Devant la souffrance, des animaux et les hommes ne sont-ils pas égaux ?

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Un auteur aurait dit :

«Ce que nous devons combattre, c’est l’anthropomorphisme, cette idée qui fait de l’animal un humain comme les autres. Ce que nous devons conserver c’est l’idée que l’animal n’est pas un objet, sans toutefois être l’égal des hommes. Qu’il a une sensibilité, des émotions, mais pas de conscience ou de sentiments».

Cette affirmation, qui peut paraître séduisante, est, en réalité le résultat d’un obscurantisme intellectuel, un flou qui séduit seulement celui qui ignore l’éthologie, la biologie…, qui n’a pas la notion du contenu de certains mots ni la connaissance des résultats de nombreuses recherches en cours.

La réalité n’est pas un ressenti personnel.

+ De quel animal parle-t-on ?

«L’animal» est un être vivant allant des invertébrés à l’homme. L’affirmation intègre-t-elle tout le monde animal ? Il y a là un manque de transparence, de précision, qui retire toute valeur au reste.

+ Que signifie «égal ?»

Qui est de même quantité, dimension, nature, qualité ou valeur, dit le dictionnaire.

Aucun «animal» n’est égal à un autre.

A partir de cette définition on peut même affirmer qu’ au sein des espèces, y compris l’espèce humaine, aucun individu n’est égal à un autre !

Autre danger, valeur implique qu’il y a des supérieurs et des inférieurs ;

à quoi ?

Si la référence choisie est l’homme, elle est non seulement auto-proclamée, mais elle fausse tout, car on pourrait très bien choisir une autre référence, et arriver à l’idée que l’homme est inférieur à l’escargot car il ne peut pas vivre que de salade ou à l’hirondelle car il ne peut pas être aussi rapide pour capturer un moucheron.

L’homme est très inférieur aux bactéries car il ne peut pas se reproduire aussi vite ! (heureusement !!!!!)

Chaque animal, comme l’homme, a une supériorité qui a été sélectionnée par l’évolution, dans un domaine particulier, et qui l’adapte à son milieu.

L’odorat du chien par exemple est largement supérieur à celui de l’homme, même par l’intermédiaire de sa technologie : (recherche de la drogue, du Covid, des cancers, des truffes, des humains enfouis…).

L’intelligence, c’est-à-dire l’aptitude à deviner, à comprendre et à résoudre les problèmes, considérée comme la spécialité humaine, est en train de nous faire disparaître après une présence très brève sur terre. Est-ce vraiment une supériorité sur le coelacanthe qui se trouvait déjà dans les eaux du globe il y a plus de 400 millions d’années ?

En ce qui concerne «la nature», l’homme et les animaux, contiennent dans leur génome, des gènes accumulés au cours de leur évolution. Là, on peut parler, à ce niveau, d’égalité. 

+ Qu’est-ce qui prouve «qu’il?» n’a pas de conscience ou de sentiments?

Quelques références difficilement critiquables :

Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik s’est intéressé à ces questions. « Des études canadiennes ont ainsi montré la détresse et le traumatisme des vaches séparées de leur veau et menées dans des salles de traite le lendemain même de la naissance de leur petit. » Il ajoute : « des techniques de plus en plus novatrices sont désormais en cours pour évaluer la souffrance chez une grande variété d’animaux dont les crustacés, les insectes, les céphalopodes comme les pieuvres, dont on sait qu’elles sont capables d’apprentissage et d’attachement.»

Comme l’explique encore Boris Cyrulnik, « dans les années 1970, l’expérience réalisée par Gordon Gallup a fourni une parfaite illustration du phénomène de la reconnaissance de soi. Une tache de peinture a été déposée sur le sourcil d’un grand singe endormi. À son réveil, confronté à son reflet, celui-ci a directement porté la main à son sourcil : il avait conscience de lui-même. Cette expérience a été depuis répétée avec d’autres espèces. »

De nombreux neurobiologistes en sont persuadés. On peut définir les sentiments comme la capacité à établir une relation de cause à effet entre l’émotion et ce qui l’a provoquée. Les animaux supérieurs (oiseaux, primates, canidés…) disposent d’une large gamme émotionnelle (peur, colère, gratitude, tristesse, embarras…). Et ils savent identifier ce qui l’a suscitée. Ils sont ainsi capables d’éprouver quelque chose de très proche de ce que nous nommons sentiment.

L’empathie est-elle le propre de l’homme ? Pas vraiment, à en croire de nombreuses études. Mieux, les animaux sociaux comme les éléphants ou les chimpanzés seraient capables de compassion. 

L’infidélité n’est pas qu’un concept humain. Une étude américaine menée par l’Enquête d’histoire naturelle de l’Illinois démontre que l’espèce des bruants des champs (Spizella pusilla) s’adonne régulièrement à des plaisirs libertins.

Pour la Science.

«La tromperie chez les animaux non humains est définie comme l’émission de faux signaux qui modifient le comportement d’autrui en faveur de l’émetteur. Les seiches excellent dans cet art. Parentes de la pieuvre, elles ont la capacité de changer rapidement de couleur grâce aux cellules pigmentaires de leur peau appelées «chromatophores». Des mâles utilisent même cette faculté de camouflage pour s’accoupler avec des femelles récalcitrantes, comme l’a rapporté en 2017 une équipe de biologistes marins…»

Le Drongo brillant ne cesse de tromper son entourage, en imitant le cri d’alarme de nombreuses espèces d’oiseaux et même du Suricate. Ainsi, il profite de la fausse alarme qu’il déclenche pour voler la nourriture abandonnée par les animaux dans leur fuite.

