Les minorités majoritaires !

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« La réforme de la Constitution algérienne a été approuvée lors du référendum du 1er novembre avec le taux de participation électoral le plus bas de l’histoire du pays, selon les résultats officiels définitifs proclamés jeudi soir par le Conseil constitutionnel. Le «oui» a recueilli 66,8% des suffrages exprimés contre 33,20% pour le «non», a annoncé solennellement à la télévision publique le président du Conseil, Kamel Fenniche, qui s’est félicité d’un scrutin «transparent» et qui «s’est tenu dans de bonnes conditions».
Mais le taux de participation n’a atteint que 23,84%, soit le plus bas jamais enregistré en Algérie pour un scrutin majeur, un «fiasco» pour le régime, selon plusieurs médias algériens. En réalité, moins de 15% des électeurs Algériens se sont prononcés en faveur de l’amendement constitutionnel ».
Cette publication du Figaro en dit long sur ce que peut être une démocratie qui, faut-il le rappeler, est une forme de gouvernement où la souveraineté appartient au peuple. Elle implique un choix par les urnes mais pas que !
Qui peut voter, comment, quelle majorité, quel mode de scrutin, autant de questions et bien d’autres entre les mains en fait du pouvoir en place.
L’Algérie a donc adopté une réforme constitutionnelle avec moins de 16% de la représentation électorale. Les bulletins blancs ou nuls et les abstentions n’ont pas compté. En Algérie  comme ailleurs, une minorité s’impose à une majorité en désaccord ou silencieuse. Trop facile de répondre « qui ne dit mot consent », sauf à rappeler préalablement aux électeurs que les abstentions seront considérées comme une réponse positive lors d’un référendum.
Dans toute autre consultation électorale une vraie démocratie doit tenir compte de tous les modes d’expression y compris des bulletins blancs ou nuls, et surtout des abstentions.  
S’agissant de celles-ci, le système français du double tour, les favorise en même temps qu’il ne reflète pas la parole des urnes. Les abstentions sont un danger pour la démocratie. Il faut le conjurer. Comment ?
Le vrai choix c’est le scrutin à un tour ! Il dissuade les abstentionnistes qui, en grand nombre, peuvent fausser le résultat d’une consultation électorale en en offrant le succès à une expression minoritaire. Il responsabilise l’électeur.
Le droit de vote n’étant pas imposé, il doit devenir une obligation pour ceux qui ont choisi librement de s’inscrire sur une liste électorale.
On peut encore imaginer une consultation sur deux jours consécutifs, comme en Italie, et des plages horaires plus longues.
Les dernières élections municipales ont scellé le vice du système français qui a vu tomber dans l’escarcelle des écologistes des villes qui ne leur étaient pas destinées.
Le double tour, quelle que soit l’élection, favorise tractations et combines. Il peut être aussi une perte de repère pour l’électeur contraint d’exprimer un choix contraire à ses convictions.
Tout doit être mis en œuvre pour faciliter une expression  souveraine. Elle doit aussi être respectée et sa prise en compte proportionnelle constituerait probablement pour chaque électeur une motivation pour ne pas bouder les urnes.
Ces réflexions sont banales. Trop simples même pour venir à l’esprit de nos législateurs… Jusqu’au jour, pas forcément lointain, où la légitimité ne sera qu’une apparence pouvant ouvrir la voie à une contestation non exprimée dans les urnes.
Mais la démocratie c’est aussi l’acceptation du pouvoir légalement établi. Ce n’est pas la satisfaction de ses intérêts propres. Le cumul des manifestations de rue et surtout leur violence, l’irrespect des lois, des forces de l’ordre, des biens publics et tout simplement de ceux qui pensent autrement ne sont pas la preuve de la maturité politique d’un pays. Il faut dire que les débats parlementaires eux-mêmes en offrent souvent l’exemple. Dommage.


Pierre Esposito  

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3 commentaires

  • J’ai été impressionnée aujourd’hui par le pourcentage de personnes qui souhaitent une proportionnelle: 74% de pour! Il serait temps de s’y mettre. La donne changerait et je suis persuadée que l’abstention serait moindre.

  • Cela dit, hormis mes petites protestations, votre réflexion est intéressante et pose le problème (même si je ne partage pas votre manière de le résoudre).
    Mais pose le problème de manière incomplète, même si vous le touchez du doigt : la désaffection des urnes ne tient pas au seul mode de scrutin mais est bien plus complexe : politique générale, non respect des scrutins (le vol du non au référendum de 2005 est un assassinat de la démocratie), social et sociologique, économique, enfin, puisqu’en dehors de ces perspectives, rien n’est proposé à l’électeur. « La politique ne se fait pas à la Corbeille » prête-t-on au Général. Il semble que le peuple français en ait en effet marre

  • – « Le vrai choix c’est le scrutin à un tour ! Il dissuade les abstentionnistes qui, en grand nombre, peuvent fausser le résultat d’une consultation électorale en en offrant le succès à une expression minoritaire. Il responsabilise l’électeur. »
    Vous venez de démontrer le contraire avec le referendum algérien.
    – « Le droit de vote n’étant pas imposé ».
    Ah, si ! Le vote n’est pas obligatoire, mais le droit d’aller voter s’impose évidemment.
    – « des villes qui ne leur étaient pas destinées »… ça par exemple. C’est très étonnant. Des villes seraient « destinées » à tel ou tel… Bon…
    – « et sa prise en compte proportionnelle ». Vous venez de parler des municipales. Oublieriez-vous que, comme pour les Régionales et les Européennes, c’est très exactement le cas ?
    – « Jusqu’au jour, pas forcément lointain, où la légitimité ne sera qu’une apparence pouvant ouvrir la voie à une contestation non exprimée dans les urnes. » Là, vous avez raison et ce tendrait à légitimer des manifestations qui « ne sont [pourtant] pas la preuve de la maturité politique d’un pays »… A méditer
    et juste au-dessus : « Le double tour… » Brrrrr vous m’avez fait froid dans le dos, j’ai craint un instant que vous voulussiez nous mettre au cachot 😀

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