TABDT, quand les militaires vaccinaient.

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Nous allons être de moins en moins nombreux à garder en mémoire ce sigle. Il s’agissait d’une vaccination militaire, à laquelle, comme beaucoup de recrues j’ai été soumis. J’en garde un souvenir peu sympathique d’autant, qu’à cette occasion, il n’était pas question de solliciter des récipiendaires un consentement éclairé.

TABDT signifie : Typhoïde A et B, diphtérie, tétanos. Nous étions réunis par sections dans un local de l’infirmerie et assis sur des bancs alignés. Nous étions torse nu et côte à côte. Il y avait des odeurs que je n’ai jamais pu identifier mais qui m’ont laissé un souvenir particulièrement désagréable. L’ambiance était alors à l’inquiétude parmi ces jeunes gens qui découvraient l’armée française.

Passaient dans notre dos des infirmiers, qui étaient surtout des appelés du contingent aux compétences médicales non définies. Le premier avait la mission de désinfecter la zone d’injection, dans le dos, à l’aide d’un coton imbibé de je ne sais quoi, peut-être de la teinture d’iode. Il frottait fort.

Un second suivait le même cheminement. Sans délicatesse, il plantait une aiguille dans une zone entre l’épaule et le cou. Il faisait cela à la chaîne, d’un geste machinal. Jamais il ne s’inquiétait de savoir si sa piqûre était douloureuse ou pas.

Alors arrivait un troisième personnage qui devait être un médecin à en juger par son air pontifiant. Celui-ci, équipé d’une seringue qui m’a paru énorme, injectait le liquide dans l’aiguille fichée dans la chair. On ressentait tous, à en juger par les gémissements, une certaine douleur qui n’émouvait en aucune manière les intervenants.

Le dernier personnage de cette séance était celui qui soulageait les receveurs puisqu’il était chargé de retirer les aiguilles. Il frottait avec un coton l’endroit de l’injection sans aucun ménagement et avec une ardeur douloureuse.

Selon ce dont je me souviens, il y avait ensuite une autre séance qui consistait à un test tuberculinique ou, si vous préférez, une cuti-réaction. Comme, personnellement, j’avais dans ma prime jeunesse fait une primo-infection, j’ai cru devoir le signaler. Ce test était en effet contre indiqué dans mon cas. J’ai eu droit en réponse, à un regard étonné qui transpirait l’ignorance et n’a pas empêché la griffure. Résultat, j’ai eu localement une infection.

Par la suite, nous étions mis à la diète et invités, durant les quarante huit heures suivantes, à beaucoup bouger le bras afin de faire circuler le produit vaccinal. Personne ne s’est inquiété de savoir s’il y avait des effets secondaires. Il était admis que cette vaccination était douloureuse, point à la ligne.

Il y a cinquante ans de cela, il n’était pas proposé à quiconque de consentir ; il n’était pas envisagé non plus de laisser s’écouler un délai de cinq jours (nécessaire à l’approvisionnement en vaccin, paraît-il). Il se dit qu’un document de 45 pages a été édité pour expliquer la procédure de vaccination contre la Covid dans les EHPAD. Je ne me souviens pas qu’un jeune appelé ait osé contester. C’était ainsi. Et pourtant ces vaccins n’étaient pas obligatoires, comme ne l’est pas non plus le vaccin contre le coronavirus.

On pourrait s’interroger pour savoir ce qui a changé. Sans doute qu’une bureaucratie paperassière a envahi notre façon de vivre ; que chacun a le souci de ne prendre aucun risque pour ne pas s’exposer à des poursuites judiciaires. Pourtant, actuellement, lorsqu’on décide de se faire vacciner contre la grippe, par exemple, un simple consentement verbal suffit. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour le vaccin contre la covid 19 ?

Pau, le 11 janvier 2021

par Joël Braud

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7 commentaires

  • Bien vu !! J’ai moi aussi été « traité  » au TABDT ça nous rendait patraque pendant 2 ou 3 jours et bien entendu la vaccination avait lieu en fin de semaine .Est-ce que ces vaccins nous ont rendus immunisés contre le covi19 !!!!

    • Bravo , c’est exactement ce que je me suis dis , a vérifier auprès de ceux qui ont eu droit au TABDT si aucun n’a été contaminé par le Covid et par conséquent, éradiquer cette pandémie grâce à une méthode ancienne de l’armée Française
      Ex brigadier Chanem du 1er REC.

