Adieux déchirants

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Les adieux déchirants, cette cérémonie empreinte de dignité qui s’est déroulée hier à la Sorbonne pour honorer la mémoire de Samuel Paty, préludent-ils à une union durable autour des valeurs de la République ? Ce drame fera-t-il renaître cette idée d’une Nation comptable d’une histoire particulière, celle qui a inventé « Les Lumières » ? Est-il le signe d’une compréhension nouvelle d’une laïcité garante de nos libertés ? Ou contraire n’est-ce qu’une émotion brève comme l’a été celle qui a suivi la tragédie de Charlie, laissant, après le court moment de l’unanimité du deuil, les choses comme elles allaient dans le monde d’avant : la tyrannie des réseaux sociaux, les banlieues en coupes réglées, l’intolérance devenant la norme, le crime, le bras armé d’une faction de plus en plus fournie qui trouve, dans la place, des alliés inattendus mais précieux ?

Il faut avoir, avant tout, le courage de nommer les choses. Nommer les choses c’est essentiel disait mon prof de philo. Faut-il parler de séparatisme ? Mais qu’est-ce que le séparatisme ? Nous en avons des exemples clairs près de chez nous avec le mouvement catalan ou basque qui se revendiquent séparatistes. Sommes-nous confrontés à un problème de ce type ? Faut-il évoquer alors un islamofacisme ? Mais que mettre derrière ce néologisme ? Les auteurs de ce meurtre et des précédents ont-ils quelque chose qui s’apparente au fascisme, si ce n’est l’usage de la violence ? Il faut arrêter d’être dans le déni : ces ennemis de la République ont un nom que beaucoup par pudeur ou par calculs électoraux ne veulent toujours pas utiliser : terrorisme islamiste, islamisme radical, islamisme tout simplement. Et de ce point de vue l’exemple du FIS et des années noires de l’Algérie, d’une barbarie inégalée, devraient nous inspirer.   

Tout le monde redécouvre désormais les valeurs de la laïcité et souvent les mêmes qui la vilipendaient il y a peu de temps y adhère maintenant. Cette exception française à laquelle nous tenons, constitutive de notre identité, ne va pas de soi. Il a fallu des batailles parlementaires, des bagarres de rue, l’expulsion des congrégations, des blessés et des morts pour qu’elle s’impose grâce à l’éloquence de Gambetta et à la poigne de Clemenceau. L’Eglise de 1905, soutenue par le Vatican, qui régentait l’éducation et qui possédait son bras armé politique à l’Assemblée, a tout fait pour s’y opposer avant de s’y ranger. La laïcité ce n’est pas un combat de bisounours, ce n’est pas en étant gentil avec ses adversaires que nous la protégerons. Il y a des choses qui ne sont pas négociables. Il faut non seulement le dire mais le mettre en pratique, sans faiblesse, sur le terrain. Non, jamais la Charia ne pourra se dissoudre dans la loi laïque, il faut en être bien conscient.

Que n’avons-nous pas entendu ces dernières années sur le métier d’enseignant : toujours en vacances, trop payés, trop nombreux, inutiles quoi… Il est le loin le temps où ils étaient vus comme  les « hussards de la République », considérés comme les garants de l’ascenseur social et de la morale républicaine. Sont aujourd’hui valorisées les professions qui ont trait au commerce, à la finance. Les enseignants sont en bas de l’échelle et leur parole, en conséquence, est dévalorisée, contestée en permanence. La hiérarchie, comme on vient de le voir, pense plus à se protéger qu’à les protéger et les réformes se succèdent sans prise en compte de leurs besoins. Leurs besoins : un renforcement de leurs effectifs, une hausse de leurs salaires  et surtout une plus grande considération sociale. Qu’ils cessent d’être, comme les soignants, une simple variable d’ajustement budgétaire.  

Dans ces circonstances exceptionnelles on ne peut pas rester l’arme au pied. Il faut s’engager. Le chagrin, l’horreur, l’angoisse poussent à écrire malgré les décisions prises, liées au sentiment d’injustice et d’incompréhension.


Pierre-Michel Vidal

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3 commentaires

  • Ce devrait être l’occasion pour les béarnais d’aller visiter ou revisiter le musée du protestantisme d’Orthez, où l’on découvre le rôle décisif des protestants dans la création de l’école laïque et du concept de laïcité. N’oublions pas qu’aujourd’hui, dans certains milieux, on parle encore des laïcards pour bien prendre ses distances. Pour continuer, au château de Pau, on apprendra qu’ Henri IV a changé huit fois de religion (au moins, « Paris vaut bien une messe »). Son héritier, haut commissaire au plan, était appelé par le « Canard Enchaîné », ministre de l’enseignement catholique.

    • Rappel d’un commentaire actualisé :
      Jusqu’aux années 1980, l’école publique et la laïcité ont été un ciment de la République. Les années 1980 et 1990 ont vu des affrontements entre les partisans de l’école libre et de l’école privé sur fond de ségrégation sociale.

      Ainsi en 1993, ce qui n’est pas si lointain, MM. Bayrou, Fillon , Juppé ou Sarkozy par exemple, s’activaient dans le gouvernement de M. Balladur à réviser la loi Falloux afin notamment d’instaurer un financement plus libre des établissements privés par les collectivités. Cette mesure avait été annulée par le Conseil Constitutionnel.

      Le débat a été abandonné avec la venue à cette période, des problèmes d’intégration et d’identité de la communauté musulmane.

      Curieusement la valeur de la laïcité a été redécouverte par toute la classe politique. Elle est maintenant portée au rang de valeur essentielle de la République d’une manière qui parait toutefois bien artificielle : La mixité sociale est toujours oubliée.

  • Je partage totalement.

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