Le vélo blanc de Fabrice

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« Le premier week-end de ce mois d’août, une portière s’est ouverte devant le vélo de Fabrice, avenue du Château d’Este, à Billère.

Dans le coma à la suite de sa chute, il est décédé le 11 août, il avait 51 ans, était marié et père de plusieurs enfants. Après celui de Guillaume fin mai, c’est le deuxième incident mortel d’un cycliste du quotidien cette année.Cet accident mortel nous touche, il rappelle le danger qui plane sur tous nos déplacements et sur ceux de nos proches. Nous ne voulons pas trouver cet accident normal, et le laisser disparaître rapidement de nos mémoires pour mieux reparaître un autre jour à un autre endroit avec une autre victime. Nous souhaitons que les rues et les habitudes de déplacements motorisés changent, que l’espace public sourie à ses usagers vulnérables ». http://www.pauavelo.fr/

Dimanche dernier les cyclistes palois ont donc rendu un émouvant hommage à Fabrice, en déposant un vélo blanc sur le lieu de son accident.

Il faut en effet bien faire attention avant prendre le vélo à Pau : « la capitale humaine » n’est pas très humaine pour les pratiquants des deux roues. Le Commissaire au Plan qui ne rendra des comptes qu’au Président, très à l’aise au volant de son tracteur ou sous les sunlights des télés, n’a jamais été vu sur un deux roues. A-t-il jamais appris d’ailleurs la bicyclette ? On sent bien dans sa gestion de la cité d’Henri IV cette défiance innée pour la bicyclette. Pourtant ce mode de transport n’est pas réservé « aux ploucs » (comme il le dit à propos des liaisons avions Pau-Paris) auxquels les palois ne veulent pas être assimilés, à juste titre.

On ne peut nier que l’Agglo et par conséquent son président aient fait des efforts avec la piste cyclables qui longe le Gave et qui désormais aboutit au pont d’Assat en allant vers l’amont. Cette voie dite verte est néanmoins terriblement dangereuse dans la traversée du « boulevard du 14 juillet », qui oblige à mettre pied à terre si on veut sauver sa peau et sur le tronçon qui suit, en descendant le Gave, à partir de la boulangerie la plus célèbre de Pau jusqu’à la nouvelle base de canoë. Dans l’autre sens elle est à l’abandon (déjà!) sur la commune de Mazères-Lezons, sous la rocade où elle est très endommagée à l’approche de la passerelle de Bizanos, barrière infranchissable pour les deux roues et les handicapés et cela cela malgré moult manifestations d’usagers. C’est, tout de même, malgré ces inconvénients auxquels il faut rajouter les chiens pas toujours tenus en laisse, un plaisir que d’y pédaler : le plaisir du sportif, du retraité et du pédaleur du dimanche.

Est-ce suffisant pour autant ? Faut-il voir le vélo uniquement comme un plaisir ? Un luxe de modestes ? Ou au contraire comme un mode de déplacement « doux », économique et peu polluant pour se rendre à son travail et tout simplement pour se rendre d’un point à un autre de notre bonne ville. Une alternative à la voiture, quoi !  De ce point de vue c’est le néant : aucun plan vélo global et sécurisé n’existe à Pau où l’anarchie dangereuse des transports -avec un réseau de bus lamentable, sacrifié sur l’hôtel du prestigieux Fébus- menace les plus faibles : c’est-à-dire les cyclistes.   

Les carences du discours municipal sur « La continuité vélo selon la Ville de Pau » sont bien illustrées sur la page faceboock de Pau à  vélo https://www.facebook.com/pauaveloo : « Exemple dans le quartier des halles où une mini-bande cyclable qui sécurise la circulation vélo de l’intérieur de la place Marguerite-Laborde vers la rue du Docteur Simian, n’arrive même pas jusque-là. Non seulement la voie est coupée aux deux tiers par un muret, mais en plus elle débouche sur un conteneur à verre qu’on ne peut pas contourner sauf à slalomer entre les plots et donc à retourner rouler avec les voitures ! Triste à l’heure où la Ville prône les mobilités douces à l’occasion de la Semaine européenne de la mobilité qui démarre ce mercredi… »

Mais au fait quid du vélo électrique qu’Idélis devait mettre à ma disposition comme tous mes concitoyens ?

– Il y aura de l’attente »  m’avait-on dit. C’était il y a un an.

Je passais donc un nouveau coup de fil à Idélis :

-Vous êtes 350 ème sur la liste d’attente.

– Mais le maire n’avait-il pas promis de mettre à disposition des palois deux cents vélos électriques supplémentaires ?

-Ah ! Oui ! Mais c’est pas demain qu’ils arriveront !

Je remerciais l’employée pour sa franchise. Au moins n’avait-elle pas noyé le poisson dans l’eau tiède : le vélo ce n’est pas la priorité municipale…

Pierre Michel Vidal

Image : https://www.facebook.com/pauaveloo

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2 commentaires

  • Pendant le confinement , Guillaume a fabriqué des visières anti covid au MIPS, le Fablab de Pau.
    A la fin du confinement suite à un accident vélo contre voiture, il est mort après un long coma.
    Pendant le confinement, Fabrice continuait à sortir les poubelles , il était des premiers de corvée,
    lui aussi est décédé après un coma profond.
    Je les connaissais, je ne pense pas qu’ils se connaissaient.

    • Pierre-Michel Vidal

      Merci de ce témoignage terrible qui en dit long sur le laxisme de la ville en matière de sécurité pour les cyclistes.
      Je voudrais saluer aussi l’engagement de « Pau à Vélo » qui ne renonce pas à défendre les cyclistes dans notre ville malgré l’indifférence des politiques locaux, toutes sensibilités confondues. Eux au moins, ils s’occupent des gens, de leur santé, de leur sécurité et de l’écologie aussi de manière très concrète. Il ne suffit pas de parler, il faut agir c’est ce qu’ils font. Bravo!

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