Ahurissant

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L’image que je retiens de cette fin d’année 2020 est celle d’une vue étonnante des files de camions sur une aire de stationnement improvisée près de Douvres. Certes, les médias nous ont habitué(e)s à des images frappantes ou choquantes, et nous en avons tous en mémoire, hélas.

Mais cette image nous fait prendre conscience de l’ampleur de la menace pour l’environnement que représente l’usage sans limites du transport routier. L’ampleur du phénomène est évidemment accentuée par le Brexit et les incertitudes qu’il a suscitées et par la pandémie qui connaît un nouveau tour en Grande Bretagne. A ces causes s’ajoutent les fêtes et leurs conséquences en termes de consommation. Mais il n’est pas douteux que le transport routier est exagérément utilisé dans de nombreux pays. Il présente des avantages certains en termes de souplesse et de rapidité. Mais ces avantages sont moins marqués pour les longues distances.

Une taxation prenant en compte la distance parcourue pourrait sans doute apporter une correction. Mais elle serait porteuse d’une augmentation du prix des denrées transportées et d’un surcroît de bureaucratie. Une taxation implicite consisterait à interdire aux camions un passage de frontière avec une réserve de carburant importante permettant de faire plus de 100 ou 200 kilomètres. Une telle mesure serait légitime, car le pays traversé supporte des frais pour l’entretien des voies et leur sécurité. Elle réduirait aussi des distorsions de compétitivité (par exemple entre l’Espagne et la France, avec des prix de vente du carburant assez différents).

Mais la mesure la plus importante consisterait à établir des normes uniformes en Europe pour des conteneurs qui pourraient passer d’un camion à un train et inversement. Cela supposerait bien entendu que cette opération de transbordement devrait être facilitée afin qu’elle soit simple et rapide.Je ne peux pas croire que ce qui a été fait sur une grande échelle dans les ports serait impossible dans des gares ou des plate formes de transbordement. D’autant que le format des conteneurs serait vraisemblablement plus réduit. Il ne s’agit pas là d’une question de haute technologie, mais d’une question de volonté.

Faut-il rappeler que l’uniformisation de la largeur des essieux a été un facteur crucial dans l’essor de grands empires comme l’empire romain et l’empire chinois ?

Un progrès sur ce point pourrait entraîner une dynamique plus respectueuse du sort de la planète dans d’autres domaines, comme l’utilisation du charbon ou de la lignite, très polluante. A l’inverse, une réticence ou une inaction encouragerait un laisser-faire plein de dangers.

Jean-Paul Penot

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3 commentaires

  •  » Une taxation prenant en compte la distance parcourue pourrait sans doute apporter une correction. Mais elle serait porteuse d’une augmentation du prix des denrées transportées et d’un surcroît de bureaucratie.  »

    Pas sûr que cette taxation serait porteuse d’ une augmentation du prix des denrées. Cela obligerait à penser
    l’ économie autrement. Les producteurs de biens s’ arrangeraient pour ne pas tomber sous le coup de cette taxation, par exemple en répartissant les lieux de production sur tout le territoire. Le surplus de prix de production dû au fait de plus petites quantités produites serait compensé par le faible coût de transport du producteur au consommateur. De plus socialement cela aurait un impact sur la productivité. Un travailleur qui produit pour une distribution locale veillera a ce que la qualité de son travail soit toujours garantie. Alors qu’ un travailleur qui travaille pour des consommateurs de l’ autre bout du monde, n’ a pas du tout le même souci de qualité de son travail.
    Personnellement, il y a bien longtemps que je suis partisan d’ un tel système. Cela permettrait une meilleure répartition des emplois sur le territoire, mais surtout la suppression de milliers de PL de transports internationaux
    sur nos routes, avec bien sûr des accidents et de la pollution en moins.
    Maintenant ne reste plus qu’ à sensibiliser nos responsables, mais vaste question, car la consommation de carburant baissera notoirement, avec pour corollaire la baisse de rentrée des taxes.

  • Pierre-Michel Vidal

    Vous avez raison. Les Suisses ont résolu la question depuis longtemps en interdisant aux camions de traverser leur pays. Il faut encourager le ferroutage notamment entre la France et l’Espagne. Je n’entends pas beaucoup les écologistes se préoccuper de ce type de questions. Je ne vois pas non plus un gouvernement qui aurait suffisamment d’autorité pour resister aux puissants lobbies routiers. Bref ce n’est pas pour demain.

    • « Je n’entends pas beaucoup les écologistes se préoccuper de ce type de questions. »
      C’est peut-être parce que vous avez une oreille sélective!
      Ils préconisent aussi le transport fluvial pour le transport de denrées non périssables. Plutôt que d’investir dans des autoroutes pour camions il serait intéressant de le faire dans la réalisation de canaux à grand gabarit; celui envisagé pour 2015 « Seine -Nord Europe »n’est pas encore en chantier, pourtant cela ferait 500.000 poids lourds par an de moins sur les autoroutes de la région. C’est trop cher? Les autoroutes:construction, entretien, pollution et accidents avec les séquelles sanitaires, embouteillages, dépenses de carburant….est-ce vraiment moins cher?

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