il en résulte que 43% disent craindre la contamination du coronavirus, 38% considèrent que voter ne change rien à leur vie et enfin 27% se désintéressent du scrutin parce qu’aucune liste et aucun candidat ne leur plaît. A part la crainte de la contagion, il faut avouer que les deux autres motivations peuvent s’apparenter à « une grève civique », selon l’expression de Jean-Luc Mélenchon et font dire à Gérard Larcher que c’est « la France de l’abstention qui l’emporte ».

Les politiques ont bien évidemment une grande part de responsabilité dans cette attitude des citoyens. Le cas particulier de Pau, pour prendre l’exemple que l’on connaît le mieux, peut servir d’exemple. Alors qu’il était établi que la principale préoccupation des électeurs était la gestion budgétaire de la commune et les finances municipales, aucun des deux candidats en lice au second tour n’a abordé cette question. Bayrou a axé sa campagne sur son bilan. Marbot a voulu se situer en dehors de la polémique. En évoquant l’augmentation de la dette de la ville de 60% et la progression de la part communale des impôts locaux, il aurait orienté le débat sur un terrain que le maire sortant avait toujours dissimulé avec beaucoup de soins. Il ne l’a pas fait, il avait pourtant là un boulevard devant lui. On a connu des challengeurs plus pugnaces.

Lorsque l’on n’aborde pas les sujets qui sont considérés comme prioritaires par les citoyens on ne répond pas à leur attente et on leur transmet un message de mépris. Je ne parle pas de vos problèmes, je parle seulement des sujets de mon choix. En retour, il ne faut pas s’étonner que l’électeur ne se sente pas concerné. C’est donc ici que se situe principalement la responsabilité du politique dans la progression de l’abstention. Mesdames et messieurs les politiques ne vous croyez pas d’une caste supérieure, votre mission est une mission de service : avant tout vous devez répondre aux attentes de vos administrés et ne pas les ignorer comme vous le faites si souvent. En ne répondant pas aux courriers qui lui sont adressés, en ne recevant pas ceux qui demandent une audience, Bayrou est dans cette logique de celui qui, par une attitude distante, ignore ses administrés.

Mais lorsqu’on ne totalise plus pour être élu que la moitié des voix que l’on avait obtenues au second tour de l’élection du premier mandat, on a l’impérieux devoir de revoir sa copie. Une victoire à la Pyrrhus, en quelque sorte, qui conduit qu’à ne plus pouvoir gérer que les affaires courantes. Les grandes réalisations qui ont servi d’arguments tout au long de la campagne n’ont pas apporté des voix, bien au contraire, elles en ont fait perdre.

Pau, le 29 juin 2020

par Joël Braud

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4 commentaires

  • Humble avis : je pense qu’il faut relativiser la victoire de certains maires qui n’ont pas à pavoiser…
    A ce propos, voir svp les 3 articles suivants :

    1) Site web du « Le Monde » (Les Décodeurs : par Maxime Ferrer, Léa Sanchez et Raphaëlle Aubert) :
    Article du 29 juin 2020 : « Abstention aux municipales 2020 : qui sont les maires les mieux et les plus mal élus ? »
    Chapeau de l’article : « Le taux d’abstention pour ce second tour s’est élevé à 58,4 %, du jamais-vu dans ces élections. Avec, comme conséquence principale, le fait que certains maires soient élus avec une petite part de l’électorat. »
    URL : https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/06/29/abstention-aux-municipales-2020-qui-sont-les-maires-les-mieux-et-les-plus-mal-elus_6044608_4355770.html

    2) Site web « Francetvinfo » (par Yann Thompson, France Télévisions) :
    Article du 29 juin 2020 : « CARTE. Elections municipales 2020 : voici les 100 communes où le maire a été élu par le plus faible taux d’inscrits sur les listes »
    Chapeau de l’article : « En raison d’une très forte abstention et de la dispersion des listes, les vainqueurs ont été désignés avec les voix de moins de 15% des électeurs à Lille, Dijon ou Aix-en-Provence. A Mulhouse, c’est moins de 10%. »
    URL : https://www.francetvinfo.fr/elections/municipales/carte-elections-municipales-2020-voici-les-100-communes-ou-le-maire-a-ete-elu-par-le-plus-faible-taux-d-electeurs_4027337.html

    3) Site web « Le Point » (Par Jérôme Cordelier et Clément Pétreault) :
    Article du 30 juin 2020 : « Abstention, poussée verte, LR…. Les résultats des municipales en 10 questions ? »
    Chapeau de l’article : « DÉCRYPTAGE. Au lendemain de ce scrutin marqué par une abstention record, sondeurs, géographes et politologues analysent le sens à donner à ces résultats.  »
    URL : https://www.lepoint.fr/elections-municipales/abstention-poussee-verte-lr-les-resultats-des-municipales-en-10-questions-30-06-2020-2382348_1966.php

