Une élection bien discrète

5
(13)

Non, je ne vise pas l’élection au Burkina Fasso, ou au Pérou ou aux Etats-Unis d’Amérique. Certes, cette dernière élection a attiré notre attention, ne serait-ce qu’en raison des retombées prévisibles sur les relations internationales et par le fait que la démocratie américaine a souvent été montrée en exemple et qu’en ces dernières semaines on a vu sa complexité (vote indirect et par état) et sa fragilité.

Je souhaite simplement évoquer les élections des 23 et 24 novembre à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour. Non pour jouer les arbitres entre les listes qui se présentent mais pour souligner les enjeux pour les étudiants, les personnels, la ville, la région et l’enseignement supérieur.

La ville et son université ne peuvent s’ignorer. L’une épaule l’autre et les progrès de l’une renforcent l’autre. L’université a gagné près de 2000 étudiants en deux ans… et perdu 18 postes.

Pour le corps des enseignants-chercheurs deux listes se présentent, à ma connaissance. Pour les étudiants, j’imagine qu’il y en a plus. La liste « UPPA -Ambitions 2024″ veut promouvoir l’excellence et offrir ‘ »un établissement où il fait bon enseigner, étudier… » Elle se place dans la continuité de l’action passée et peut revendiquer des succès, comme l’obtention du label  » I-SITE » et la sélection de thèmes de recherche porteurs comme l’environnement et l’énergie. La liste « Démocratie, collégialité et service public » pointe les difficultés engendrées par une réorganisation venue « d’en haut » porteuse de disparités et le besoin de plus de collégialité et de plus de moyens.

L’intérêt de préserver un campus aéré et ouvert n’est pas assez souligné. Il représente un poumon pour la ville. A cet égard on peut regretter des erreurs, comme le fait que le remodelage des allées Condorcet n’ait pas été coordonné avec le campus et que le bâtiment qui est désormais en façade face à la voie la plus importante de la ville est un bâtiment destiné à traiter les fluides dangereux. Comme vitrine et comme accueil, on doit pouvoir faire mieux…

Par ailleurs un débat sur l’opportunité d’ouvrir une véritable filière vers les métiers de santé reste plus que jamais nécessaire.

Qui ne partagerait pas les propos tenus dans une leçon inaugurale au Collège de France: « La recherche a besoin de moyens, bien sûr, mais elle a aussi besoin de calme, elle a besoin de temps, de liberté et de confiance ».

Les différents gouvernements qui se sont succédé au cours des dernières décennies ont ignoré ce besoin. Tout au contraire, ils ont tenu à laisser leur marque par des réformes plus ou moins heureuses, comme si agiter le milieu universitaire était un objectif propre à assurer une tranquillité. Le dernier avatar est le projet d’abandonner la procédure de qualification pour les professeurs, alors que ce label au niveau national est une garantie de qualité. Imaginez que l’on fasse la même chose pour les médecins ou les médicaments sous prétexte de « souplesse »! Est-ce qu’au contraire il ne faudrait pas plus de contrôle sur la qualification des enseignants des filières supérieures hors du champ universitaire ? Là le localisme, le népotisme, l’opportunisme, peuvent s’exercer librement. Est-ce qu’au contraire renforcer la recherche française fortement implantée dans les universités ne s’impose pas plus que jamais ?

A mes yeux, cette élection est marquée par une forte implication des personnels dans une réflexion sur la gestion de leur établissement. Compte tenu des efforts entrepris pour s’adapter et faire face à la crise sanitaire, cela me parait méritoire et encourageant.

Jean-Paul Penot

Notez cet article

Cliquez sur une étoile

Note moyenne 5 / 5. Nombre de note : 13

Aucun vote jusqu'à présent ! Soyez le premier à noter cet article.

Nous sommes désolé que cet article ne vous ait pas intéressé ...

Votre avis compte !

Souhaitez vous nous partager un avis plus détaillé ?

6 commentaires

  • Quand j’étais en activité on disait : « Il faut mieux être relationnel que professionnel ». Malheureusement et vous le démontrez, c’est vrai.

    • Je dirais que l’un n’exclut pas l’autre et inversement .

      • Vous avez raison. Mais il y eut une époque où un certain ministre de l’intérieur, martelait à qui mieux mieux que l’avancement devait se faire au mérite. Jamais autant qu’à son époque, n’ont été promus les courtisans et les intrigants. C’est aussi ce même ministre de l’intérieur qui vient de comparaître devant le tribunal correctionnel de Paris pour une affaire qui ressemble étrangement à des petits arrangements entre amis.

        • Bien d’accord avec vous. Les arrangements, c’est l’ADN des avocats d’affaires, profession initiale du dit ministre de l’intérieur si j’ai bonne mémoire … À l’issue de la série de procès de ce haut personnage et s’il y a condamnation, la République gagnerait à en tirer les leçons en ne permettant plus que cette représentation professionnelle experte des intérêts privés puissent glisser dans la représentation des citoyens. Un postulat qui sécuriserait un peu mieux la vie démocratique de ses dérives et les individus concernés «victimes» d’eux mêmes quand ils sont pris… ce qui reste rare puisqu’ils sont les artistes du droit . Relationnel + professionnel donc …
          Notez que.. les banquiers d’affaires ne seraient pas loin d’être au même niveau d’incompatibilité . Ceci n’étant que ma conviction personnelle acquise ces dernières années, on se demande pourquoi ! Tiens, ça pourrait devenir une réflexion universitaire, juste pour revenir au sujet 😊.

