Qui est vraiment l’idéologue ?

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La vérité sortant, parait-il, de la bouche des enfants, on peut affirmer que :

C’est celui qui dit qui y est !

La décision du Maire de Lyon de prévoir un menu unique sans «viande», dans les cantines scolaires, à partir de la rentrée des vacances, a suscité de vives réactions au gouvernement.

*Gérald Darmanin et Julien Denormandie, dénoncent »une mesure idéologique » du maire écologiste de Lyon.

*La ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili estime qu’il s’agit d’un « débat préhistorique ».

* Face à cette « cacophonie » ambiante, le Premier ministre Jean Castex, soucieux de l’unité gouvernementale et conscient du désordre, est intervenu.

«Moins nous «alimentons» les polémiques auto-portées, mieux on se porte».

Médias et réseaux sociaux s’en donnent à cœur joie, c’est lamentable car on joue sur le paradoxe.

Précisons que le Ministre de l’Intérieur n’est pas reconnu officiellement comme responsable et compétent en matière d’alimentation des jeunes ;

heureusement !

De plus, à titre personnel, ses études ne lui ont pas franchement apportées des connaissances scientifiques en la matière. Il a effectué ses études secondaires au lycée des Francs-Bourgeois, un établissement catholique du 4ème arrondissement de Paris. Il est diplômé de l’Institut d’étude politique de Lille (2007).

Julien Denormandie est ingénieur des ponts, des eaux et des forêts ; En juin 2017, il est nommé secrétaire d’Etat auprès du Ministre de la Cohésion des territoires. Lors du remaniement, il devient Ministre chargé de la Ville et du Logement. Le 6 juillet 2020, il devient Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation.

Cette polyvalence officielle sème le doute sur la compétence spécifique et désintéressée politiquement, en matière de nutrition des jeunes !

Gregory Doucet est diplômé d’une école de commerce ; il a fait carrière dans l’humanitaire dans l’association Planète Enfants et Développement, et travaille dans ce cadre à Manille (Philippines) puis à Katmandou (Népal). À son retour en France, il rejoint Handicap international en 2009 à Lyon, comme chargé des opérations en Afrique de l’Ouest.

Cette expérience dans les milieux défavorisés et épaulé par des scientifiques des ONG, l’ont amené à acquérir des connaissances dans le domaine social, en particulier les problèmes alimentaires spécifiques des jeunes.

Dans un premier temps restons au domaine de l’idéologie :

«Une idéologie est un ensemble d’idées, de pensées philosophiques, sociales, politiques, morales, religieuses, propre à un groupe, à une classe sociale ou à une époque. C’est un système d’idées, d’opinions, de croyances, de dogmes, convictions, qui forme une doctrine pouvant influencer les comportements individuels ou collectifs.»

Sans aucun doute, compte tenu des compétences alimentaires de celui qui n’est que Ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin ne manifeste que des convictions, croyances, sans fondement scientifique, mais correspondant bien à une classe sociale.

Gérard Collomb, avait pris la même décision à l’occasion de la première vague épidémique, sans susciter de remous dans la majorité présidentielle. A l’époque, cela avait été reçu comme du pragmatisme, c’est aujourd’hui considéré comme dogmatique, sectaire et idéologique.

Les temps et les esprits changent !

Les attaques ne s’arrêtent pas là.

«En plus de l’insulte inacceptable aux agriculteurs et aux bouchers français, de nombreux enfants n’ont souvent que la cantine pour manger de la viande» assène le ministre.

Nos jeunes devraient-ils servir à bien nourrir les éleveurs et bouchers industriels ou doivent-ils être bien nourris par eux ?
La question se pose actuellement.

«On voit bien que la politique moraliste et élitiste des “Verts” exclut les classes populaires.» ajoute-il.

En réalité:

* Il se trouve que selon une étude de l’Anses datant de 2015, ce serait plutôt les classes populaires qui consommeraient le plus de viande.

*Avant la crise sanitaire, les élèves lyonnais avaient le choix entre trois entrées et deux plats principaux différents, dont un à base de viande ou de poisson. Or, la moitié des élèves de primaire ne choisissait pas la viande, par goût, par habitude familiale ou par précepte religieux»

*en 2013, selon une étude menée par le ministère de l’Agriculture. «Alors que la consommation de poisson reste plus fréquente dans les foyers plus aisés, celle de viande, jadis réservée aux catégories favorisées, est désormais plus importante dans le bas de l’échelle sociale. « Ainsi, en 2007, « la consommation moyenne de produits carnés des cadres et professions libérales était de 112g par jour tandis que celle des ouvriers s’élevait à 137 g par jour ». Le bas de gamme issu des élevages industriels a permis des prix bas.

