« En thérapie »

4.6
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Pas de « En Thérapie » ce jeudi soir sur Arte. La série culte est terminée, mais on prépare une nouvelle saison nous disent ses auteurs. « En thérapie » est une série télévisée française, créée par Éric Toledano et Olivier Nakache, et diffusée depuis le 4 février 2021 sur Arte. Il s’agit d’une libre adaptation de la série télévisée israélienne BeTipul, créée par Hagai Levi, et de son adaptation américaine, « En analyse » (In Treatment).

Voici le synopsis pour ceux qui ne l’ aurait pas vue -pour les accros, l’intégralité de la série reste visible en replay sur le site d’Arte- : « Paris, automne 2015, au lendemain des attentats du 13 novembre, le Dr Philippe Dayan, un psychiatre et psychanalyste, reçoit chaque semaine cinq patients pour différentes raisons. Le vendredi soir, il consulte lui-même sa contrôleuse. Les épisodes se succèdent par séries de 5 représentant une semaine de rendez-vous : le lundi Ariane, la chirurgienne, le mardi Adel Chibane, policier de la BRI, le mercredi Camille, adolescente sportive de haut niveau et victime d’un accident à vélo et le jeudi Léonora et Damien, un couple en crise. Le vendredi, le psychanalyste fait le point sur ses propres doutes avec sa contrôleuse Esther, amie et veuve de son ancien mentor ».

Le thème est austère : la psychanalyse -très critiquée ces dernières années-, dans son exercice concret. L’essentiel de ces 35 épisodes se  passent entre quatre murs : ceux du cabinet du docteur Dayan. Tous les acteurs sont sensationnels. Ils portent cet ensemble écrit avec subtilité qui nous change, soit dit en passant, de la médiocrité de l’ensemble de l’actuelle proposition télévisuelle. « En thérapie » cela n’est pas réjouissant, ni amusant, ni distrayant comme est censé être la télévision qui doit, pour ceux qui en détiennent les manettes, nous faire oublier les soucis quotidiens. Pourtant la réponse du public a été surprenante, « En thérapie » a obtenu un succès populaire inattendu : plus de 2 millions de téléspectateurs, soit 8% d’audience pour le premier épisode, pour se stabiliser autour de 5%, ce qui constitue un record pour les soirées de la chaîne franco-allemande de qualité mais pas toujours populaire.

Si on met à part les qualités propres à la réalisation de la série et celles des acteurs, très crédibles, notamment du formidable Frédéric Pierrot dans la peau du Docteur Dayan, il est intéressant de réfléchir aux raisons de ce succès. Nous sommes privés de sorties nocturnes depuis maintenant un an et la télé a pris une place centrale dans notre vie quotidienne. Sa « consommation » -comme celle de la radio- change : le téléspectateur utilise de plus en plus le replay ou les plateformes et beaucoup se détournent des programmes quotidiens tels qu’ils nous sont vendus traditionnellement. C’est un mode de consommation nouveau qui touche les jeunes mais qui devient un processus irréversible. Les hommes politiques l’ont bien compris : Jean Castex l’a montré récemment en s’adressant au public de la plateforme Twitch, François Hollande l’avait précédé…

Plus profondément, l’attrait du public pour « En thérapie », comment le comprendre ? Le docteur Dayan soigne les âmes, il s’attaque aux dysfonctionnements de l’intime et, pour cela, il applique les préceptes de Sigmund Freud, le « découvreur » de l’inconscient. Il le fait d’ailleurs avec plus ou moins de bonheur, car dans ce domaine il n’y a pas de superman. Dans le moment que nous vivons, le moral de beaucoup d’entre nous est plus ou moins atteint. Les cabinets de psychologie sont débordés, les internements se multiplient et le nombre de suicides est en hausse. Il y a une sorte de psychose générale qui se développe ; une névrose même. Elle est liée à l’angoisse du futur, à la limitation de nos libertés, à l’enfermement qui touche les plus faibles et plus spécialement notre jeunesse. La situation vécue par nos étudiants est insupportable. Ils ne sont pas les seuls bien sûr…

Tout cela a pour conséquences concrètes une montée de la violence dans les banlieues mais aussi des violences conjugales, moins visibles mais bien réelles et l’appauvrissement de certaines catégorie. On voit que les rapports sociaux se détériorent, que l’esprit de tolérance recule, que les extrêmes progressent sur la scène politique, que les gourous et les complotistes, obtiennent des succès inattendus et que les interpellations remplacent les débats, prenant un tour désagréable jusque sur ce forum. L’amertume, l’invective font place à la civilité…

« En Thérapie » a été tourné au moment du massacre du Bataclan et ne manque pas de faire des références explicites à ce choc qui a bouleversé la nation. Faut-il faire un rapprochement avec la proportion que prend le COVID qui nous installe dans la mort (près de 100 000 décès) ? Comme pour le terrorisme, le sentiment que la situation n’a pas d’issue et que nous nous installons dans une « guerre » permanente qui sera difficile, voire impossible, à gagner nous domine-t-il ? Quelles sont les conséquences de ce contexte sur notre santé mentale ?

Tout le monde y va de ses spéculations, évoquant le monde d’avant ou celui d’après, mais qui pense le monde du pendant qui sans doute va durer ? D’une certaine manière, « En thérapie », dans un moment différent, met en scène avec brio les dégâts causés sur un individu qui subit une situation jugée incontrôlable dans un contexte historique donné. C’est la meilleure explication du succès de cette passionnante série suivie comme une sorte de métaphore de notre lente dégradation morale et spirituelle. Car il n’y a pas que des questions sanitaires, économiques ou politiques posées par la crise que nous vivons. Il y a aussi la santé mentale d’une multitude d’individus qui composent, dans leur diversité, une société. Oui, l’homme ne vit pas que pain ! nous rappelle « En thérapie ».

Et je vais ajouter, en conclusion, pour revenir à l’actualité immédiate, ce mot de Gilbert Debray, médecin à l’hôpital Pitié-Salpêtrière : « Affirmer que le risque psycho social d’un confinement quasi complet prolongé comme nous le subissons depuis 6 mois est moindre que celui d’un confinement dur de deux mois avec une réouverture très progressive ( Espagne, Israël, Grande Bretagne) ne repose SUR RIEN ».

Pierre-Michel Vidal

 https://www.arte.tv/fr/videos/RC-020578/en-therapie/ 

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