Les dernières mesures de freinage du Covid-19 décidées par l’exécutif sont-elles justifiées partout ?

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Lors de sa déclaration au Sénat du 1er Avril 2021, le Premier Ministre a déclaré que sur 94 départements métropolitains (donc en excluant la Corse), 92 avaient vu leur taux d’incidence croître ces derniers temps. Cela justifiait, à ses yeux, d’appliquer partout les mêmes mesures de freinage de l’épidémie.

On peut se demander si cette croissance du taux d’incidence est représentative d’une dégradation de la situation sanitaire réelle dans tous ces départements ou si elle n’est qu’apparence.

Pour commencer, regardons d’abord ce qui se passe à notre porte, c’est à dire dans le département de Pyrénées-Atlantiques. Le taux d’incidence a, effectivement, beaucoup cru ces dernières semaines. Il est passé par un minimum de 42,9 malades par semaine pour 100 000 habitants la semaine finissant le 6 mars, puis est remonté jusqu’à 106,6 malades par semaine pour 100 000 habitants la semaine finissant le 31 mars (date de la décision du Président de la République). En trois semaines et demie, le taux d’incidence a plus que doublé. Cela devrait se voir sur le nombre de personnes en réanimation ou hospitalisées. Il n’en est rien, au contraire.

Dans la semaine finissant le 6 mars, il y avait, en moyenne 124 personnes hospitalisées dans le département et 12 personnes en réanimation. Pour la semaine finissant le 31 mars, elles n’étaient plus que 98,9 hospitalisées (toujours en moyenne sur la semaine) et 9,6 en réanimation. Alors que le taux d’incidence a plus que doublé, les taux d’hospitalisation et de réanimation ont diminué d’environ 20 %. Et notre département n’est pas une exception, puisque, au cours de la semaine précédant l’intervention du président de la République, 20 départements métropolitains, plus un corse, ont vu leur taux de réanimation baisser.

Peut-on trouver des explications à cette importante différence entre taux d’incidence et réelle tension hospitalière ?

La première explication peut se trouver dans la progression de la vaccination. Même si on peut trouver la campagne pas assez intense, il n’en est pas moins vrai que, au 31 mars 2021, 109 779 personnes dans notre département avaient reçu une dose de vaccin, soit 16 % de la population du département (et 38 164 avaient reçu les deux doses, soit 5,5 % de la population). Comme ont été vaccinées en premier les personnes les plus susceptibles d’avoir des formes graves de la maladie, on peut penser que c’est une première raison pour expliquer qu’avec un taux d’incidence beaucoup plus important, on ait moins de malades hospitalisés ou en réanimation.

La deuxième explication possible se trouve dans l’évolution du taux de dépistage. Dans notre département, le taux de dépistage, toujours pour 100 000 habitants, est passé de 2 387,4 en semaine 9 (1er au 7 mars), à 2 619,8 en semaine 10, puis 2 729,8 en semaine 11, pour finir à 3 177,5 en semaine 12 (22 au 28 mars 2021).

Plus on cherche de malades du Covid, plus on en trouve, même à situation sanitaire constante, surtout dans cette maladie où beaucoup de cas sont asymptomatiques. Il est tout à fait probable que l’augmentation du taux de dépistage ne peut expliquer, à elle seule, l’augmentation du taux d’incidence, mais il est aussi probable qu’elle y contribue assez fortement.

La combinaison de ces deux explications peut expliquer, me semble-t-il, qu’un taux d’incidence beaucoup plus fort ne s’accompagne pas, même dans un délai d’une quinzaine de jours, d’une augmentation du taux de réanimation. Or, ce qui pose un réel problème, ce sont les cas graves de Covid, ce ne sont pas les cas bénins.

Puisque le taux d’incidence n’est plus, si tant est qu’il l’ait jamais été, l’alpha et l’oméga de la mesure de l’intensité de l’épidémie, puisque le problème est de mesurer la tension hospitalière pour qu’elle ne soit pas trop forte, le meilleur moyen est de mesurer ce que l’on cherche, le nombre de personnes en réanimation pour 100 000 habitants dans une zone quelconque.

Encore faut-il définir ce qu’est une tension hospitalière acceptable. Bien sûr, on peut dire qu’il est souhaitable d’avoir aucun malade du Covid en réanimation. Mais si cela doit se traduire par un blocage total du pays, pendant de nombreuses semaines, comme cela a été fait avec succès par le gouvernement chinois pour les zones touchées, le remède peut être perçu comme pire que le mal.

Entre la deuxième et la troisième vague, il y avait 2 871 personnes en réanimation le 15 décembre 2020 (taux équivalent : 4,2 personnes en réanimation pour 100 000 habitants), jour où le deuxième confinement a pris fin et le minimum de personnes en réanimation avait été atteint le 7 janvier 2021, avec 2 573 personnes en réanimation (taux équivalent : 3,8 personnes en réanimation pour 100 000 habitants), et personne ne parlait alors de tension hospitalière. On peut donc estimer qu’avoir pour objectif environ 2 000 personnes en réanimation est tout à fait raisonnable. Cela correspond à avoir 3 personnes en réanimation par tranche de 100 000 habitants. 22 départements (soit environ 11 millions d’habitants) étaient en dessous de ce seuil au 31 mars, date de la décision du Président de la République.

