La jeunesse, les femmes et les philosophes, avenir des terres d’islam.

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« Nous ne baisserons pas les yeux», répètent à l’unisson les étudiants turcs qui dénoncent depuis un mois et demi la mainmise du pouvoir sur les universités. Le slogan, créé en réaction à un policier ayant hurlé «Baissez les yeux !» à de jeunes manifestants, illustre la colère de toute une génération contre le grignotage accéléré de ses libertés .

Cette révolte n’est pas d’aujourd’hui.

Dans Mustang,  un film sorti en 2015, cinq jeunes sœurs turques défendent avec fougue leur joie de vivre et leur liberté contre l’emprise d’un patriarcat étouffant, contre le poids de la religion unique, contre ses lois imposées à tous, croyants ou non.

Plus de 600 personnes ont été arrêtées à travers le pays depuis le 4 janvier, jour où les protestations, plutôt pacifiques, ont commencé ( Le Monde du 11 février 2021 ).

En dépit de la répression, la contestation des étudiants ne faiblit pas en Turquie. 

En fait, des mouvements de libération se multiplient dans le monde arabe -musulman et même au-delà.

Il ne s’agit pas d’une quête d’indépendance, comme le monde en a connu après la seconde guerre mondiale, mais d’une libération. 

Les évolutions sont particulièrement perceptibles au sein des pays touchés par la première vague des printemps arabes (Tunisie, Égypte, Libye, Yémen). Chez les moins de 30 ans, la moitié des Tunisiens, le tiers des Libyens et le quart des Algériens se disent désormais « non religieux ». « Cette tendance se manifeste de différentes manières : des filles qui retirent leur hijab aux hommes qui cessent de prier » ( L’Orient le Jour du 3 février 2021 ).

« Dans son ouvrage « Le Triangle de l’interdit » (al-Thâlouth al-mouharram) publié en 1973, l’intellectuel syrien Abou Ali Yassine pointait les trois tabous qui prévalent dans les sociétés arabo-musulmanes, à savoir la politique, la religion et la sexualité. Sur ces trois thématiques centrales, la jeunesse arabe est aujourd’hui en rupture, plus ou moins radicale, avec les générations qui la précèdent » ( même publication).

Le pivot de l’interdit c’est l’islam religion d’état qui , figurant au fronton des valeurs constitutionnelles, impose ses préceptes à tout citoyen croyant ou non. Outre l’exigence pour tout dirigeant politique d’affirmer sa soumission au saint coran, c’est son intrusion dans les choix de vie privée (condamnation de relations intimes hors mariage et de l’homosexualité par exemple) ou publique (obligation de respecter le ramadan), c’est la supériorité masculine, c’est l’interdiction de nier la nature prophétique de Mahomet, c’est le musèlement de tous ceux qui pourraient libérer des forces contraires à l’épanouissement humain. Un espoir cependant. Ces jeunes gens privés de liberté d’expression, de vivre leurs amours librement, ces femmes victimes de leur nature, ces intellectuels, ces philosophes souvent exilés, sont à l’avant-garde d’évolutions inéluctables. Le nazisme a été vaincu, le mur de Berlin a été abattu. Question de temps. Les terres d’islam, et bien d’autres avec elles, finiront bien par accoucher de Calvin ou de Voltaire parce que tôt ou tard et partout la justice l’emportera sur l’injustice, la loyauté sur la corruption, la liberté sur la dictature, parce que dès ses premiers pas l’homme sait distinguer le bien du mal . 

Pierre ESPOSITO

Photo : Des étudiants de l’université du Bosphore manifestent le 6 janvier 2021 à Istanbul.

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