Jean de La Fontaine avait déjà évoqué la ruse dans «Le corbeau et le renard» !

On n’en finirait pas en évoquant le comportement des chimpanzés.

Etc, etc.

Alors, si la laïcité n’a jamais eu pour but de combattre les cultures minoritaires et de les détruire, comme il est dit dans le texte,  mais au contraire de les préserver, elle a aussi pour but de permettre, par la liberté permise à chacun, de faire jaillir des vérités autres que celles d’une simple opinion.

Signé Georges Vallet

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3 commentaires

  • De la passion d’un côté, les connaissances de M. Vallet de l’autre.

    In medio, stat virtus. Au milieu, la sage solution.

    L’important est de rester dans la confrontation d’idées qui, à l’évidence, s’inscrivent, progressivement, dans une plus grande considération du monde animal … et végétal, comme le signale, à juste titre, M. Vidal.

    L’époque des combats de gladiateurs qui réjouissaient les Romains est, elle, bien révolue …

  • Pierre-Michel Vidal

    Cher M. Vallet si vous répondez oui à la question que vous posez (« devant la souffrance les hommes et les animaux ne sont-ils pas égaux ? » ) alors il faut libérer les animaux de l’esclavage que l’homme leur impose: plus d’élevage, plus de laisses ni de dressage pour les chiens et les chats et tous les animaux de compagnie -qui vivront en liberté totale dans les villes-, plus de fourrière, plus de cavaliers, plus de cages pour les sereins, plus d’aquarium pour les poissons rouges, plus de dératisation, plus de chasse ni de pêche (bien entendu), plus d’éoliennes qui sont des véritables plaies pour les oiseaux, plus de lignes à haute tension pour les mêmes raisons, interdiction des pièges à taupe, des moustiquaires, des tapettes à souris, des battues aux sangliers, des voitures qui écrasent les hérissons, plus de Disneyland (caricature animale insupportable) etc., etc.
    Et qu’en est-il de la souffrance des végétaux ? Des arbres qui manifestent une réelle solidarité entre eux comme nous l’expliquent les scientifiques ? Plus de semailles ni de récoltes, plus d’élagages ni coupes de bois. Laissons les plantes et les forêts se régénérer eux-mêmes, vivre leur vie en somme.
    En fait je vous le demande: que savez vous de la souffrance animale ? De celle de l’antilope mangée par le lion? Ou de la brebis capturée par le loup ? Connaissez-vous seulement la souffrance de votre voisin? N’est-ce pas quelque chose d’intime. N’avez-vous pas remarqué qu’entre deux êtres humains la souffrance face à une douleur semblable (une blessure ou une maladie, par exemple) sera très différente ? Certains résistent. D’autres s’effondrent. Pourquoi ? Qui peut répondre à cette question ? Alors pour ce qui est de comprendre la souffrance animale, restons modestes…
    Respectons les animaux mon cher M. Vallet. Ils ont leur part de mystère, laissons-leur, cessons de leur prêter des pensées (des sentiments plutôt) qui sont les nôtres. Considérons l’animal comme un être spécifique, différent radicalement de ce que nous sommes.

    • Belle tirade peu convaincante car elle mélange les problèmes.
      «En fait je vous le demande: que savez vous de la souffrance animale? »
      Et vous?
      Restons en là.

      Finalement , à vous lire, je vous trouve, comme beaucoup de français:

      + très cartésien
      « Les animaux ne sont que de simples machines, des automates. Ils ne ressentent ni plaisir, ni douleur, ni quoi que ce soit d’autre. Bien qu’ils puissent pousser des cris quand on les coupe avec un couteau, ou se contorsionner dans leurs efforts pour échapper au contact d’un fer-chaud, cela ne signifie pas qu’ils ressentent de la douleur dans ces situations. Ils sont gouvernés par les mêmes principes qu’une horloge, et si leurs actions sont plus complexes que celles d’une horloge, c’est parce que celle-ci est une machine construite par les humains, alors que les animaux sont des machines infiniment plus complexes, faites par Dieu. »

      +aristotélicien aussi
      « Les plantes existent pour le bien des animaux, et les bêtes sauvages pour le bien de l’homme. […] Comme la nature ne fait jamais rien inutilement ou en vain, il est indéniablement vrai qu’elle a fait tous les animaux pour le bien de l’homme».

      Restons dans l’antiquité, personnellement, je préfere les propos de Plutarque:
      « Vous me demandez pour quelle raison Pythagore s’abstenait de manger de la chair de bête ; mais moi, je vous demande avec étonnement quel motif ou plutôt quel courage eut celui qui le premier approcha de sa bouche une chair meurtrie, qui toucha de ses lèvres les membres sanglants d’une bête expirante, qui fit servir sur sa table des corps morts et des cadavres, et dévora des membres qui, le moment d’auparavant, bêlaient, mugissaient, marchaient et voyaient ? Comment ses yeux purent-ils soutenir l’aspect d’un meurtre ? Comment put-il voir égorger, écorcher, déchirer un faible animal ? »

      Depuis, les connaissances et les prises de conscience ont évolué, mais pas chez tout le monde.

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