Magistrats, avocats, mélange des genres ?

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Un avocat ministre de la justice qui ne s’est jamais fait faute d’en découdre avec les magistrats, n’était-ce pas une provocation du président de la république à l’égard de ces derniers ? A en croire les réactions d’une grande partie du corps des juges, une telle nomination n’a pas été bien perçue par ceux-ci. Mais détenteurs d’une autorité ministérielle certains, qui n’ignorent pas que leur carrière peut être courte, s’empressent de vouloir laisser leur trace dans l’histoire de leur ministère. Ainsi en va-t-il de l’actuel garde des sceaux qui le 7 octobre 2020 obtenait, en conseil des ministres, la désignation d’une avocate du barreau de Paris pour diriger l’école nationale de la magistrature sise à Bordeaux. Personne auparavant n’avait imaginé un tel scénario. Quelle a pu être la finalité d’une telle décision ? Un règlement de compte entre le garde des sceaux et des magistrats ?
Mais, sans doute pour dissiper un tel doute, voilà qu’un magistrat se voit confier par le barreau de Paris, la direction de l’école de ce barreau. Là aussi se pose la question de la finalité d’une telle décision. Est-ce un remerciement en réponse à l’honneur fait à une avocate du barreau de Paris auquel appartient d’ailleurs le ministre lui-même ?
Tout semble se confiner à des politiques purement parisiennes car, jaloux de leur indépendance, ni la magistrature, ni les avocats, n’ont manifesté leur désir d’une osmose entre leurs professions. L’idéal pour que chaque profession connaisse mieux les contraintes et les besoins de l’autre serait évidemment un temps de formation commune, mais comment la mettre en œuvre entre une école bordelaise et des centres régionaux de formation du barreau.
En tout cas, on ne peut imaginer qu’une désignation de direction croisée changera grand chose dans le fonctionnement de l’une ou l’autre des deux écoles. Chacune conservera ses programmes et sa spécificité. On oubliera bien vite ces deux initiatives et leur publicité. L’essentiel dans le monde judiciaire est que chacun demeure à sa place dans le respect de l’autre et la connaissance de ses contraintes. C’est généralement ainsi, mais certains croient bon de reprocher à l’école nationale de la magistrature de créer un esprit de caste conférant aux futurs magistrats un pouvoir destiné à combattre le barreau perçu comme un adversaire et non comme un auxiliaire indispensable à l’œuvre de justice. Certains magistrats peuvent le laisser penser de façon ponctuelle dans la gestion d’une audience sans que cela affecte leur décision. Ce qui est par contre plus inquiétant c’est la syndicalisation politisée de juges dont l’idéologie, même pas masquée, peut transparaître dans le règlement de certains contentieux ouvrant une brèche dans leur devoir de neutralité. Le choix syndical est certes un droit, mais s’il est une réforme facile à mettre en œuvre c’est l’affirmation que ce droit doit se limiter à la défense des intérêts professionnels sans affichage possible d’une option politique. Un juge ne doit être ni de droite, ni du centre, ni de gauche. La loi seule doit dicter sa décision !



Pierre ESPOSITO 

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