Emmanuel, François et… le capitaine Haddock

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Alternatives Pyrénées a pu accéder à certaines informations qui, jusque là, étaient restées confidentielles. Il s’agit des échanges verbaux entre Emmanuel et François dans les coulisses de la République. Ces dialogues (presque) véridiques, vous sont rapportés ici, à titre exceptionnel.

Le premier épisode se situe peu avant l’élection présidentielle. Emmanuel est candidat et François vient de quitter Alain pour le soutenir dans sa campagne électorale. Nous sommes début avril 2017.

François : Emmanuel, je vous ai rejoint avec le MoDem, parti politique dont je suis le président. Selon les sondages, vous bénéficierez ainsi d’un apport de voix de 5%. Cela doit être décisif et vous permettre de l’emporter.

Emmanuel : J’ai lu les sondages en effet. En cas de victoire, que demandez-vous en échange ?

François : Deux choses : En premier lieu, un ministère et en second lieu, vous engager à réformer la constitution en faisant en sorte que les députés soient élus à la proportionnelle.

Emmanuel : A la proportionnelle, vous y tenez tant que ça ? En 1986, Mitterrand l’avait instituée, non dans l’intérêt de la République, mais pour faire barrage à Chirac. On a vu ce que cela a donné. Et pour le ministère, vous avez une préférence ?

François : Oui, je sais, mais la proportionnelle avantage les petits partis et le Modem est un petit parti. En ma qualité de président j’en bénéficierai. Pour le ministère, je penche plutôt pour ministre d’État. Je n’ai pas de préférence, je m’en remets à votre choix.

Emmanuel : Ministre d’État, comme vous y allez ! La Justice, Garde des sceaux, cela vous convient ? Permettez-moi de vous rappeler que vous êtes maire de la ville de Pau. Que lors de votre campagne électorale, vous vous êtes engagé à assurer cette fonction à cent pour cent. Que néanmoins, vous êtes président du MoDem, président de la communauté d’agglomération et président du pays du Béarn. Ne pensez-vous pas que cela fait quand même beaucoup ?

François : Garde des Sceaux, me convient tout à fait,d’autant que je ne suis pas un juriste et que la justice est un domaine qui m’est étranger. Il n’y a donc que des avantages. Ne vous inquiétez pas pour les nombreuses fonctions que j’exerce, j’ai une grande capacité de délégation, je me réserve la représentation. Et puis les promesses faites aux Palois, comme disait le docteur Queuille…

Le deuxième épisode de ce dialogue se situe après l’élection présidentielle dont le second tour a eu lieu le 7 mai 2017.

François : Vous avez été élu avec 66,10% des voix. Je vous félicite et ce faisant, prends ma part à cette victoire. Je compte sur vous pour tenir les engagements que je vous ai suggérés.

Emmanuel : En effet vous y avez contribué à hauteur de 5%. Merci. Je vous suis donc redevable. Vous m’avez demandé de ne pas investir de candidats de La République en marche sur votre secteur du Béarn, pour les législatives. Je l’ai fait. Vos candidats auront donc les coudées franches. La République en marche ne vous fera pas d’ombre. Vous voilà maintenant Garde des sceaux, à ce titre, vous êtes le second du gouvernement.

Le troisième épisode se situe fin juin 2017. François nommé Garde des sceaux le 17 mai 2017, doit démissionner après poursuites judiciaires. Il ne sera resté garde des Sceaux que durant 35 jours.

François : Vous voyez Emmanuel, ce qui me coûte le plus c’est d’abandonner un ministère important. Devoir renoncer pour cause de cumul de mandat aux fonctions de maire de Pau n’était pour moi que très secondaire. Ce mandat n’est en réalité qu’un tremplin. J’avais envisagé une loi sur la moralisation de la vie politique et voilà que, rattrapé par les affaires, la HATVP (Haute autorité pour la transparence de la vie politique) m’intime l’ordre de présenter ma démission. Je ne suis plus Ministre d’État.

Emmanuel : Je comprends votre désarroi. Considérez que vous gardez ma confiance et souhaite vous voir participer aux grandes décisions de la Nation. Acceptez d’être parmi mes conseillers occultes, de ces hommes de l’ombre, de ces éminences grises, très proches et très écoutés par moi-même.

François : Très volontiers ! A la condition cependant que ce rôle ne demeure pas trop secret. J’ai besoin de conforter mon image nationale. Il serait bien que de temps à autre on souligne que je vous rencontre fréquemment et que vous m’accordez une confiance totale. Soyez rassuré, lorsqu’on me questionnera sur le contenu de nos entretiens je dirai haut et fort, que cela est trop important pour être révélé. Vous savez cela pose son homme d’être investi d’un secret dont il ne peut se libérer. Ça donne de l’épaisseur ce qui me convient plus que tout.

Emmanuel : Rien d’autre ?

François : Eh bien puisque vous me posez la question, je vous avoue que je suis en train de réfléchir à une fonction d’envergure nationale qui pourrait m’être confiée. Actuellement, je n’en définis pas totalement les contours, mais quelque chose qui me permettrait d’orienter les grandes lignes de la politique nationale. Le Plan ? oui, le Plan ce serait bien !

Emmanuel : Commissaire au Plan en quelque sorte.

François : Non ! Haut commissaire au Plan, si vous le permettez.