  • Alors que beaucoup de Français sont réticents à se faire vacciner contre le Covid-19, mon esprit taquin, m’empêche de ne pas résister à l’envie de publier ce qui suit : dédié à l’auteur de cet article… : 😉 😉 😉 😉

    ① Article « Semaine de la vaccination : pourquoi j’ai refusé de me faire vacciner il y a 20 ans » (Site web de « L’Obs » : par « meshorizons » Prof, publié le 23 avril 2014)
    Édité par louise-auvitu, Auteur parrainé par audebaron)
    Chapeau de l’article : « LE PLUS. Du 22 au 26 avril se tient la 8e édition de la semaine de vaccination. En France, selon une enquête Ipsos, 71% des Français feraient confiance aux vaccins, contre 77% il y a un an. Comment expliquer cette désaffection pour les piqûres ? En 1981, Philippe Szykulla fait son service militaire. Il se souvient d’avoir lutté contre sa vaccination. »
    Court extrait : « Décembre 1981, je suis incorporé sous les drapeaux. Début des classes, visites médicales et vaccination : TABDT pour chacune des jeunes recrues (Typhoïde, paratyphoïde A et B , diphtérie et tétanos) + test anti-tuberculinique. »

    En-têtes des paragraphes :
    . « Et j’ai dit non »
    . « Un capitaine tout puissant qui n’y peut rien ! »
    . « L’aveu du colonel-médecin »
    . « Une demi-défaite contre une demi-victoire »
    et… la conclusion à la fin de ce dernier paragraphe : On se pose actuellement la question de la désaffection des Français pour la vaccination. Outre le fait qu’ils agissent comme pour le vote, en s’abstenant, les comportements excessifs, tels que je viens de le relater, ont terni la crédibilité du corps médical, un peu comme celui qui touche nos politiques.
    Il est souvent dangereux de prendre le citoyen pour un imbécile qu’il n’est pas, au risque de, finalement, le mettre en danger.

    URL : https://leplus.nouvelobs.com/contribution/1189724-semaine-de-la-vaccination-pourquoi-j-ai-refuse-de-me-faire-vacciner-il-y-a-20-ans.html

    Nota : pour les anciens (Appelés sous les drapeaux ou militaires de profession), nous avons tous été soumis au calendrier vaccinal…
    ② Article : « Vaccination : effets indésirables évalués chez les militaires » (Site web de « Allo Docteur » (Par la rédaction d’Allodocteurs.fr, rédigé le 20 juin 2012)
    Chapeau de l’article : « L’Eurosurveillance, journal européen de surveillance, prévention et contrôle des maladies infectieuses, a dévoilé le 14 juin 2012, une étude sur les effets indésirables liés aux vaccins, réalisée au sein de l’Armée française. Les militaires, qui sont soumis à un calendrier vaccinal strict de par leur profession, constituent en effet une population idéale pour ce type d’étude. »
    URL : https://www.allodocteurs.fr/actualite-sante-vaccination-effets-indesirables-evalues-chez-les-militaires_7424.html

    Et la conclusion de cet article (Celui de Joël Braud) est bien lucide… : On pourrait s’interroger pour savoir ce qui a changé. Sans doute qu’une bureaucratie paperassière a envahi notre façon de vivre ; que chacun a le souci de ne prendre aucun risque pour ne pas s’exposer à des poursuites judiciaires. Pourtant, actuellement, lorsqu’on décide de se faire vacciner contre la grippe, par exemple, un simple consentement verbal suffit. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour le vaccin contre la covid 19 ? 😉 😉 😉

    • Etonnant témoignage que celui de ce nommé Szykulla qui fait part de son refus de se faire vacciner lors de son service militaire en 1981. Il dit vouloir disposer de son corps à sa guise et ne pas accepter que les femmes ne soient pas également vaccinées. La vaccination a pour but principal de protéger chaque individu d’une maladie contagieuse et, ce faisant, d’éviter qu’elle ne se propage. En ne considérant que son point de vue de disposer de son corps, il oublie qu’en n’étant pas contagieux lui-même, il évite de contaminer les autres. Un véritable nombrilisme. Quant à cet argument concernant les femmes, il y avait d’autres moyens de faire en sorte qu’elles bénéficient de la même vaccination qu’en refusant de soi-même se faire vacciner. Il aurait pu militer pour l’extension du TABDT.
      Enfin il parle de son capitaine qui, selon ce qu’il dit, ne respecte pas les appelés du contingent et du médecin colonel qui dit que le vaccin n’est plus d’actualité mais qu’il faut finir les stocks. Il ne disposait pas de ces arguments au moment où il a exprimé son refus de se faire injecter le TABDT. Alors cela ressemble davantage à un règlement de compte avec l’armée qu’à une attitude pouvant servir à un enseignement.

      • Merci pour votre article
        Appelé en 68, votre article relate avec beaucoup de précision cet épisode de la TABDT; sauf que le médecin était aussi un appelé dans mon Régiment
        Muté après mes classes en compagnie d’instruction, j’y ai assisté tous les deux mois à chaque incorporation (environ 200 jeunes), avec de très rares effets secondaires.
        De plus étant dans un Régiment susceptible d’intervenir en Afrique, nous avons eu aussi les vaccins ad hoc, sans problème.
        Aujourd’hui la polémique autour de la vaccination contre le Covid est certes légitime, mais dangereuse pour notre santé.
        Le refus ne pourra à terme que prolonger l’épidémie avec les conséquences que l’on connait

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