Ambiance délétère.

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A peine le Président de la République et le Premier ministre avaient-ils défini les règles du nouveau confinement que partout dans notre pays, se faisait entendre une fronde. Ils sont nombreux à contester ces mesures qui comportent, pour certains, des obligations lourdes de conséquences. Mais ce qui est compréhensible de la part des particuliers l’est beaucoup moins lorsque des institutionnels leur emboîtent le pas.

A commencer par les enseignants lors de la rentrée des classes. Ils estiment être en difficulté pour faire respecter par les élèves les mesures barrière. Ils considèrent ne pas pouvoir y parvenir. Et ils vont jusqu’à en contester le bien-fondé. Aussi estimant pour certains, que cette difficulté s’allie à l’hommage qu’ils sont invités à rendre à leur collègue lâchement assassiné, ils décident de faire grève. Ils auraient voulu qu’une concertation soit organisée à ce propos. Ce faisant, ils donnent l’image de fonctionnaires indisciplinés. Il est à souhaiter qu’ils ne tolèrent pas une indiscipline comparable dans les rangs de leurs élèves. A noter cependant que d’autres ont su gérer ces deux dispositions sans aucune difficulté et il est heureux de constater qu’ils constituent la majorité de nos enseignants.

Mais plus symbolique et sans doute plus grave, sont les comportements de ces maires qui ont décidé de contester de façon officielle les dispositions du pouvoir central. Ils ont osé défier le gouvernement en prenant des arrêtés qui contredisent l’interdiction faite aux petits commerces de rester ouverts (ils seraient 71 dans ce cas). Alors pour justifier leur geste totalement illégal, ils expliquent, comme le fait le maire de Brive-La Gaillarde sur les ondes d’une radio nationale, qu’ils défendent la vie du centre de la ville et une activité commerciale qui est en train de péricliter. C’est sans doute vrai en soi, cependant il ne faut pas oublier que l’enjeu est d’arrêter une épidémie qui ne cesse de progresser. Ce maire, à aucun moment dans son plaidoyer, n’évoque la situation de l’hôpital de la ville et la détresse des soignants. A aucun moment non plus il ne se réfère à l’évolution de la contamination dans sa ville.

La différence de traitement faite entre les grandes surfaces et les petits commerces leur fait dire qu’il y a une rupture d’égalité dans le traitement des uns par rapport aux autres. Ainsi ceux qui aujourd’hui s’insurgent contre ce qu’ils considèrent comme une rupture d’égalité du traitement des commerces, sont les mêmes qui par ailleurs n’hésitent pas à oublier ce même principe quand il s’agit des impôts locaux. En effet, le pouvoir dont ils disposent leur permet, chacun dans sa zone de compétence, de fixer à leur guise et en fonction de leurs ambitions, le taux communal de la taxe d’habitation ou de la taxe foncière. Ce qui aboutit à des distorsions loin d’une souhaitable unité nationale.

Mais là où tout est dit, à l’occasion de cette interview, c’est lorsque ce maire souligne, ce que l’on savait déjà, que les membres du gouvernement sont nommés et non pas élus comme le sont les maires. Tout est dit en effet, et la véritable signification de ses propos lui a sans doute échappé. Lui, maire, pense plus à ses électeurs qu’aux citoyens de sa commune. Que les citoyens puissent être contaminés par le virus lui importe moins que d’afficher une prétendue défense des électeurs. Cela ressemble fort à de l’électoralisme.

Cette attitude ne plaide ni en faveur de la démocratie, ni en faveur de la décentralisation. Qui a dit que nous ne nous en sortirons que grâce à l’unité nationale ?

Pau, le 9 novembre 2020

par Joël Braud

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7 commentaires

  • Quand une maison brûle et que je n’en suis ni le propriétaire, ni le locataire, et que ces derniers ne sont pas là, j’appelle les pompiers ….

  • Cinq principaux syndicats de l’Education nationale, FSU, FO, CGT, Snalc et Sud-éducation invitent à une grève d’avertissement ce mardi 10 novembre 2020, partout où les conditions sanitaires ne seraient pas réunies. Ils dénoncent l’attitude du ministère de l’Education national qui, selon eux, comporte un manque de protection des personnels et des élèves. Ils demandent un protocole renforcé. Cela ressemble très fort à une contestation.