Emmanuel : Va pour Haut commissaire au Plan. Mais attention, ne venez pas faire de l’ombre au premier ministre. Restez dans les généralités, dans les intentions. Ne soyez pas trop concret car, dans la période que nous connaissons, des propositions trop précises ne pourraient qu’embarrasser le gouvernement qui se verrait contraint d’y donner suite.

François : Comptez sur moi. Je vois très bien ce que vous voulez dire et, dans ce domaine de l’approximatif, du simple intentionnel vague, je suis imbattable. Je pourrais parler d’un plan Marshall, il y a peu de monde qui sait ce que ce fut et nul n’en connaît le contenu. Dans le vague et l’imprécis on ne fait pas mieux.

Emmanuel : Très bien ! Mais ne vous attendez pas à bénéficier d’une rémunération, l’opinion publique est, en ce moment, réfractaire au gaspillage de l’argent public. On dira que vous remplissez cette fonction à titre bénévole. C’est très bien vu par les temps qui courent, le bénévolat vous savez. Et puis c’est une fonction que vous pourrez cumuler avec votre mandat de maire.

François : J’ai une vague notion du bénévolat, le désintéressement a ses limites. Point trop n’en faut dans ce domaine. Je demande à avoir un certain nombre de collaborateurs, cent voire deux cents ; un immeuble de caractère et, à titre personnel, d’être défrayé pour les transports, le logement, les dépenses de représentation et de bouche. Je ferai ainsi faire des économies, non seulement au MoDem mais également à la ville de Pau.

Emmanuel : Accordé !

Le quatrième épisode vient de se produire. Nous sommes à un peu plus d’un an de la présidentielle 2022 dont le premier tour devrait se situer entre le 8 et le 23 avril. Compte tenu du fait qu’aucune réforme électorale ne peut être engagée à moins d’un an d’une échéance électorale, François monte au créneau et le fait savoir.

François : Vous savez Emmanuel, je me dois de vous rappeler votre promesse de faire en sorte que les députés soient élus à la proportionnelle. Le temps presse et je viens de vous écrire une lettre à ce sujet. J’espère que vous répondrez et y donnerez une suite favorable. J’y développe des arguments selon lesquels il s’agit d’une justice vis à vis des électeurs parce que les petits partis ne sont pas représentés à l’Assemblée Nationale dans la proportion des voix qu’ils ont obtenues. Considérez que cet argument est pour la galerie. La vérité, et vous le savez, c’est que je n’ai trouvé que ce moyen pour que le MoDem ait un plus grande nombre d’élus aux législatives. Je ne vous cache pas que dans les médias, je vais faire le forcing. Cependant je ne ferai pas de chantage.

Emmanuel : Je note que vous proposez un référendumpour engager cette réforme. Il me semble que cela est un peu tard. Croyez que j’en suis désolé. Vous prononcez le mot chantage par prétérition peut-être, cependant vous y pensez. Auriez-vous l’intention de situer votre parti, le MoDem, en dehors de la majorité présidentielle ? J’espère très sincèrement qu’il n’en est rien ! Je note également que la démarche que vous entreprenez actuellement ressemble à s’y méprendre aux tractations en sous-mains, d’arrière-boutiques, entre les partis politiques sous la IV° République. En vous comportant ainsi vous donnez un avant goût de ce à quoi nous conduira inévitablement la proportionnelle. Vous comprenez ma réserve sur ce projet.

Dernier épisode. Beaucoup se demandent, à juste titre, ce que vient faire le capitaine Haddock dans cette galère (c’est un marin). Il faut pour le comprendre, s’en référer à une petite phrase d’Emmanuel prononcée dans l’intimité d’une alcôve de l’Élysée. Celui qui nous l’a rapportée tient à la discrétion de tous. Mais les lecteurs d’Alternatives Pyrénées savent garder un secret.

En effet, Emmanuel aurait dit : « Ce Bayrou, plus ça va, plus il me fait penser au sparadrap du capitaine Haddock dans Tintin et L’affaire Tournesol ! ».

Pau, le 22 février 2021

par Joël Braud

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2 commentaires

  • Pierre-Michel Vidal

    Je ne crois pas au seul calcul politique de FB dans cette affaire. Je ne doute pas de sa sincérité. Il fait un constat qui est bien réel -l’éloignement du citoyen de la vie politique- mais il y apporte une mauvaise réponse. Il est dans la ligne qu’il n’a jamais quitté: celle des Démocrates Chrétiens, de Giscard à aujourd’hui, la remise en cause de la Vème république et de ses fondements, de l’apport original du gaullisme à la vie politique française. Son rapport à l’Europe, dont il est un fidèle supporter, et son combat pour la proportionnelle le prouvent. Ils viennent de loin et sont des marqueurs des divisions internes de la droite. C’est, par ailleurs, le maintien de son courant politique qui est en jeu : le centrisme qui a besoin de la proportionnelle pour exister. De quel côté penchera Macron qui lui, n’a pas ce passé ? Les quelques troupes gaullistes qui demeurent seront-elles capables de s’opposer à ces plans et trouveront elles les alliés nécessaires ? A mon avis, c’est peu probable! Les carottes sont cuites! Mille sabords!

    • A lire dans le journal « La République des Pyrénées » de ce mardi 23 février 2021, en page 6, un encart intitulé : « Bayrou, un allié un peu trop pesant pour Macron ». Aurai-je été prémonitoire dans mon article ?

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