D’après Olivier Dussopt, des comptes publics c’est«un choix antisocial et doctrinaire». «Je suis toujours pour qu’on laisse le choix aux élèves»

Si je laisse le choix a mes petits enfants, ils vont s’empiffrer, au début du repas, de chips et autres biscuits salés, boire de la limonade, pour finalement ne plus avoir faim quand le rôti arrive !

Julien Denormandie en rajoute une couche. Choix «aberrant d’un point de vue nutritionnel».

Il doit être un adepte du carnisme !

Notre ministre de «l’Alimentation», soutien indéfectible de la FNSEA, se ridiculise en ne se rendant pas compte qu’il compare deux concepts différents : la gastronomie et la biologie !

La viande, le poisson, les fromages, les fruits, les légumes… sont des termes gastronomiques qui n’ont rien à voir avec les besoins alimentaires qui sont, eux, biologiques !

Par contre, le «point de vue nutritionnel» est d’ordre biologique et, dans ce cadre, tout ce qui contient des protéines animales a la même qualité nutritionnelle : poissons, fromage, laitage, œufs..

Les anglais parlent de sheep pour l’animal et de mutton pour la «viande» !

La courgette est un légume en cuisine et un fruit en nature !

Les haricots verts et blancs sont des légumes d’un côté, des graines dans des fruits de l’autre.

La tomate est un fruit, mais, à table, c’est un légume, une entrée, une salade.

* Il y aura désormais, en plus de l’entrée, du laitage et du dessert un plat unique sans viande, mais qui pourra contenir de l’œuf ou du poisson.

*«Le seul moyen de faire manger un plat chaud à tous les enfants de l’école, c’est de proposer un plat sans viande, mais avec des protéines animales comme le poisson ou les œufs, conforme aux exigences nutritionnelles. Nous n’excluons personne, c’est même le contraire !»

*Première journée de l’application de la mesure ; les enfants ont découvert dans leur assiette une salade de haricots verts bio, du merlu sauce ciboulette, du chou vert et des pommes de terre, ainsi que de la crème anglaise et une compote, selon «Le Parisien.»

Un repas parfaitement équilibré donc.

Les besoins des jeunes, parlons en :

+besoin en sels minéraux :

*Calcium : un apport multiplié par trois par rapport à l’adulte, comblé «par des produits laitiers quatre fois par jour» de préférence des yaourts de lait de brebis plus riche en calcium que chez la vache, mais aussi des eaux minérales.

*Fer : surtout chez les adolescentes. Il se trouve dans la viande et les fruits de mer, les olives, mais aussi certaines légumineuses qui peuvent en tenir bien plus : soja, haricots, lentilles ; son absorption est facilitée par la vitamine C que l’on va trouver dans le poivron rouge, citron, l’orange.

+Besoin en vitamines :

*Vitamine D : Le soleil, par l’intermédiaire des UVB, permet la fabrication de cette vitamine dans la peau. Elle se niche également dans les poissons gras, à consommer deux fois par semaine. « Un manque de Vit D peut participer à une forme de tristesse, de déprime.

*Vitamine B9 : elle participe à la croissance et se trouve dans les légumes verts, les fruits secs tels que les amandes.

+Protéines : elles participent notamment au renouvellement des cellules, la fabrication des muscles, du squelette, des hormones et des anticorps. Oeufs, viandes, poissons, légumineuses et céréales semi ou complètes se révèlent être de bonnes sources

.+Féculents : ils sont utiles pour combler la faim hors des repas, ce sont également de bonnes sources de glucose.

+Penser au microbiote intestinal ! Les fruits et les légumes aident à développer son microbiote (l’ensemble des micro-organismes – bactéries, virus, parasites, champignons non pathogènes, ndlr). Et ce dernier a un impact sur l’humeur et l’immunité.

+Besoin en calories : Les besoins en calories évoluent au fil des âges, mais aussi en fonction de l’ activité physique : plus la pratique est intense, plus ils augmentent.

Alors, «la viande» ? Pourquoi pas une à deux fois par semaine, pour ceux qui aiment, sous une forme saine, digeste, goûteuse, surtout pas en plat industriel, elle apporte des acides aminés indispensables mais des alternatives existent.

De manière générale, la médecine recommande 40 grammes quotidiens de viande ou de poisson pour un enfant de 4 ans, 60 g pour un enfant de 6 ans, 80 g pour un enfant de 8 ans, etc… Un steak classique vendu dans le commerce pèse autour de 120 grammes.

