Une élection bien discrète

5
(4)

Non, je ne vise pas l’élection au Burkina Fasso, ou au Pérou ou aux Etats-Unis d’Amérique. Certes, cette dernière élection a attiré notre attention, ne serait-ce qu’en raison des retombées prévisibles sur les relations internationales et par le fait que la démocratie américaine a souvent été montrée en exemple et qu’en ces dernières semaines on a vu sa complexité (vote indirect et par état) et sa fragilité.

Je souhaite simplement évoquer les élections des 23 et 24 novembre à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour. Non pour jouer les arbitres entre les listes qui se présentent mais pour souligner les enjeux pour les étudiants, les personnels, la ville, la région et l’enseignement supérieur.

La ville et son université ne peuvent s’ignorer. L’une épaule l’autre et les progrès de l’une renforcent l’autre. L’université a gagné près de 2000 étudiants en deux ans… et perdu 18 postes.

Pour le corps des enseignants-chercheurs deux listes se présentent, à ma connaissance. Pour les étudiants, j’imagine qu’il y en a plus. La liste « UPPA -Ambitions 2024″ veut promouvoir l’excellence et offrir ‘ »un établissement où il fait bon enseigner, étudier… » Elle se place dans la continuité de l’action passée et peut revendiquer des succès, comme l’obtention du label  » I-SITE » et la sélection de thèmes de recherche porteurs comme l’environnement et l’énergie. La liste « Démocratie, collégialité et service public » pointe les difficultés engendrées par une réorganisation venue « d’en haut » porteuse de disparités et le besoin de plus de collégialité et de plus de moyens.

L’intérêt de préserver un campus aéré et ouvert n’est pas assez souligné. Il représente un poumon pour la ville. A cet égard on peut regretter des erreurs, comme le fait que le remodelage des allées Condorcet n’ait pas été coordonné avec le campus et que le bâtiment qui est désormais en façade face à la voie la plus importante de la ville est un bâtiment destiné à traiter les fluides dangereux. Comme vitrine et comme accueil, on doit pouvoir faire mieux…

Par ailleurs un débat sur l’opportunité d’ouvrir une véritable filière vers les métiers de santé reste plus que jamais nécessaire.

Qui ne partagerait pas les propos tenus dans une leçon inaugurale au Collège de France: « La recherche a besoin de moyens, bien sûr, mais elle a aussi besoin de calme, elle a besoin de temps, de liberté et de confiance ».

Les différents gouvernements qui se sont succédé au cours des dernières décennies ont ignoré ce besoin. Tout au contraire, ils ont tenu à laisser leur marque par des réformes plus ou moins heureuses, comme si agiter le milieu universitaire était un objectif propre à assurer une tranquillité. Le dernier avatar est le projet d’abandonner la procédure de qualification pour les professeurs, alors que ce label au niveau national est une garantie de qualité. Imaginez que l’on fasse la même chose pour les médecins ou les médicaments sous prétexte de « souplesse »! Est-ce qu’au contraire il ne faudrait pas plus de contrôle sur la qualification des enseignants des filières supérieures hors du champ universitaire ? Là le localisme, le népotisme, l’opportunisme, peuvent s’exercer librement. Est-ce qu’au contraire renforcer la recherche française fortement implantée dans les universités ne s’impose pas plus que jamais ?

A mes yeux, cette élection est marquée par une forte implication des personnels dans une réflexion sur la gestion de leur établissement. Compte tenu des efforts entrepris pour s’adapter et faire face à la crise sanitaire, cela me parait méritoire et encourageant.

Jean-Paul Penot

Notez cet article

Cliquez sur une étoile

Note moyenne 5 / 5. Nombre de note : 4

Aucun vote jusqu'à présent ! Soyez le premier à noter cet article.

Nous sommes désolé que cet article ne vous ait pas intéressé ...

Votre avis compte !

Souhaitez vous nous partager un avis plus détaillé ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *