La société et ses jeunes.

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«Psychiatrie, une jeunesse en détresse».

est un texte récent paru dans Sud Ouest ; il soulève le problème des difficultés pour vivre que rencontrent de plus en plus de jeunes, depuis l’apparition des contraintes liées au virus.

«Les services d’urgence psychiatriques assistent à une explosion inédite de prise en charge d’adolescents ; ce phénomène est général, national, européen ; L’âge des jeunes touchés se situe entre 8 et 21 ans, préado et adolescents ; il touche aussi des filles, particulièrement entre 11 et 15 ans : pensées suicidaires, passage à l’acte, scarifications, troubles de l’alimentation…»

Ce qui est grave, en ce qui concerne cette jeunesse, c’est qu’elle a perdu ce comportement normal d’opposition, de colère envers les autres : système qui interdirait toute évolution créatrice et libératrice (mai 1968), parents…; il est transformé en un défoulement destructeur sur son propre corps.

La réaction gouvernementale, comme dans la plupart des problèmes urgents qui apparaissent, consiste en une succession de comportements qui consiste à laisser du temps au temps !

Certains disent que c’est pour retarder le plus possible les dépenses prévisibles !

*Lancement d’une consultation fin juin, début juillet, en vue des «Assises de la psychiatrie et de la santé mentale». Trois grands axes : prévention, offres de soins, publics vulnérables.

Heureusement, il n’est pas question de désigner une convention citoyenne formée de personnes tirées au sort pour se pencher sur les urgences psychiatriques des jeunes et de formuler des propositions pour résoudre le problème !

*Un bilan sera établi, sera-t-il pris en compte ? En fait, le Ministère des solidarités et de la santé a déjà tout prévu, théoriquement: «La prévention en santé mentale.»

«C’est pour répondre à ces enjeux que le ministère des solidarités et de la santé a mis en œuvre une série d’actions au travers de la Feuille de route santé mentale et psychiatrie. Cette stratégie s’articule en trois grands axes :

+ Promouvoir le bien-être mental, prévenir et repérer précocement la souffrance psychique et prévenir le suicide.

+Garantir des parcours de soins coordonnés et soutenus par une offre en psychiatrie accessible, diversifiée et de qualité.

+ Améliorer les conditions de vie et d’inclusion sociale et la citoyenneté des personnes en situation de handicap psychique».

1°) Très bonne stratégie en effet ; mais avec quels moyens nouveaux la mise en œuvre est-elle possible car les objectifs sont très ambitieux ? Il faut :

*Du personnel formé et suffisant pour promouvoir le bien-être, prévenir et repérer…

*Des moyens financiers pour garantir un parcours de soins à tous, de qualité et diversifié.

*Un Plan global et appliqué, pour améliorer les conditions de vie.

Quand on connaît l’état de l’ensemble de la psychiatrie en France, on doute de la réalisation sur le terrain de ces grandes envolées salutaires !

«Un rapport parlementaire livre un diagnostic alarmant sur la situation de la psychiatrie en France : la prise en charge des patients est décrite comme «catastrophique. » Le Monde.

2°)Comme toujours, quand le problème devient en effet «catastrophique» et éclate dans les médias, on se contente, par des paroles et des directives administratives, de traiter les conséquences, forcément plus ou moins bien, car il ne faut pas trop dépenser et aller vite pour donner l’impression d’être vraiment déterminé.

L’Etat prévoit toujours de verser des sommes importantes sur X années dans X années !

Toutefois, à aucun moment il n’est question de se pencher sur l’origine de cette situation, c’est-à-dire de rechercher les causes pour les traiter et anticiper les dégats.

C’est cela la prévention.

Souvent, comme le temps passe, que d’autres exigences jugées plus urgentes, conflits et annonces, se produisent, on fait passer le dossier en dessous de la pile !

Le docteur Florence Breton, directrice du Pôle aquitain de l’adolescent, pédopsychiatre, apporte des explications sur ces causes. Elle fournit une image qui a le mérite d’être claire, compréhensible et concluante sur les vraies mesures à prendre.

Une toile d’araignée.

Au milieu, l’ado est l’araignée, une période de vie très fragile qui a besoin d’étayage.

L’araignée tient en équilibre parce qu’ il y a tous ces fils qui la relient au monde, qui la renseignent en permanence par les interrelations, interactions et rétroactions qui se produisent sur la toile. Cet équilibre est évolutif, instable, sans arrêt créatif.

L’ensemble araignée milieu environnant est complexe.

L’un des fils est le milieu scolaire, le milieu éducatif (sport, associations…), l’autre le groupe amical, les copains, la famille, père, mère, frères et sœurs…, les loisirs, la confiance dans le fait que les études sont l’assurance d’un avenir professionnel….

La pandémie, par son intensité et sa durée a été déterminante, c’est certain ; cependant elle n’a fait qu’aggraver une situation latente dans l’ensemble de la société ; les jeunes, plus fragiles, ont été les plus sensibles. Elle est donc la cause déclenchante qui a provoqué un déséquilibre irréversible au résultat imprévisible.

En fait, les causes qui interfèrent sont nombreuses et réparties dans le temps ; de nombreux «fils» ont été coupés, peu à peu, depuis longtemps, insidieusement, avant l’apparition de la pandémie ; elles ont contribuée à un affaiblissement psychique.

Tout cela a créé progressivement des déséquilibres fondamentaux.

Les «jeunes» subissaient déjà l’isolement, les agressions et l’incertitude du fait de :

*L’éclatement familial «professionnel»par la dispersion des emplois obtenus dans la famille.

*L’éclatement familial subi, pour diverses raisons, du fait des nombreuses séparations des couples. Entre 2009 et 2012, en moyenne, 253.000 couples se sont séparés chaque année. Plus d’un tiers des mariages se termineraient en divorce, quasiment un sur deux dans les grandes métropoles. Problème du placement des enfants, de la pension alimentaire, de la réussite scolaire fortement perturbée…

*Pour les plus grands, le désarroi personnel en constatant que le sacrifice réalisé en faisant des études ne conduit pas à l’emploi, ou à celui souhaité ayant un sens, pendant la durée souhaitée.

*L’angoisse du chômage soit des parents soit pour eux-mêmes.

*Les difficultés de logement pour les étudiants, l’insuffisance de moyens financiers, l’obligation des petits boulots qui perturbent les études.

* Une santé soumise à rude épreuve avec la pollution, la malbouffe obligée sur le lieu de travail ou d’étude, du fait d’un pouvoir d’achat trop limité, d’un manque de temps (journée continue), de la nécessité de faire de plus en plus vite, de supporter le management au travail…, du stress.

*La nécessité d’être sans arrêt dans la lutte concurrentielle, le premier pour avoir la place,

l’obligation parfois de ne plus avoir d’amis mais des adversaires !

*Le harcèlement parfois, la pression des stupéfiants…

Puis la Covid a coupé les autres fils en amplifiant les ruptures avec l’environnement relationnel, en créant des contraintes d’isolement devenant insupportables, des catastrophes financières (les deux repas à un euro ? C’est plus profond que cela !), une prise de conscience d’une incertitude sur l’avenir du fait d’un virus imprévisible dans son évolution et des conséquences du réchauffement climatique, les deux potentiellement destructeurs de civilisation.

Avec une température de plus de 4 degrés supérieure à la moyenne, 2020 a été l’année la plus chaude enregistrée en Europe, selon le rapport annuel de Copernicus. Un bilan très loin des objectifs de l’accord de Paris de 2015.

Pour beaucoup d’entre eux, les fils sont aussi coupés avec la politique ; elle n’a plus aucun intérêt car elle ne représente qu’un théâtre où les acteurs cherchent des applaudissements pour leurs paroles et non pour leurs actes. Ce sont des marionnettes professionnelles dont l’action, parfois sincère, est complètement annihilée par une main invisible qui les oblige à l’obéissance. Autre désillusion !

Elle ne sert plus, à la rigueur, qu’à s’amuser à s’écharper sur les réseaux sociaux !

Ces jeunes deviennent l’image représentative d’une société désemparée qui se sent incapable de trouver sa voie.

Les araignées sont l’avenir de la France, il faut qu’elles puissent reconstruire une toile durable ; pour cela, une autre voie(*) de progrès universel est à réaliser !

Signé : Georges Vallet

crédits photos:Le singulier et fascinant système respiratoire des araignées

*Par exemple : La voie d’Edgar Morin

 ou

Changeons de voie: Les leçons du coronavirus (Français) Broché – 17 juin 2020

d’ Edgar Morin (Auteur), Denoël.

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5 commentaires

  • Pierre-Michel Vidal

    https://www.youtube.com/watch?v=GN5B27zT29Y

    DANSER ENCORE (Gare de l’Est)
    Paroles de la chanson Danser encore par HK

    Nous on veut continuer à danser encore
    Voir nos pensées enlacer nos corps
    Passer nos vies sur une grille d’accords
    Oh, non non non non non
    Nous on veut continuer à danser encore
    Voir nos pensées enlacer nos corps
    Passer nos vies sur une grille d’accords

    Nous sommes des oiseaux de passage
    Jamais dociles ni vraiment sages
    Nous ne faisons pas allégeance
    À l’aube en toutes circonstances
    Nous venons briser le silence

    Et quand le soir à la télé
    Monsieur le bon roi a parlé

    Venu annoncer la sentence
    Nous faisons preuve d’irrévérence
    Mais toujours avec élégance

    Nous on veut continuer à danser encore
    Voir nos pensées enlacer nos corps
    Passer nos vies sur une grille d’accords
    Oh, non non non non non
    Nous on veut continuer à danser encore
    Voir nos pensées enlacer nos corps
    Passer nos vies sur une grille d’accords

    Auto-métro-boulot-conso
    Auto attestation qu’on signe
    Absurdité sur ordonnance
    Et malheur à celui qui pense
    Et malheur à celui qui danse

    Chaque mesure autoritaire
    Chaque relent sécuritaire
    Voit s’envoler notre confiance
    Ils font preuve de tant d’insistance
    Pour confiner notre conscience

    Nous on veut continuer à danser encore
    Voir nos pensées enlacer nos corps
    Passer nos vies sur une grille d’accords
    Oh, non non non non non
    Nous on veut continuer à danser encore
    Voir nos pensées enlacer nos corps
    Passer nos vies sur une grille d’accords

    Ne soyons pas impressionnables
    Par tous ces gens déraisonnables
    Vendeurs de peur en abondance
    Angoissants, jusqu’à l’indécence

    Sachons les tenir à distance

    Pour notre santé mentale
    Sociale et environnementale
    Nos sourires, notre intelligence
    Ne soyons pas sans résistance
    Les instruments de leur démence

    Nous on veut continuer à danser encore
    Voir nos pensées enlacer nos corps
    Passer nos vies sur une grille d’accords
    Oh, non non non non non
    Nous on veut continuer à danser encore
    Voir nos pensées enlacer nos corps
    Passer nos vies sur une grille d’accords

    • « Nous on veut continuer à danser encore »

      Tous les personnels des hôpitaux, ceux des services de réanimation voudraient aussi pouvoir danser! C’est parce qu’il y a ceux qui veulent enlacer leurs corps que ces personnels de réanimations sont épuisés et sacrifient leur santé pour soigner ces irresponsables.

      Vous parliez de misanthropie mais ce comportement « déraisonnable » est la preuve d’un individualisme coupable qui se moque complètement des autres.

      Si c’est de la provocation, ce n’est pas très heureux, si ce n’est pas le cas, je préfère en rester là!!!

  • « est-ce une raison pour les mépriser ? »
    Où avez-vous lu que je les méprisais? C’est la société que vous défendez qui a généré la pandémie et les a amenés dans cet état de dépression; là oui, c’est du mépris!

    « assez de courage pour accepter les sacrifices nécessaires à ses anciens. »
    Quels sacrifices ont-ils consentis aux anciens? Expliquez-moi car je ne comprends pas Comte de Sponville. Le fait de vacciner les vieux avant les jeunes est-ce un sacrifice? Actuellement on ne les vaccine pas plus! Sacrifie-t-on les jeunes aux moins de 55ans maintenant ? L’hospitalisation était encombrée de « vieux » surtout ,car peu de jeunes étaient atteints et quand la compétition devenait incontournable, le choix ne se portait pas sur le plus vieux!

    « Faisons confiance aux générations qui nous suivent, elles seront faire un monde meilleur. »
    C’est justement l’objet de ma conclusion!!!!

    Bien des jeunes ont fait confiance à l’amour des vieux pour les aider dans leur vie étudiante de chômeurs ou de demandeur d’emplois qui ne viennent pas, en les aidant financièrement ou en les logeant avec la copine et parfois la descendance.

    Ne vivons pas la situation comme un conflit de générations mais au contraire comme une symbiose entre les générations, chacune permettant la vie de l’autre.

    Et si vous insistez, je peux sortir de mes gonds en évoquant la situation actuelle devenue à peu près générale.
    L’idée d’abandonner ceux qui vous ont donné la vie pour les faire entrer dans un établissement déshumanisé et dépersonnalisé où ils sont morts en nombre, est-ce une « preuve d’amour » et de sacrifice des jeunes pour les vieux ou l’inverse?

    • Pierre-Michel Vidal

      Célébrons la vieillesse! Vous avez raison sur bien des points M. Vallet. Je vous le dis en toute humilité. Il ne faut pas alimenter le conflit de générations et reconnaître la nécessité de profiter de l’expérience des anciens, comme cela se passe dans d’autres civilisations. Un des problèmes que cette pandémie a révélé c’est le traitement inique réservé à nos anciens. Il est lié à l’augmentation de la durée de la vie et aux difficultés du quotidien. Ceci dit, il me semble que l’on doit avoir confiance aux générations montantes. Elles ont leur manière d’appréhender les problèmes qui nous échappe. Qu’ils veulent danser cela me semble légitime. Ceci dit avec respect et considération et la conviction que le débat nous fait tous avancer.

  • Pierre-Michel Vidal

    Comment voulez-vous que les jeunes aient le moral dans le monde que vous décrivez et que vous leur promettez ? Nous avions d’autres idéaux que les leurs c’est vrai ; est-ce une raison pour les mépriser ? Il me semble au contraire que la jeunesse a été solidaire des générations précédentes dans cette pandémie. Elle était moins fragile mais elle a eu assez de courage pour accepter les sacrifices nécessaires à ses anciens. C’est une preuve d’amour qu’il faut mettre à son crédit. Bien sur, on m’opposera des exceptions mais elles ne font pas la règle générale. Faisons confiance aux générations qui nous suivent, elles seront faire un monde meilleur. Il faut comprendre leurs souffrances.

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