Violences policières ou violences politico-sociales ?

Nous sommes confrontés, une fois de plus, à cette indigence intellectuelle majoritaire qui consiste à considérer qu’il faut séparer les problèmes par ordre hiérarchique et les résoudre séparément, alors qu’il n’y a pas d’ordre hiérarchique car le fonctionnement n’est pas linéaire mais global et complexe ; tout est lié. Les interactions dans lesquelles nous sommes engagés nécessitent de tenir compte de ce qui advient à d’autres échelles spatiales et temporelles – à l’environnement, notamment, sous peine de graves conséquences.

D’une part, tous les facteurs ne sont pas connus et génèrent, par leurs interrelations et interactions, des émergences imprévisibles. Ainsi :

+ Vouloir prévenir et résoudre la et les futures émergences pandémiques, sans considérer l’économie, le transport, la déforestation, les GES, le réchauffement climatique, la politique de liberté des marchés, l’hyper-consommation, les pollutions,…

n’est pas une utopie mais un non sens pathologique.

+Il en est de même de vouloir résoudre le réchauffement climatique par des paroles ou des citoyens tirés au sort, en triant les déchets, en roulant moins vite, en favorisant l’achat de voitures moins polluantes tout en entretenant l’agriculture et l’élevage industriels, le développement de l’aviation, les autoroutes de camions…, l’économie polluante productrice de GES en somme !

Vouloir résoudre les violences policières séparément sans s’attaquer aux violences sociales, à l’individualisme, au culte du premier de cordée…, c’est ne rien comprendre au fonctionnement de la société.

La police n’est qu’un élément de notre écosystème social;

«son rôle est d’assurer la sécurité des personnes, des biens et des institutions. Maîtriser les flux migratoires et lutter contre l’immigration illégale. Lutter contre la criminalité organisée, la grande délinquance et la drogue. Protéger le pays contre la menace extérieure et le terrorisme.»

Les policiers, individuellement, ne sont que des composants de notre société dont ils sont issus ; ils en «parlent la même langue». Du fait de l’évolution de cette société, ils ont la même diversité croissante qui la caractérise. Ne nous étonnons pas que l’on retrouve tous les comportements individuels présents chez l’ensemble des citoyens, pour le meilleur et le pire. Leur sélection, formation et action ne sont que le résultat des décisions politiques des représentants élus par les Français. Nous avons donc la police qui résulte du choix des citoyens qui ont voté !

De toute façon la police est confrontée à la violence en général, c’est donc à elle qu’il faut s’attaquer en priorité.

Le problème est amplifié car l’émotionnel a pris le pas sur le rationnel, la tyrannie de l’image exalte les émotions, déforme la réalité, et laisse la voie ouverte à tous les excès comme l’envie, la peur, la haine…, la violence.

«C’est au bout du compte l’extinction des Lumières, la défaite du XVIIIe siècle et une régression sans précédent dans la marche en avant de l’esprit humain. Tout notre siècle proclame, à travers ses images, sa philosophie, ses institutions, le droit absolu de l’individu à se laisser aller à ses passions tristes, à commencer par la violence. C’est l’individualisme qui a fondé la société moderne ; c’est lui qui la détruira……

L’individualisme a étouffé tous les sentiments qui fédèrent une société, l’honneur aristocratique, la charité chrétienne, la solidarité prolétarienne, la fraternité républicaine. La réponse ne relève pas de la politique ordinaire, mais d’une réforme intellectuelle et morale qui finit un jour par surgir du fond même de la misère humaine.»Jacques Julliard dans Marianne.

L’individualisme maximise son profit dans le cadre des lois et se décharge sur l’Etat qu’il critique, des besoins liés à la solidarité.