Pendant plusieurs semaines, les membres du gouvernement nous ont expliqué les gros inconvénients qu’il y a à fermer les écoles. Ce devait être la mesure ultime. Et voilà qu’en une journée, on décide de l’appliquer même dans des zones où la tension hospitalière est inexistante. De même, fermer les commerces non essentiels dans ces mêmes zones risque de fragiliser ces entreprises qui ont déjà beaucoup souffert lors des confinements précédents. Il nous semblerait donc bon de ne pas appliquer les mesures imposées par le gouvernement dans les zones géographiques où le taux de personnes en réanimation pour 100 000 habitants est inférieur à 3.

On pourrait aussi envisager de ne pas appliquer ces mesures dans les zones où le taux de personnes en réanimation est inférieur au minimum atteint entre les deuxième et troisième vague, voire à celles où ce taux est inférieur à celui atteint à la levée du deuxième confinement.

Yves-Luc Boullis

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5 commentaires

  • «zones géographiques où le taux de personnes ……est inférieur»
    «dans les zones où le taux de personnes en réanimation est inférieur au minimum»

    Pour combien de temps car cela change? Huit ou quinze jours oui, huit ou quinze jours non?

    Je ne pense pas que cela soit une bonne solution car c’est une pandémie donc une épidémie mondiale; la solution serait d’appliquer les mêmes mesures et la même intensité de vaccination partout dans le monde. Ce n’est pas possible.
    Alors, chaque pays a décidé, et c’est son droit, de faire comme il veut; le virus aussi!

    Le fait de prendre des mesures différentes suivant les régions, en partant des prétextes énoncés, imposerait des contraintes strictes de déplacement de toutes les personnes d’une région à l’autre, ce qui est impossible du fait des nombreux cas particuliers, des échanges commerciaux indispensables: ravitaillement dans tous les domaines: alimentation, commerces, bâtiments..), livraison de vaccins…, des déplacement des politiques, des étudiants, la police, gendarmerie, armée…., des trains, avions…; l’imperméabilité est impossible. Les lycéens des villages des Landes proche des P.A vont au lycée à Orthez…..
    D’ailleurs, la sectorisation départementale déjà réalisée a montré ses points faibles puisque cela n’a pas endigué les hausses dans les autres départements, le nôtre par exemple, d’où la décision.
    La lutte contre la pandémie ne sera sous contrôle qu’avec un haut taux de vaccination dans tout le pays et pas seulement dans les régions«peu atteintes»! et un suivi permanent des nouveaux variants.
    Bien des demandeurs de lever des mesures ne veulent pas se faire vacciner; un problème vraiment!

    • Pour aller dans le droit fil de ce que vous venez d’écrire M. Vallet, cet extrait d’une interview du Préfet des Pyrénées-Atlantiques, Eric Spitz. (La République mercredi 7 avril 2021). A la question : Alors pourquoi ne pas assouplir les règles dans le 64 ? La réponse : « On imagine mal que les Pyrénées-Atlantiques ou la Creuse seraient les seuls où les restrictions ne seraient pas appliquées. Sinon tout le reste des Français seraient venus chez nous se confiner. On a quand même triplé le taux d’incidence en cinq semaines. Il faut continuer à être vigilant. Je rappelle que chez nous, le variant historique est quasiment mort et, à plus de 80% des cas, c’est le variant anglais qui est à 41% des cas plus contagieux et agressif ».

  • Au moment où au niveau national l’occupation des lits de réanimation est à 115% de la capacité nominale rien qu’avec des malades du covid, ce n’est plus le moment de mégoter avec des « Oui mais nous dans notre petit coin de paradis on est tranquille ».

    Les services de réa ne sont pas saturés à Pau ? Tant mieux, ça permet de faire jouer la solidarité nationale en accueillant des malades transférés depuis d’autres régions si nécessaire. Et pour que ça reste possible et que ça ne risque pas de saturerpartout il vaut mieux appliquer les mêmes mesures partout.

  • Pierre-Michel Vidal

    La gestion macronienne du Covid est un naufrage. Pouvait-on faire autrement? Oui! L’Asie du Sud-est, l’Australie, la Nouvelle Zélande, Israël, le Royaume Uni et maintenant le Portugal sont revenus à une vie plus ou moins normale. De plus cette gestion est brutale et inhumaine pour les plus faibles -ceux qui ne peuvent pas se payer des repas à 400 euros ou qui ne possèdent pas de résidences secondaires.
    Nos voisins espagnols pour des résultats équivalents aux nôtres ont, dans de nombreuses régions, laissé ouverts, à certaines heures, les lieux de socialisation comme les bars, les restaurants, les magasins, etc. Ils ont territorialisé la gestion de la maladie. Il aurait été normal que les mesures du dernier confinement soient pondérées selon les départements. Nous aurions alors échappés, en Béarn, à ces nouvelles interdictions.
    Le plus grave c’est l’incapacité à accélérer la campagne de vaccination. Selon le site https://covidtracker.fr/vaccintracker/ « Au rythme actuel (moyenne des 7 derniers jours), l’objectif de vacciner l’ensemble de la population adulte serait atteint le 13 avril 2022 ».
    Que de mensonges et de promesses non tenues!

    • Je sais que critiquer la campagne de vaccination est votre marotte, mais vaccintracker indique justement que la France est actuellement au-dessus de la moyenne européenne et au-dessus de ses voisins allemands, italiens, espagnols… Et très au-dessus de la moyenne mondiale.

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