Les parents doivent s’informer sur les menus qui sont en permanence à la disposition des parents. Ils sont en général affichés à l’entrée de l’école. Ils peuvent également parfois figurer dans le journal municipal voire même être proposés sur le site internet de la ville. A eux alors d’adapter le repas du soir pour compléter.

Attention à la surconsommation de viande non seulement mauvaise pour le climat mais aussi pour le consommateur; alors que l’enfant a déjà eu une portion à midi, les parents, ignorant ou croyant bien faire, vont compléter le soir par une nouvelle viande type jambon, côtelettes. L’excès en tout est un défaut, en «viande» entre autres !

En ce qui concerne l’apport de viande au repas des cantines scolaires, il y a un problème qu’il ne faut pas négliger. Les cantines coûtent cher aux municipalités car on recherche les prix les plus bas pour les parents; les contribuables mettent au bout.

En chiffres, les sages de la rue Cambon précisent que “dans les communes contrôlées par les chambres régionales des comptes, le taux d’impayés de la restauration scolaire est voisin de 6,4%.

A Pau, le prix du repas à la cantine scolaire  serait de 2,80 euros.

Avec ce prix, on ne peut pas servir de la qualité et en plus bien des familles nécessiteuses ne peuvent pas payer.

En 2013, à Ustaritz, dans les Pyrénées-Atlantiques, une fillette de 5 ans avait été expulsée de la cantine pour cause d’impayés. Quelques années plus tôt, en 2007, 9 élèves de Seine-et-Marne avaient dû se contenter de pain et d’eau au déjeuner pour les mêmes raisons.

Le Défenseur des Droits a réagi au niveau national en précisant que « les impayés doivent uniquement faire l’objet de procédures entre les collectivités et les parents, sans impact sur les enfants ». Il ajoute que le fait de servir un repas différent aux enfants dont les parents sont redevables d’impayés constitue une discrimination.

En clair, l’usager ne finance en moyenne que 23% du coût du repas. Le reste, c’est-à-dire plus des trois-quarts, est pris en charge par les collectivités.

Comme les défenseurs des contribuables prétendent que les collectivités sont trop dispendieuses, c’est cornélien !!!

Dans ce contexte, c’est sur la qualité de la viande que se portent les économies des cantines ; on choisira les bas morceaux, les viandes d’origine industrielle…, on en fera du hachis, des sauces, des saucisses (sel, gras, huile de cuisson…) ce qui est parfois du goût des enfants mais qui n’est pas du tout souhaitable pour leur santé.

En conclusion, pour des raisons de logistique pendant la pandémie, les repas sans viande sont prévus, à Lyon, jusqu’à Pâques. Après, il serait logique, pour éduquer les jeunes palais, d’assurer une alimentation variée comprenant, de temps en temps, de la «viande» de différents animaux avec des exigences de qualité passant par le bio de préférence ou d’élevages locaux, à la ferme, non industriels.

Moins de «viande» en général, même chez les jeunes, ce n’est pas une idéologie, une croyance.., c’est l’application de résultats et de conseils obtenus par la méthode scientifique et valable pour toutes les classes sociales.

Signé Georges Vallet

crédits photos:Faut-il manger moins de viande ? | è molto goloso

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5 commentaires

  • Pierre-Michel Vidal

    Pour beaucoup d’enfants les cantines scolaires c’est le lieu unique où ils peuvent manger de la viande car les familles n’ont pas les moyens de se la payer. C’est l’exemple type de l’écologie punitive et anti-pauvres: celle de khmers verts. Ceux qui veulent faire le bien des autres contre leur volonté.
    Merci on a déjà donné!

    • Je sais, mon texte est long et maintenant, au delà de 10 lignes, on ne lit plus et on reste enfermé dans ses vérités, sans chercher à comprendre.
      Mon objectif était d’être le plus explicite et analytique possible en me plaçant du côté biologique, scientifique, donc du conseiller médical.
      Ne perdez pas non plus de vue que je ne considérais que les jeunes des cantines scolaires, donc sous la responsabilité des parents et des maires quant à leur réels besoins alimentaires d’un côté et la nécessité de former leur éventail gustatif à la diversité des nutriments que la nature offre.
      Les adultes, c’est leur problème! Il faut seulement que la Sécu, payée par le contribuable, assure le remboursement des médicaments et les interventions chirurgicales que « la liberté de manger ce qu’ils veulent, sans contrainte » a entraîné.
      Il ne serait pas mal de considérer le problème au niveau collectif aussi.
      Pour satisfaire la liberté incontournable revendiquée par certains, passons sur le malheur des autres du fait des retombées climatiques que l’élevage intensif provoque! Passons sur les déforestations et la faim dans le monde qui résultent de l’occupation des terres agricoles pour la production de nourriture animale et non humaine !