    • Pardonnez-moi, je n’avais pas compris le sens de la phrase; je pensais qu’elle voulait dire que des enseignants contestaient le bien-fondé de ces mesures, c’est-à-dire qu’ils ne jugeaient pas nécessaire de les prendre, ce qui me paraissait impossible, alors que c’est tout l’inverse!
      C’est en effet une contestation dans l’intérêt de tous.

    • Petit complément pour préciser les raisons de la colère.

      Le ministre, et probablement les chefs d’établissements, préfèrent le tout distanciel, c’est plus simple pour eux et tout repose alors sur les épaules des enseignants en imposant qu’ils se débrouillent. Par contre, les parents n’en veulent pas, ils ne veulent pas revivre l’expérience du printemps.
      Donc,

      +Premier temps : les élèves sont retournés au lycée. On a eu alors la semaine dernière les premières manifs des élèves, justifiées car la situation sanitaire dans les établissements était vraiment dangereuse: tout le monde en classes surchargées et à la cantine les uns sur les autres sans masque.

      +Second temps : le ministre écoute les revendications et on passe à une semaine sur deux.
      Mais:
      *Comment enseigner aux présents et faire suivre le cours à ceux qui sont à la maison?

      *Comment organiser l’emploi du temps alors que la notion de classe n’existe plus et que dans une même classe, il n’y a pas deux élèves avec le même emploi du temps?
      Les déplacements des élèves sont donc nombreux et fréquents, et l’organisation de la restauration scolaire complexe. Du fait de l’âge des élèves, de la taille des établissements et de leur organisation, les risques sont potentiellement importants.

      *Comment, pour les familles, gérer deux enfants au lycée alors qu’ils n’ont pas cours la même semaine, donc toujours un à la maison, un autre à conduire à l’école et les parents en télétravail……..?

      Les profs sont en colère mais bien des élèves en profitent pour mettre la pagaille. Ils préfèrent rester à la maison sachant qu’il n’y aura quasiment pas de travail à faire et que le diplôme est assuré.

      • Les résultats sont rapides.
        J-M Blanquer estimait début octobre que « l’école n’est pas le nid du virus »
        Hier a été publié un premier constat: 2838 écoliers, collégiens et lycéens ont été testés positifs entre le mercredi 11 et le jeudi 12 novembre. Au total 12847 ont été déclarés malades du coronavirus soit 0,1% des effectifs. La semaine dernière ils n’étaient que3528 (4 fois plus de cas). Chez les enseignants et les personnels, le nombre de cas a presque doublé, 2223 cas en une semaine. Sud Ouest
        En % c’est peu mais tous n’ont pas été testés, les asymptomatiques entre autres, les familles allant chercher ces jeunes qui vont rentrer à la maison non plus!
        Si ce n’est pas un nid de frelons asiatiques c’est quand même au moins un nid de faisans!

        • Je ne vois pas bien où mène ce débat.

          Il y a la solution d’un confinement strict du type de celui du printemps dernier : efficace pour enrayer très rapidement l’épidémie, mais avec un impact économique très violent.

          Il y a la solution de ne prendre aucune mesure (à part les gestes barrières), de laisser l’activité normale du pays se poursuivre, et le virus circuler. En sachant qu’on ne pourra pas soigner tout le monde. C’est le Brésil.

          Entre les deux il y a ce qui est fait actuellement en France : un confinement sélectif, qui mettra plus de temps à faire baisser la courbe des contaminations, mais où on préserve une partie de l’activité économique. Non seulement laisser les écoles/collèges/lycées ouverts répond à cet objectif, mais il évite de sacrifier encore plus les jeunes sur l’autel de la lutte contre l’épidémie.

          On peut discuter à l’infini de ce qu’il faut garder ouvert ou pas, sauf qu’à un moment il faut trancher et s’y tenir.

  • « Et ils vont jusqu’à en contester le bien-fondé. »
    Je n’ai pas lu que des enseignants contestaient le bien-fondé des mesures sanitaires préconisées, par contre j’ai entendu et lu de partout que ces mesures indispensables étaient inapplicables sur le terrain; il y a bien des dédoublements prévus mais on est encore loin de compte pour avoir un minimum de sécurité pour les élèves, les enseignants et les familles.
    Quant à la réforme du bac, en cette période de crise sanitaire majeure et en novembre, était-ce vraiment une amélioration pour lutter contre le virus dans les établissements?

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