Paroles, paroles !

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Après l’horrible assassinat de Samuel Paty, professeur de l’Éducation Nationale à Conflans-Sainte-Honorine, les politiques fidèles à leur habitude se sont confondus en discours et belles paroles. La presse s’en fait largement l’écho. Mais devant une situation si grave dont personne ne sait comment sortir, n’y-a-t-il pas plus urgent ? La parole doit céder la place à l’action.

La liste des politiques qui ont pris la parole, fait de beaux discours au ton compassionnel, chargés de trémolos dans la voix est sans fin. L’approche des élections régionales, départementales et autres n’est pas étrangère à ces formules. Il faut d’ailleurs reconnaître que les textes sont soignés, plein d’empathie, à défaut d’avoir tous été écrits de la main de ceux qui les prononcent.

Bientôt ceints de leurs écharpes tricolores dont ils sont si fiers parce que celles-ci les classent dans une catégorie de responsables de la République, il vont s’afficher devant les marches du Palais Bourbon ou défiler dans les rassemblements organisés en hommage à ce professeur victime de la folie. A la demande des journalistes, ils feront, là encore, de belles phrases sur leur ressenti personnel et diront que la République est en danger parce que nos libertés sont menacées. Toutes choses que l’on sait déjà depuis longtemps.

Et puis après nous avoir dit que la Nation doit maintenant plus que jamais être une et indivisible, que tous ses membres doivent être solidaires face à l’inacceptable, ils redeviendront eux-mêmes, pardon, ils sont déjà redevenus eux-mêmes, c’est à dire dans la critique, dans la division, selon les partis auxquels ils appartiennent. Ils s’accuseront mutuellement de n’avoir pas su prendre les mesures qui s’imposent, de n’avoir pas été écoutés en son temps alors qu’ils proposaient un dispositif qui aurait pu enrayer la vague islamiste.

Ils oublieront avec une application qu’on ne leur connaît que dans ces circonstances, que depuis longtemps l’alerte avait été donnée. En effet, c’est en juin 2004 que le rapport de Jean-Pierre Obin ancien inspecteur de l’Éducation nationale, avait été remis à son ministre de tutelle. Il alertait sur le développement, dans certains établissements scolaires, des atteintes à la laïcité, de l’antisémitisme, des contestations de certains enseignements par des élèves et de violences liées à la religion. Lire à ce propos, dans nos colonnes l’article de Georges Vallet : « Les temps changeraient-il , ?» Où il écrit que « Cela fait 20 ans que l’on glisse la poussière sous le tapis ». Pas de vague est le principe le plus absolu pour se garantir un bon déroulement de carrière. Ceux qui la ramènent, dérangent et prennent le risque d’être écartés de l’avancement. Il existe pour le dire une formule tout aussi militaire que percutante : « Pas de couilles, pas d’embrouilles »*.

Alors, mesdames et messieurs les députés, les présidents de ceci ou de cela, les maires des villes du sud, du nord ou du centre, le temps n’est plus à la parole mais à l’action. Oubliez vos différends, relevez vos manches et faites des propositions pour que le prosélytisme islamiste prenne fin. Chacun au niveau qui est le sien doit maintenant dire ce qu ‘il envisage de faire. Mais attention, pas seulement des discours d’intention, il faut faire dans le concret ! La situation est trop grave pour vous permettre de rester dans le simple affichage.

« Que Samuel Paty soit salué, qu’on se taise, qu’on rende hommage, qu’on ne se déchire pas. » Robert Badinter.

Pau, le 26 octobre 2010

par Joël Braud

* Cité par Thibault de Montbrial dans son livre « Osons l’autorité » éditions l’Observatoire, 303 pages, 19 €. Cette phrase pourrait se traduire par : le manque de courage permet de ne pas prendre de risques.

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3 commentaires

  • Certains loups sanguinaires ne viennent plus par les forêts, ils utilisent les voies accueillantes ; puis sournoisement
    pénètrent dans les Bergeries dont les portes sont ouvertes aux  » quatre vamps « , depuis trente/quarante ans
    sous l’influence de certains courants assortis d’une dose mixée de naïveté et de méconnaissance cultuelle.

  • « Faites des propositions pour que le prosélytisme islamiste prenne fin. CHACUN, AU NIVEAU QUI EST LE SIEN, DOIT MAINTENANT DIRE CE QU’IL ENVISAGE DE FAIRE ». C’est, précisément, ce que j’attendais de la lecture de l’article d’un simple citoyen … et de tous les autres qui parlent ou publient. J’ai recensé 500 GLORIEUX BAVARDS lors du confinement. J’en ai même REVU, depuis ! Rien n’arrête leur langue. Un simple citoyen, je le reconnais, peut difficilement agir, en revanche, il peut proposer. C’est ce que j’ai fait: Demande faite à un Député pour que ne soit plus publié, en France, le Coran, dans son intégralité, mais seulement après en avoir enlevé la soixantaine de sourates meurtrières dont s’inspirent ce que nous appelons des terroristes. Il fut un temps lointain, proche de la Libération, où la diffusion de Mein Kampf fut interdite en France. J’apprécierais vraiment de savoir ce que je pourrais faire d’autre … « pour que le prosélytisme islamiste prenne fin. »

    • Question bien légitime. Cependant lorsque j’invite chacun au niveau qui est le sien à dire ce qu’il envisage de faire, je m’adresse à ceux qui sont en responsabilité et pas aux particuliers. Néanmoins, les particuliers peuvent jouer un rôle en signalant aux autorités compétentes, les comportements des individus qui seraient en phase de radicalisation vers le fondamentalisme islamique.
      Il existe par ailleurs des dispositions qui peuvent être prises soit en application de lois existantes, soit en envisageant de créer de nouvelles lois.
      Dans un premier temps, il pourrait être envisagé d’étendre la rétention de sûreté aux terroristes. Cette disposition existe depuis 2008 et s’applique à certains condamnés dangereux en fin de peine. Il y a par ailleurs ce qu’on nomme des infractions oubliées telle que l’intelligence avec l’ennemi. Un djihadiste parti combattre dans les rangs de l’Etat islamique correspond à cette définition.
      On pourrait également évoquer le droit du sol et se demander si dans certaines circonstances, il ne devrait pas être reconsidéré. On pourrait aussi voir comment le regroupement familial s’effectue. On pourrait encore considérer que tout condamné pour terrorisme ne pourrait en aucun cas bénéficier d’une remise de peine, c’est à dire pour eux, ne pas permettre le crédit de réduction de peine.
      Pourquoi ne pas décider que les étrangers condamnés sur notre territoire effectuent leur peine dans leur pays d’origine. Près de quinze mille étrangers sont incarcérés dans les prisons française soit environ 20% du total des détenus (« Les étrangers en prison et sous probation en Europe » , rapport du Conseil de l’Europe, 20 mars 2018)
      Au niveau des élus, il serait sans doute souhaitable de reconsidérer les subventions accordées aux associations qui soutiennent les étrangers entrés illégalement dans notre pays sans bien sûr porter atteinte au droit d’asile.
      Au niveau municipal existent des équipements de caméras de télé-protection (il ne faut plus dire de télésurveillance, ça fait mauvais genre). Ces moyens qui, même s’ils n’ont pas permis de détecter les préliminaires de l’attentat de juillet 2016 à Nice, peuvent être utiles. Ils sont en effet plus utiles pour aider une enquête que pour prévenir les attentats.
      Nous sommes en guerre, cette expression n’est pas de moi, mais du Président de la république et un état de guerre permet des lois d’exception. Les libertés individuelles seraient en conséquence diminuées, mais il faut savoir ce que l’on veut.

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