      Pour faire de l’humour noir, on pourrait faire allusion aux chinois qui avaient le droit de manger, par tradition, » des viandes » d’animaux sauvages; leur interdire serait de l’écologie punitive! le résultat a été le virus « punitif » pour la planète!

      1°) Vous faites aussi la confusion entre viande et besoins en protéines animales.
      « La viande, le poisson, les fromages, les fruits, les légumes… sont des termes culturels du restaurateur, gastronomique donc, qui n’ont rien à voir avec les besoins alimentaires qui sont, eux, biologiques !

      Par contre, le «point de vue nutritionnel» est d’ordre biologique et, dans ce cadre, tout ce qui contient des protéines animales a la même qualité nutritionnelle : poissons, fromage, laitage, œufs..

      2°) » ils peuvent manger de la viande car les familles n’ont pas les moyens de se la payer »
      Faux,
      Il se trouve que selon une étude de l’Anses datant de 2015, ce serait plutôt les classes populaires qui consommeraient le plus de viande.

      3°) »exemple type de l’écologie punitive et anti-pauvres: celle de khmers verts. »

      Affirmation vraiment idéologique.
      Ce n’est pas de l’écologie, c’est de la physiologie.
      Ce n’est pas punitif, c’est au contraire équitable.
      Quand aux khmers, revoyez vos sources car la comparaison dépasse l’entendement!

      3°) »Ceux qui veulent faire le bien des autres contre leur volonté. »
      Je me répète:
      « Avant la crise sanitaire, les élèves lyonnais avaient le choix entre trois entrées et deux plats principaux différents, dont un à base de viande ou de poisson. Or, la moitié des élèves de primaire ne choisissait pas la viande, par goût, par habitude familiale ou par précepte religieux »

      Leur volonté d’adolescent je vous l’ai donnée à partir d’un exemple vécu.
      « Si je laisse le choix a mes petits enfants, ils vont s’empiffrer, au début du repas, de chips et autres biscuits salés, boire de la limonade, pour finalement ne plus avoir faim quand le rôti arrive !

      « Merci on a déjà donné! »
      Si peu! je pense, jusqu’ici, que vous n’avez pas trop subi de contraintes pour manger ce que vous voulez!

    • M Vidal, sans doute auriez dû vous lire l’article complet de M Vallet, car il a précisément répondu à votre argument, maintes fois évoqué par ailleurs mais erroné, des enfants des familles pauvres qui ne pourraient manger de la viande qu’à la cantine.

      • Pierre-Michel Vidal

        Si l’explication de M. Vallet vous convainc tant mieux pour vous à moi elle ne convient pas du tout. Cette décision du maire de Lyon est une preuve de plus du délire des maires écologistes. Cette génération d’élus écolos n’a plus rien à voir avec des gens comme Noël Mamère tolérants, empathiques et soucieux de l’intérêt commun. Ce sont des idéologues liberticides et sectaires soutenus par une partie des grands médias. Vous aurez du mal à m’expliquer que la viande n’est pas nécessaire à l’être humain et que les plus pauvres n’en ont pas besoin. Un peu de bon sens c’est nécessaire dans la dure période que nous vivons. Défendons le principe de liberté: ceux qui ne veulent pas de viande n’en mangent pas. Si nous ne nous entendons pas sur ce principe c’est grave…

        • Vous changez vos arguments au fur et à mesure. Je répondais à (je vous cite) « Pour beaucoup d’enfants les cantines scolaires les cantines scolaires c’est le lieu unique où ils peuvent manger de la viande car les familles n’ont pas les moyens de se la payer ». Dans les faits, c’est tout simplement faux, les familles modestes mangent plus de viande à la maison que les familles aisées, que vous le vouliez ou non.

          Et non la viande n’est pas « nécessaire » à l’être humain, là aussi que vous le vouliez ou non. Interrogez n’importe quel nutritionniste il vous le dira. Et la démonstration éclatante, au-delà des centaines de millions de végétariens dans le monde, ce sont certains sportifs de haut niveau qui la donnent : Djokovic ne mange pas de viande, et cela lui réussit pas trop mal on va dire. Ce n’est pas un cas isolé, Carl Lewis ou Martina Navratilova étaient végétariens.

          Remarque : de mon expérience, la viande servie dans les cantines est en règle générale de la viande industrielle de piètre qualité, pour des raisons de coût.

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