    Pour le reste, à Pau, rappel d’un de mes commentaires (24 juin 2020) à la suite de l’article « Marbot, l’Arlésien » (Auteur : Joël Braud) : « Une campagne électorale apaisée pour des Palois déjà plus ou moins endormis par les temps qui courent auquel s’ajoute le contexte COVID 19 ! »

    Par ailleurs, bis repetita avec un nouveau p’tit retour via un extrait du site web « Lumni » :
    « Un désintérêt relatif pour la chose publique, l’une des dérives de la démocratie selon Tocqueville »

    « Le rapport des citoyens à la politique : L’une des dérives possibles de la société démocratique réside pour Tocqueville dans l’indifférence des individus pour la matière politique et civique, chacun ne s’occupant que de sa sphère privée. On assiste effectivement à une perte de confiance des électeurs dans les élus et la chose politique. »

    URL : https://www.lumni.fr/article/un-desinteret-relatif-pour-la-chose-publique-l-une-des-derives-de-la-democratie-selon-tocqueville

    Rappel d’écrits et/ou déclarations :
    « Qu’est ce donc que la politique si ce ne n’est l’art de mentir à propos ? » (Voltaire : 1694 – 1778)

    « Comme un homme politique ne croit jamais ce qu’il dit, il est étonné quand il est cru sur parole » (Charles de Gaulle : 1890 – 1970)

    « Le choix en politique n’est pas entre le bien et le mal, mais entre le préférable et le détestable » (Raymond Aron, interview : 1905 – 1983)

  • La désaffection des électeurs pour les élections même locales pourrait aussi s’expliquer par la perte de prestige des élus au cours du temps.

    Il n’y a pas si longtemps l’élu était considéré comme « la relation de ceux qui n’en avaient pas ». L’électeur avait un intérêt très personnel pour voter.
    (Voir propos de M. Labazée : « La majorité des demandes d’interventions d’électeurs consistent dans des demandes de contournement des lois »).

    Avec les progrès de la vie moderne, l’ouverture du champ d’activité de chacun, la montée de l’individualisme et aussi la création des intercommunalités, l’élu local a perdu de son attrait (voir propos de M. Cassou, ancien maire de Pardies-Piétât, lors de la préparation des municipales par exemple).
    De plus les élus doivent être transparents (on ne les voit donc plus…, mais ce n’est quand même pas une raison pour revenir à plus d’opacité…).
    Et pendant ce temps l’électeur est toujours motivé par ses besoins personnels.

    Les élus sont toujours dans une recherche vaine de l’optimum territorial alors que le territoire n’est plus le lieu d’une représentation du monde.
    Le représentant de ma Commune au Conseil des Communes, ira certes retirer quelques bénéfices mais n’accompagnera pas un projet de Société.
    Les partis politiques ont aussi perdu de leur notoriété. Je pense qu’il faut être très, très, motivé pour s’inscrire à un parti politique.
    Et puis l’élection n’est qu’une mécanique pour dégager une majorité (je crois que je cite Tocqueville…).

    Quant à mon Député, M. Habib, il me fait plutôt penser à un Sénateur. Non pas par son train car il me semble très actif, mais par les préoccupations qu’il aborde et qui sont celles des forces vives du territoire :
    Ainsi, lors de sa campagne de 2007 et de sa visite dans le village (il l’a quand même faite), j’ai retenu que M. Habib était l’ami personnel du Ministre de l’agriculture de l’époque, M. Travers, qu’il avait le numéro de portable de M. Pouyané, le PDG de Total, et qu’il participait au financement d’une étude sur des produits capillaires pour pérenniser l’activité d’une usine du bassin de Lacq.
    Face à ces niveaux de problèmes, mes problèmes personnels de simple électeur m’ont semblé dérisoires.

    • Je ne connaissais pas cette citation de Georges Labazée. Elle est très significative de ce que les citoyens attendent des élus. Ce sont ceux qui favorisent les passe-droit. Ne t’inquiète pas, je connais quelqu’un.
      Très intéressant ce que vous nous dites là. Intéressant et inquiétant à la fois.

  • Michel LACANETTE.

     » Ils ont une grande part de responsabilité. »
    Je ne sais pas s’ ils ont une part de responsabilité, mais ce qui est sûr c’ est qu’ ils ont cédé une part importante de leur pouvoir aux dépens de la bureaucratie. Peut être contraints et forcés de par le poids que prennent les quantités de normes et de lois nationales et européennes, mais peut être aussi par facilité. Ne voulant pas mettre les pieds dans le plat des problèmes qui leur semblent démesurés. En ne conservant que le médiatique, ils sont devenus la courroie de transmission de l’ administratif et non plus le moteur d’ idées innovantes qui font avancer la société et motive l’ électorat. Pourquoi aller trouver un élu, alors qu’ il ne répondra pas aux attentes.

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