Explicitons des domaines générateurs de violence dans la société :

+La violence naturelle, celle des forces de la nature, est de plus en plus redoutable et génératrice de violence sociale du fait de la politique utilisée qui génère une amplification des destructions des biens et des personnes par les tempêtes, les inondations, les incendies de forêts ou de récoltes, les sécheresses, les tsunamis non enrayés du fait des aménagements «touristiques»rentables…

+ La violence économique : chômage, précarité, pauvreté, inégalités, non répartition des richesses produites… Les violences urbaines s’expliquent en grande partie par l’exclusion d’une partie de la population du monde du travail. La compétition économique, les actionnaires, génèrent une pression de plus en plus forte sur les entreprises et leurs salariés et est à la base d’une violence contenue puis explosive.

+Dans le monde du travail la violence est « policée »ou pas, physique ou psychologique : abus de position dominante, mépris, harcèlement, management, mise au placard, licenciement pour faire monter les actions…; le burn-out, les grèves dures, violentes… en résultent. La perte de valeurs tels que le respect ou la loyauté explique cette recrudescence.

Au début des années 2000, environ 20% des salariés en contact avec le public estiment subir cette violence de la part des patients, clients, usagers, enseignés…

+On peut parler aussi d’une violence de l’abondance qui ouvre la voie à l’envie perpétuelle, la surconsommation inégalitaire, la compétition des avoirs, la déprime agressive du manque…

+ La politique libérale favorise la violence en stimulant le réchauffement climatique, le chômage, la pollution, la malbouffe ; l’appel au secours de l’hôpital public et de nombreux services indispensables à tous n’est pas entendu….

+La violence médiatique est redoutable et touche les enfants ; elle est quotidienne dans les médias ; les journalistes en sont friands ; elle est devenue un phénomène banal : les jeux vidéo, les films à la télé, les spectacles violents…, le numérique est en bonne place avec la cyber-violence qui consiste en ce qu’une personne utilise la violence (physique ou verbale) pour ridiculiser quelqu’un et en fasse une vidéo, une publicité ou toute autre publication sur internet.

Les mots, sur les réseaux sociaux s’inscrivent comme des balles, meurtrissant à dessein les esprits. Sur la voie publique l’agression verbale, gestuelle, physique même, s’impose au détriment de la courtoisie et la tolérance ; des suicides en découlent.

+ Les violences intra-familiales sont quotidiennement évoquées au sein du couple, parents et enfants,

+Les violence criminelles peuvent avoir des causes sociales et économiques. Cette forme de violence se mêle à la violence psycho-pathologique (schizophrénie, etc.) non encadrée par manque de moyens.

+Même dans notre pays la violence religieuse s’est dramatiquement manifestée considérant le crime comme une cause juste, un dur rappel des faits semblables qui ont jalonné notre histoire.

+La raison d’Etat légitime «la guerre juste» ; l’horreur de la violence destructrice des hommes, des femmes et des enfants est effacée, aux yeux des acteurs, par la distanciation. Les responsables sont dans les bureaux, les bourreaux sont les robots qui tuent à distance.

La violence est-elle inhérente à l’homme biologique ?

Une confusion a été faite, voulue ou non ; la première cellule formée n’a pu subsister qu’en se protégeant de son environnement hostile par une membrane physique sélective et un dispositif physiologique appelé immunité. De cellules en tissus, en organes, en organismes, le phénomène automatique de protection s’est étendu ; on ne peut pas parler de violence tant qu’il n’y a pas eu une prise en compte, par un cerveau apte à prononcer consciemment des jugements de valeur, c’est-à-dire lors du passage de l’homme biologique à l’homme culturel.

La violence est un produit de la «culture», elle n’est donc pas une fatalité.

Si les sociétés modernes connaissent une telle violence, c’est que les solutions éducatives, économiques, socioculturelles, donc politiques, n’ont pas été pertinentes.

L’émergence de la Covid19 devrait nous faire comprendre qu’un changement total progressif, mais bien acté, de philosophie et d’orientation politique, est la seule issue pour s’acheminer vers une société, et donc une police, plus apaisée.

Cela n’en prend pas le chemin !!

Signé Georges Vallet

crédits photos:Citation Françoise Héritier education : La violence n’est pas …citation-celebre.leparisien.fr

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