Daniel Cordier « alias Caracalla » et Pau

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Il y a quelques jours, disparaissait Daniel Cordier, « alias Carracala », secrétaire de Jean Moulin dans des conditions périlleuses, au moment crucial de la constitution du Conseil National de la Résistance. Il occupera des responsabilités écrasantes, sans y être préparé, sous la menace de la Gestapo, au cœur de la France occupée par les troupes nazies. Daniel Cordier, personnage lumineux, témoin puis historien d’une période méconnue en réalité, celle de l’occupation et de la Résistance, possède un lien très fort avec Pau. C’est à Pau, alors qu’il habitait le Béarn, qu’il choisit, à moins de vingt ans de rejoindre la minuscule entité que constituait alors la France Libre.

Cela se passait le 20 juin 1940, le fameux discours de Pétain acceptant la défaite et invitant le pays à la collaboration venait d’être prononcé. Daniel Cordier (comme la plupart des Français) n’avait pu entendre l’appel du 18 juin lancé par le Général de Gaulle. Comme il le raconte dans une émission de France Culture (« A voix nue »), interrogé par Jérôme Clément, il avait décidé une centaine de ses camarades à le suivre. Des jeunes Béarnais prêts à faire le coup de fusil face à l’ennemi. Une quinzaine d’entre eux rejoindront, après de nombreux avatars, Londres et firent partie du premier contingent gaulliste. Cordier explique ainsi ce saut dans l’inconnu : « Je suis le fils de la guerre de 1914. Mon enfance, ce sont les monuments aux morts, les mutilés, etc. Alors, en 1940, quand la France a perdu la guerre qu’elle avait gagnée vingt ans plus tôt, ça a été pour moi insupportable ».

Ce départ glorieux est rappelé par une plaque située dans le péristyle de la mairie de Pau. Elle évoque aussi le soutien à ce geste du maire de l’époque Pierre Verdenal. Elle fut inaugurée le 17 novembre 2017 par François Bayrou en présence du Résistant. Il serait intéressant d’en savoir plus sur ce départ « rocambolesque », de connaître les noms des camarades de Cordier, de savoir la nature de l’appui que le maire de l’époque a pu leur apporter et enfin de mieux cerner la personnalité du père (adoptif) qui contribua moralement et financièrement à ce saut dans l’inconnu. C’est un beau sujet pour nos historiens qui pourrait devenir un objet d’édification pour les générations à venir.   

Il y a quelque chose de romanesque dans la vie de Daniel Cordier, dans son engagement juvénile surtout. C’est ce que Régis Debray qui se réclame lui aussi du gaullisme a saisi dans le documentaire ‘Daniel Cordier, la résistance comme un roman’ qu’il a consacré à son épopée et qui a été fort opportunément rediffusé sur la Cinq. Debray qui s’y connaît en épopée, est fasciné par la passion de la France qui anime le jeune Cordier alors « Camelot du Roi », disciple de Charles Maurras, antisémite assumé, mais qui ne supporte pourtant pas le régime ranci de Pétain, l’abaissement de la nation et par là de la république. Il prétendait la combattre jusque-là, il en deviendra un bouclier farouche, se rapprochera de la gauche, et se transformera en pourfendeur de l’antisémitisme.

C’est une sorte de parabole du fameux « récit national » de Michelet qui s’anime devant nous. Ce récit national, il s’incarne avec simplicité mais aussi avec un certain lyrisme, dans ce très jeune homme à l’indépendance farouche et aux principes inébranlables qui met l’amour de la France, de la patrie au-dessus de tout. La France, la patrie… des valeurs qui semblent désormais ringardes…

Les aventures de Cordier sont montrées dans le film qui lui a été consacré  « Alias Caracalla, au cœur de la Résistance ». Cette fiction décrit la détermination et la maturité de ce très jeune homme transformé au contact de « Rex », le chef de la résistance dont il sera le secrétaire. Il s’agit en fait de Jean Moulin, comme il l’apprendra plus tard, capturé à Calluire et mort en déportation. Il ne cessera de défendre la mémoire de ce héros accueilli au Panthéon par André Malraux.

Après la Libération, Daniel Cordier se consacrera à l’art, puis à l’écriture, plutôt qu’à la politique. Il avait pourtant les portes grandes ouvertes -là ou ailleurs- et sans doute aurait-il fait une grande carrière, compte tenu de son expérience et des réseaux qu’il avait créés. Mais il avait vu de près les divisions qui animaient les hiérarques de la Résistance : les ambitions dérisoires, les jalousies puériles malgré l’urgence de la tâche. Il avait mesuré combien « Rex » avait dû faire d’efforts pour imposer l’autorité du général de Gaulle et unir les combattants alors que l’ennemi menaçait de détruire ces fragiles oppositions dans une guerre sans merci.

