«La fascination pour la machine ne date pas d’hier…»

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Y. C. Zarka est Professeur à l’Université de Paris, titulaire de la chaire de philosophie politique, Global Professor à Peking University, visiting professor à l’Université Ca’ Foscari de Venise et à l’Université «La Sapienza» de Rome. Il donne également des enseignements à New York University, à l’université de Barcelone ou encore à l’Université de Porto Alegre (Brésil), etc.

Son autorité et sa compétence sont reconnues au niveau mondial, sauf, peut-être, dans les milieux politiques, ces grands manipulateurs de l’encensoir, lors de la messe sur l’autel de l’économie et du P.I.B., l’autel étant bien sûr réservé à l’usage des sacrifices

«des petits, des obscurs, des sans-grades,

ceux qui par tous les temps n’avons cessé d’aller,
Suant sans avoir peur, grelottant sans trembler,
Ne nous soutenant plus qu’à force de trompette,..»

«La fascination pour la machine ne date pas d’hier, aussi bien touchant ses performances directes que ses projections sur la nature et sur l’humain. Loin d’être cantonnée à sa dimension instrumentale, la machine est devenue le lieu privilégié d’expérience et de représentation de la puissance humaine, portée aujourd’hui jusqu’à devenir une puissance de créer non seulement des objets et des êtres, mais l’être même de son auteur. La technique a été progressivement entraînée dans une représentation du monde qui ne l’a pas maintenue dans le statut d’un art d’accomplir la nature, de la réparer ou de se substituer à elle, mais en a fait une puissance prométhéenne, d’un Prométhée qui n’est plus enchaîné, comme le veut la mythologie, sur le mont Caucase, mais déchaîné, sans inquiétude morale, sans sanction pour sa démesure, libre de faire ou de défaire, de créer ou d’annihiler à sa guise, y compris lui-même, comme si ses productions étaient plus accomplies, plus parfaites que lui.»

Toujours, d’après lui, on comprend qu’il ne s’agit plus de découvrir les secrets de la nature ou de la nature humaine mais de refaire ce que la nature a mal fait, non seulement les plantes (les OGM par exemple), les animaux (sélection artificielle), mais aussi les hommes (le post-humain).

«à travers l’œuvre machinique s’est joué tout autre chose que la mise en place de dispositifs de plus en plus perfectionnés visant à faciliter la vie : une volonté de puissance qui s’est révélée sans limites et entend désormais prendre la place du Dieu, mort et enterré depuis longtemps, qui a entraîné dans sa chute sa créature imparfaite et précaire. Le nouveau créateur, bien plus puissant que l’ancien, n’aura plus besoin d’une théodicée».

L’alibi d’une amélioration de la condition humaine vise à donner une acceptabilité à la mutation qui se prépare,

une conviction même que seule la technologie peut sauver le monde !

«Les post-humanistes ont-ils tort lorsqu’ils disent que les biotechnologies, les nanotechnologies, la science de l’information, l’intelligence artificielle, les sciences cognitives mêmes, ont montré leur capacité à intervenir et à modifier tous les domaines que l’on considérait antérieurement comme inaccessibles ou relevant de la seule nature ? Il en va ainsi pour la fécondation, la gestation, la reproduction, les prothèses, la transplantation, et au-delà la mise au point de robots susceptibles un jour, et sans doute déjà, d’excéder largement les fonctions humaines : force, calcul, pensée, mémoire, décision, action ?»

Toutefois et c’est déjà en cours,

«Les interdits moraux et les contrôles juridiques actuels sauteront comme beaucoup d’autres demain sous la pression non sociale mais sociétale. Certes, la demande sociétale n’est qu’à courte vue, mais elle pousse dans le sens de la substituabilité machinique.»

La vision machinique du monde et de l’homme a connu bien des débats dont nous évoquerons seulement des noms: l’animal machine de Descartes, L’Homme-Machine de La Mettrie….; c’est un même courant qui la porte : identifié un moment à la nature, le machinique devrait bien à terme pouvoir la remplacer.

«L’artifice machinal (art humain) a commencé par imiter la nature (art divin), puis s’y est identifié (animaux machines, homme-machine), pour enfin s’y substituer (la machine post-humaine): machine mécanique (l’automate), machine organique, machine cybernétique. Cet itinéraire fait intervenir des registres qui s’alimentent l’un l’autre : la technique, le savoir et le pouvoir, mais aussi le fantasme.»

Y a-t-il une issue à cette dérive ?

Bas les masques,

il faut sortir de la logique de l’appropriation des choses et des êtres qui anime, de l’intérieur, la vision machinique du monde, il est temps d’ouvrir la pensée d’appartenance.

«L’inappropriabilité de la Terre : Principe d’une refondation philosophique» Zarka, Yves Charles.

Pour lui, la Terre est dans un état critique. Surexploitée, spoliée, sa finitude est niée par l’appropriation productiviste qui domine notre temps et qui accroît les inégalités au sein des sociétés et entre les parties du monde. La Terre n’est pas simplement le globe terrestre, elle est aussi et fondamentalement le monde habitable. En la détruisant continuellement, l’homme s’autodétruit. Il devient urgent de nous reprendre si l’humanité souhaite rester libre de son destin et transmettre un monde habitable aux générations futures.

La refondation repose sur trois piliers (cosmopolitique, politique et éthique) et vient revisiter la manière dont nous vivons et agissons, individuellement et collectivement. Elle doit, au final, permettre de surmonter le nihilisme contemporain, la violence, l’individualisme, le désastre sanitaire, alimentaire, agricole…. et restaurer l’espoir en un avenir qui ne soit pas hanté par le spectre de la catastrophe.

«Ce sont ces deux principes de l’inappropriabilité de la Terre et de la responsabilité pour l’humanité qui doivent permettre de donner un contenu à une Déclaration universelle des droits et des devoirs de l’humanité. C’est sur leurs bases que l’on pourra formuler les règles et les normes à partir desquelles un changement fondamental de perspective politique pourra être clairement défini, pour sortir de la dérive catastrophique dans laquelle nous sommes actuellement engagés.

Signé Georges Vallet

crédits photos:Bouzou’s Weblog – WordPress.com

Yves Charles Zarka — Wikipédia

https://fr.wikipedia.org › wiki › Yves_Charles_Zarka

Le monde émergent, Volume 2, Pour un monde habitable : la Terre-sol Yves Charles Zarka

De l’homme-machine à la machine post-humaine : La vision …

https://www.cairn.info › revue-cites-2013-3-page-3

Éditorial | Cairn.info

https://www.cairn.info › revue-cites-2015-3-page-3

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