  • «  On peut regretter des erreurs comme le fait que le remodelage des allées Condorcet n’ait pas été coordonné avec le Campus »

    Le Président avait bien essayé d’obtenir une modification pour un passage plus au cœur du Campus à un stade déjà bien avancé dans la validation des financeurs en 2012 . Quand on voit aujourd’hui qu’il est un colistier éminent du Maire qui prétendait pouvoir modifier le projet de BHNS en le rendant 3 fois moins cher ( il a fait plus cher au final et sans détour par l’université non plus ! ) que n’aurait on dit si ce détour avait du être ajouté au cœur de l’espace arboré qui donne à ce campus son identité environnementale exceptionnelle et au cœur d’un surcoût de 6 Million d’ €uros au bas mot avec une perte de temps de parcours par l’ajout d’une station ?

    Pas sûr du tout que ce fût une erreur et dans quel but au fond ? Permettre que les 13 000 étudiants ou professeurs n’aient pas les 150 à 250 mètres de marche à faire
    selon les bâtiments entre la station actuelle et la première porte franchie ?

    Pas sûr du tout que cette petite marche ne soit pas plus salutaire que néfaste pour eux dans un contexte de malbouffe préoccupant et de sédentarité toujours croissante ou les dernières études en la matière démontrent que près des deux tiers des moins de 20 ans sont concernés par une obésité précoce légère à très marquée.

    L’erreur ou pas se définie ici selon le point de vue où l’on se place et l’objectif que l’on recherche . Dans le cas du BHNS, le choix principal a été déterminé par la préservation de la vitesse commerciale entre deux terminus, pas sur le souhait d’être desservit devant la porte de la présidence et du centre Leclerc en même temps .
    Ça s’appelle un arbitrage qui celui là semble avoir fait consensus des deux municipalités ayant conduit ce projet .
    Pour ce qui est des produits dangereux en façade des allées Condorcet, je n’en suis pas certain mais si c’est de la plate forme CANOË dont il s’agit, elle a été décidée en 2014 – 2015 , bien après la déclaration d’utilité publique du BHNS de 2013 . Donc un choix universitaire validé par l’urbanisme Municipal Palois … pas très judicieux effectivement si c’est bien cela dont il s’agit .

  • Le sujet est que le choix politique actuel est un choix « ultralibéral ». Avec la dette publique, il y a trop de fonctionnaires.

    2 000 étudiants et 18 suppressions de postes. C’est normal et c’est même rassurant. Un professeur coute cher à l’Etat.

    Le choix démocratique des élus représentants du peuple est d’éradiquer la fonction publique, car elle coute cher et est inutile (policiers, infirmiers, enseignants): je cite nommément les députés de la majorité.

    Un enseignant, un fonctionnaire vit grassement sur les impôts du contribuable. son travail est donc inutile et coûte cher aux yeux des gouvernants, surtout quand il y a une dette abyssale

    Un enseignant doit être un salarié d’une entité commerciale qui fait de la marge, du profit, du bénéfice. En fonction de ses résultats, il sera payé (primes) ou licencié.

    Le corollaire est que l’enseignement, notamment supérieur ne doit être réservé qu’à ceux qui peuvent payer. C’est le pacte républicain . L’éducation pour les riches seulement. Quant aux autres, les modestes tant pis pour eux, ils resteront à jamais incultes. C’est le choix des députés (majoritaires) il faut le respecter.

    La recherche n’a pas besoin de moyens ni de sérénité. Elle n’est pas prioritaire. Il faut au contraire diminuer les crédits qui lui sont alloués.

    Dans le même ordre d’idées, abandonner la qualification de professeur permet à des laboratoires d’élaborer leur propre grille d’évaluation. il s’agit de nommer localement le chercheur connu des collègues qui est déjà intégré à l’équipe.
    Sauf erreur de ma part, en 1968, les étudiants se sont mobilisés contre le « mandarinat ». Cette lutte historique est remise en cause, et c’est normal, car c’est le choix des représentants du peuple.

    Ainsi, on n’est plus nommé avec une grille standard des compétences.
    On est nommé suivant l’empathie et la capacité à travailler en cohésion avec une équipe que l’on connait et qui connait le chercheur.

    A l’extrême, un directeur n’a plus besoin d’être un fonctionnaire public ayant réussi anonymement de façon équitable un concours de haut niveau. Il suffit qu’il soit recruté sur offre d’emploi, Le mieux étant de nommer un petit copain du privé avec qui on a travaillé et qu’on connaît. On appelle cela de la souplesse adaptée aux besoins du poste, avec les émoluments adaptés bien sûr.

    C’est le choix démocratique des Français. des députés, et de l’exécutif. Ce choix ne souffre d’aucune contestation, surtout en période d’urgence sanitaire (pleins pouvoirs de l’exécutif)

Répondre à Robert Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *