Climats

« Chaleur à tous les étages ». L’auteur du récent article fort bien écrit sur le climat n’a pas apprécié le commentaire que j’y ai apporté. Il me l’a fait savoir par un courriel personnel amical et je le remercie de sa franchise. Nous sommes là pour débattre. Je m’explique donc : il me semble que la question climatique est trop sérieuse pour qu’on la réduise à une interprétation « sentimentale » ou à une exploitation médiatique, mercantile ou sensationnelle comme c’est le cas, par exemple, avec le personnage « emblématique » de Greta Thunberg.

La collapsologie recrute et, avec elle, les tenants de la fin du monde ou l’avènement d’un univers terrifiant qui nous attendrait, inéluctablement. C’est « Soleil Vert », film de Fleischer prémonitoire que nous annonçait l’apocalypse Hollywoodienne dès 1973. Le pire n’est jamais sûr et l’avenir n’est pas écrit. Les questions climatiques par leur ampleur et leurs complexités, appartiennent aux scientifiques en premier lieu. Nous devrions avoir appris de la crise du Covid 19 que les hommes et les femmes de sciences, sur les questions essentielles, avancent en débattant et même en s’étripant parfois ; l’enjeu de ces désaccords radicaux, nous dépasse. Il n’y a donc pas de certitudes et la réponse à ces questions vitales appartient aux spécialistes, avant tout. Elles peuvent aussi évoluer.

Le discours public sur la climatologie est brouillé, manipulé par l’interposition d’associations –qui se substituent aux états- ou de médias -réseaux sociaux inclus- guidés par des intérêts financiers très importants. Les « énergies nouvelles », une panacée de plus en plus contestée, sont aussi un marché très juteux qui a créé depuis longtemps un réseau de lobbys sinueux. Les promoteurs de ces nouveautés, notamment les groupes de pression anti-nucléaires, sont donc sujets à cautions, à interrogations ; sans les suspecter a priori.

Mais une information chassant l’autre, voilà que le Climat déjà dépassé par de nouvelles priorités : écriture inclusive, théorie du genre, mee-too, black lives Matter -c’est la rotation des grandes causes- et désormais la cause animale. Celle-ci devrait faire l’objet d’un Référendum d’Initiative Populaire. Il serait mieux engagé que celui qui s’était donné pour objectif d’empêcher la vente au privé d’Aéroport de Paris et qui a fait long feu. Cette fois l’opération est bien montée : financée par un ensemble de milliardaires du numérique gagnés récemment à la cause, avec parmi eux Xavier Niels, l’ami proche du Président.

L’affaire est gérée par un animateur professionnel Hugo Clément et appuyée par la diffusion opportune de films de l’association radicale « L214 » souvent contestés -par voix juridique- par les  incriminés. La Cause Animale ? Mais oui, naturellement, les Français sont largement pour : qui n’a pas de compassion, de tendresse pour nos frères animaux n’est pas véritablement humain. Mais au fait, quels animaux sont concernés, les chats et les chiens exclusivement ? Que fait-on de la chaîne alimentaire ? Faudra-t-il rééduquer le lion qui dévore la gazelle vivante ou le loup qui réoccupe nos territoires et s’en prend à nos moutons ? En viendra-t-on à obliger, les propriétaires de chiens à les sortir deux fois par jour, sous peine d’amendes comme le prévoit un projet de loi en Allemagne. Il semblerait que la mode végan -idéal des promoteurs du RIP- gagne de plus en plus de terrain mais en réalité les spécialistes de la consommation, notent une très forte augmentation consommation de la viande depuis le confinement (cf. France Culture, mardi matin).

« Il n’y a pas de vérités vraies » nous dit le philosophe. Pourtant, le bon sens, la raison, nous assignent d’autres priorités que celles abordées successivement plus haut. Il y a d’abord la question épidémiologique : près d’un million de morts sur la planète -au minimum – sans que la pandémie ne faiblisse ni que la perspective crédible d’une vaccination de masse n’apparaisse ; avec de nouvelles menaces : la mutation du virus ou l’apparition d’une épidémie d’un genre nouveau contre laquelle nous ne pourrions rien.

Notre fragilité sanitaire nationale ou mondiale voilà une question primordiale ; une cause essentielle. Les conséquences de la maladie voilà une autre prescription urgente : quelle place accordons-nous à nos anciens ? Y-a-t-il une limite à la solidarité intergénérationnelle ?  Quelles relations tout simplement entre les êtres humains dans ce moment masqué et distancié ?

Enfin reviendra par la fenêtre la question sociale que l’on croyait disparue après avoir mené la vie dure aux « gilets jaunes ». On le voit avec le débat sur le masque à l’école. Personne n’en discute la nécessité mais la question est : qui doit et qui peut payer cette protection indispensable ? Car ces causes successives qui prétendent nous mobiliser ne peuvent faire oublier la cause indispensable à une sortie de crise par le haut : celle du climatsocial ; liée à une répartition équitable de la charge de travail et à une juste redistribution des richesses.

Pierre-Michel Vidal

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4 commentaires

  • Très bel exemple de propagande aboutie (Voir Jacques Ellul). La Virgo Greta, dûment chapitrée, sortie du système scolaire (que font donc les parents?) pour prêcher, ignorante des choses du monde, créée ex nihilo à grand renfort de dollars (essayez de faire un discours à l’assemblée nationale ou à l’ONU, de traverser l’Atlantique dans un Imoca, etc…) se disant épuisée par le poids de ses « responsabilités »(??), semble disparaître progressivement des écrans au profit d’autres campagnes. Rappelons nous simplement qu’il y a 20.000 ans, il y a une heure à l’échelle géologique, le niveau de la mer était 120m en dessous du niveau actuel, sans que l’on puisse raisonnablement incriminer l’homme de Néanderthal .
    Susciter la peur est le meilleur moyen de dominer les peuples.

    • Bravo voilà des paroles sensées.
      L’écologie est en réalité bien mal défendue; cf. les récents propos du nouveau maire Bordeaux qui va interdire les sapins de noël. Il y a, en lisière de la capitale aquitaine, le plus grand massif forestier d’Europe dont les arbres sont régulièrement coupés et transformés industriellement. Ce sont ces arbres qui, coupés et morts, assurent la continuité de ce poumon européen grâce au travail des sylviculteurs.
      L’interdit, la culpabilisation et l’ignorance sont les piliers de nos nouveaux khmers verts qui agissent au nom d’une prétendue justice écologique et qui prétendent sauver la planète malgré nous. Là ou serait nécessaire au contraire de débattre, convaincre et comprendre les réalités du terrain.

      • «Rappelons nous simplement qu’il y a 20.000 ans, il y a une heure à l’échelle géologique, le niveau de la mer était 120m en dessous du niveau actuel, sans que l’on puisse raisonnablement incriminer l’homme de Néanderthal»

        «Bravo voilà des paroles sensées.»

        Sensées à première vue , dangereuses ensuite car car elles contribuent à laisser penser que le l’homme n’est pour rien dans le changement climatique; un petit effort dans l’acquisition des connaissances scientifiques, un peu moins d’assurance partisane… et cela changera bien des idées préconçues!

        «Le nouveau maire Bordeaux qui va interdire les sapins de noël. Il y a, en lisière de la capitale aquitaine, le plus grand massif forestier d’Europe»

        Le pin maritime n’a jamais été utilisé comme «sapin» de noël! Sa forme, la perte rapide des aiguilles, une fois coupé, sa résine suintante… ne conviennent absolument pas.
        On utilise le Nordmann, le sapin blanc, l’Épicéa bleu, l’Épicéa commun à rameaux inférieurs courbés vers le sol( forme sapin). Tous ces arbres poussent dans les Vosges ou les pays nordiques où ils utilisent, en culture industrielle, engrais et pesticides, des surfaces de terre utilisables pour d’autres cultures. Ces forêts stérilisent le sol du fait de l’acidification produite par la chute des feuilles tout le long de l’année. Sous ces résineux, c’est azoïque!

        «Ce sont ces arbres qui, coupés et morts, assurent la continuité de ce poumon européen grâce au travail des sylviculteurs.»

        Vous oubliez de dire que ce poumon a actuellement des problèmes avec le changement climatique; avec l’alios, le système racinaire est superficiel et pour faciliter l’enracinement du pivot principal il faut faire éclater, à la dynamite, la couche de ce grès très spécifique des Landes, ce qu’on ne fait pas, souvent, car trop couteux. En plus, pour le rendement, et pour qu’ils montent vite, ils sont plantés serrés.
        Résultat, c’est la chute dès que le vent devient tempétueux, c’est l’attaque par les scolytes…c’est la catastrophe financière pour les sylviculteurs. On devrait faire de petites parcelles encadrées par des feuillus bien plus résistants mais c’est une perte de surface, alors, on se contente de se lamenter «quand le bise est venue»! Et maintenant, elle revient de plus en plus souvent!

        Alors, oui, le maire de Bordeaux a raison de ne pas vouloir favoriser la destruction des sols et de permettre de faire des cultures nourricières.
        Non, l’idée d’utiliser les pins pour faire des sapins est une mauvaise idée!
        Votre conclusion est donc à réactualiser en n’oubliant pas que toutes ces plantations de résineux sont des réservoirs de carburants pour les gigantesques incendies qui s’irradient dans le monde, avec tous les morts et destructions de patrimoines qui en résultent. La surveillance et la lutte contre ces feux coutent aussi énormément à la collectivité.

  • +«interprétation «sentimentale» ou à une exploitation médiatique, mercantile ou sensationnelle comme c’est le cas, par exemple, avec le personnage «emblématique» de Greta Thunberg.»

    On peut retenir l’exploitation médiatique et sensationnelle car c’était l’objectif recherché; pour sensibiliser le monde, dans tous les milieux, politiques entre autres, il faut passer par là maintenant. Reconnaissons que cela a plutôt bien réussi et sans violence, c’est à remarquer.

    Sentimentale, pourquoi pas, elle constate les morts, les souffrances qui résultent déjà du réchauffement, elle est émue et en colère; je m’étonne que ce ne soit pas le cas chez beaucoup; cette colère est justifiée par le fait que l’on connaît les raisons, qu’il est possible d’agir et qu’on ne fait rien!

    Quant au mercantile je ne vois pas trop quel est le profit financier qu’elle en retire, la notoriété au plus!
    Elle passe le flambeau maintenant à d’autres jeunes qui sont, comme elle, très préoccupés pour leur avenir; c’est normal, elle doit poursuivre ses études et d’autres doivent prendre le relais.

    +Les «énergies nouvelles», une panacée de plus en plus contestée, sont aussi un marché très juteux»
    Contestées et freinées par qui? Ceux qui ont intérêt à faire perdurer les énergies fossiles, ils sont nombreux et puissants.
    C’est vrai que certains contestent les éoliennes pour des raisons visuelles et de confort; qu’ils réfléchissent, le nucléaire risque de supprimer ce confort, et eux aussi avec, un de ces jours, insidieusement (rayonnement ) ou bien pire: Japon!
    Nous avons la chance d’avoir un ensemble de côtes favorables et les autres européens ne sont pas plus bêtes que nous, or nous sommes seulement le 4ème Pays en Europe derrière l’Allemagne (59,3GW), l’Espagne (23,4 GW) et le Royaume-Uni (20,9 GW).
    Et les panneaux solaires ou photovoltaïques, pourquoi ne pas les fabriquer nous-mêmes, des progrès énormes sont faits? Il devrait y en avoir sur tous les toits; un marché porteur pour nos entreprises.
    Quant au marché «juteux», de quoi vous plaignez-vous, c’est justement le manque de rentabilité que l’on reproche. Comparez avec le marché «juteux!», pour le contribuable français, de L’EPR!

    + Nous devrions avoir appris de la crise du Covid 19 que les hommes et les femmes de sciences, sur les questions essentielles, avancent en débattant et même en s’étripant parfois ; l’enjeu de ces désaccords radicaux, nous dépasse. Il n’y a donc pas de certitudes et la réponse à ces questions vitales appartient aux spécialistes, avant tout. Elles peuvent aussi évoluer nouvelles»,

    «nous dépasse»? Pas tout le monde, les échanges, les oppositions, les critiques, le manque de certitudes, c’est bien ce qui caractérise le milieu scientifique, c’est compréhensible et heureux, d’où le temps long pour les retombées applicables à tous, en toute sécurité. Dans un domaine biologique inconnu, il y a que les ignorants, ou les volontairement ignorants, qui ont des certitudes, par exemple ceux qui veulent faire un plan pour l’évolution de l’économie sur 30 ans!».
    L’économie n’est pas biologique!!!». Les individus qui la font, les grandes pandémies, la Covid, les retentissements du climat sur l’agriculture…., ce n’est pas biologique?
    Nous sommes tellement imprégnés de la certitude de la technologie qui utilise les résultats de la Science, que beaucoup sont surpris des incertitudes que rencontrent les chercheurs dans la connaissance et la lutte contre le virus.

    +Mais au fait, quels animaux sont concernés, les chats et les chiens exclusivement? Que fait-on de la chaîne alimentaire?
    Cela n’a rien à voir.
    Les animaux au sang chaud ont une sensibilité et un psychisme qui les placent dans des conditions très proches des nôtres. C’est «humain» qu’on ne l’oublie pas et que l’on agisse pour diminuer le plus possible leur souffrance quand nous devons, du fait de notre régime biologique, naturellement polyphage, en consommer. Tout ce qui est végé….ou végan est culturel.
    Par contre la chaîne alimentaire fait intervenir tous les êtres vivants (animaux et plantes), y compris l’homme, il est nécessaire de la faire fonctionner car la perte de bien des maillons du fait de la chute de la biodiversité est une catastrophe; c’est l’invasion des parasites, des tiques, des loups, des sangliers, ragondins, frelons asiatiques..
    Le problème de la souffrance se situe dans un autre domaine de réflexion, il est à évaluer en fonction des connaissances scientifiques structurelles, physiologiques et psychiques de chaque maillon; de plus, cette souffrance ne touche qu’un nombre limité d’individus et non cette hécatombe, gaspillée le plus souvent, pour les finances de certains, le plaisir ou la maladie des autres.

    +«Notre fragilité sanitaire nationale ou mondiale voilà une question primordiale; une cause essentielle.»
    La fragilité sanitaire est structurelle et physiologique; elle et soumise aux exigences du monde moderne de plus en plus en inadéquation avec les possibilités de survie; la fragilité nationale et mondiale est aussi politique; la cause à défendre est de changer de politique!

    +«Les conséquences de la maladie voilà une autre prescription urgente»
    La prescription urgente ne sera efficace que si les objectifs sont bien identifiés et une nouvelle politique adaptée à une solution durable.

    +«Enfin reviendra par la fenêtre la question sociale»
    Logique, la question sociale est la conséquence de la politique nationale et mondiale qui a permis l’apparition et favorisé la diffusion de la maladie, l’effondrement de l’économie libérale et la volonté des politiques en place de la faire perdurer donc de revenir au passé, quoi qu’ils disent!

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