Il pèsera longuement le pour et le contre. Peut-être avait-il mesuré la limite des ambitions humaines ? Il choisit en tout cas une autre voie que la politique et, tout en gardant le passé à l’esprit, il préféra l’art (auquel « Rex » l’avait initié), le voisinage de Rauchenberg, Dubuffet ou Hans Hartung tous ces grands peintres qu’il exposa, aux avanies d’une carrière politique.

Si l’on considère qu’un homme vit encore dans l’évocation de son parcours et que cette capacité à transmettre une expérience est ce qui nous distingue de l’animal, alors il faut rappeler le souvenir de Daniel Cordier « alias Caracalla » qui prit son envol à Pau.

Pierre-Michel Vidal

Daniel Cordier « Alias Caracalla » éditions Folio Poche

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4 commentaires

  • Vous avez tout à fait raison Monsieur PierU, j’ai une pathologie envers les dictatures, car, malheureusement ,très jeune en 1962, j’ai eu le virus de la Zoroïte aigue, en 1965 une Wallenbergite sévère, et en 1972 une forme de virus très grave, que très peu on eut, qui venait d’Afrique du Sud, la Mandélaïte qui n’a pu être soignée qu’en 1990. Quant au virus de la dengue, je ne l’ai pas attrapé bien qu’ayant vécu dans des zones fortement endémiques.

    Il y a quelques jours, des chercheurs viennent de décrire le « brouillard cérébral (1*)  » comme l’un des symptômes à long terme provoqué par le Covid 2019 (qui, je vous le rappelle vient de Chine). Mais vous allez encore une fois, je n’en doute pas comme vous le faites si bien, remettre en cause son origine. C’est fait depuis hier par le PCC (2*).

    Quant au sujet abordé par Pierre Michel Vidal et de mon commentaire, c’est tout ce que ça vous inspire comme remarque ?

    C’est « dingue » cette actualité de toujours aborder le sujet du virus, on ne peut décidément pas s’en défaire !…

    Le rapprochement, que j’aurais pu mentionner dans mon commentaire, qui est d’importance, aurait du porter sur la :
     » Résolution du Parlement européen 19 septembre 2019 sur l’importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe. » (3*).
    Résolution, avec des sous-entendus, dont les médias ont très peu voire pas du tout relayé. Cette information, certainement est peu spectaculaire, mais son importance ne doit pas être sous-estimée.

    Mais là je pense que ça vous dépasse, j’aurais du le rappeler, j’en suis désolé, ça aurait eu le mérite que mon commentaire eut été un peu plus claire.

    • (1*)  » Brouillard cérébral  » : https://fr.news.yahoo.com/brouillard-cerebral-brain-fog-symptome-covid-19-170012425.html/?ncid=emailmarketing_fractuemai_cntl1mcza0c

    • (2*) le PCC réécrit l’histoire de l’origine du corona virus de Wuhan : https://www.la-croix.com/Mondevol/Chine-reecrit-encore-lhistoire-coronavirus-Wuhan-2020-11-26-1201126791?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_content=20201126&utm_campaign=NEWSLETTER__CRX_SOIR_EDITO&PMID=ec3c148bbfb334ebbd380302d094f29a&_ope=eyJndWlkIjoiZWMzYzE0OGJiZmIzMzRlYmJkMzgwMzAyZDA5NGYyOWEifQ==

    • (3*) : https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-9-2019-0021_FR.html

  • « Une plaque située dans le péristyle de la mairie de Pau. Elle évoque aussi le soutien à ce geste du maire de l’époque Pierre Verdenal. Elle fut inaugurée le 17 novembre 2017 par François Bayrou en présence du Résistant ».

    Dans le mélange du genre, on ne fait pas mieux, tout est bon pour se faire remarquer.
    François Bayrou honore, en sa présence la mémoire d’un résistant secrétaire de Jean Moulin, et après il inaugure le 28 octobre 2019 l’Institut Confucius en présence de l’Ambassadeur de Chine pourfendeur de la liberté de la presse et représentant d’une dictature. Il ne dit mot sur les arrestations par Pékin de ouïghours, de démocrates de HongKong, de 2 ressortissants canadiens, des agressions répétés en mer de Chine, envers Taïwan, envers l’Australie etc… et depuis hier des arrestations de Joshua Wong et de 2 autres jeunes démocrates Agnes Chow et Yvan Lam, sans compter les centaines arrestations en attente de jugement. La liste serait trop longue mais elle a déjà été détaillée dans d’autres articles sur A.P..
    La France n’a-t-elle pas vécu la même chose ?
    Et  » qui ne dit mot consent  » ! Dans le genre hypocrisie c’est le summum.

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