Après la guerre sanitaire, la guerre sociale

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La réforme des retraites, c’est-à-dire l’allongement de la durée du travail, voilà le débat qui nous attend après l’amélioration de la situation sanitaire. Une amélioration dont il faut se réjouir mais qui aura coûté très cher en comparaison avec d’autres pays européens, car elle aura été conduite après une série d’erreurs et de changements de caps. Il sera temps de revenir sur la conduite maladroite de ce drame sur des points essentiels comme les masques, les tests, les vaccins. Les mensonges, la confiance naïve en la structure européenne et surtout la dureté des mesures imposées aux français devront être analysés a posteriori. Une chose est certaine : le Président pourra dire « j’ai gouverné d’une main de fer » ; mais avec quelles conséquences ? C’est la vraie question. Le consensus nécessaire dans ces situations exceptionnelles a-t-il été atteint ?

Avec un résultat proche du notre, les Espagnols auront moins soufferts des mesures brutales que celles que nous avons subies. La vie sociale, même si elle a connu de brèves et limitées réductions, aura continué malgré tout. La population dans son ensemble, se sera conformée facilement aux injonctions gouvernementales. Les aides auront-été moins importantes, c’est vrai, mais traditionnellement les solidarités familiales ou amicales (par l’intermédiaire des Hermandads) sont capables de se substituer à un soutien anonyme de l’Etat  – plus confortable pour certains. Ainsi cette période pénible aura été mieux supportée de l’autre côté des Pyrénées.

La popularité du Président, les sondages le montrent, reste stable mais il n’y a pas de quoi sauter au plafond car le bilan de cette « guerre » qui –une fois de plus n’est pas terminée- n’est guère brillant. Combien la méthode forte, brutale parfois, aura-t-elle causée de dépressions ? De drames psychiatriques ? D’opérations déprogrammées…? On nous dit que le président a pris sur ses épaules cette charge terrible menant une  « guerre » personnelle qu’il nous a imposée à partir des courbes et des notes spéculatives et contradictoires des sachants qu’il a su interpréter. En réalité, enfermé dans le secret luxueux de son palais, il lui a manqué la compassion : une simple idée des souffrances réelles des Français bloqués, pour la plupart, dans des conditions précaires durant de longues semaines.

Et voici qu’après la guerre sanitaire, revient sur scène la guerre sociale. Voici qu’avec la réforme des retraites reviennent, dans la foulée du Covid, les débats stériles, les manifestations désespérées, la répression violente (comme au temps des Gilets Jaunes), la lente destruction du syndicalisme –indispensable pourtant à un pays moderne- et la radicalisation du paysage politique. Dans quel but ? Pour quels avantages ? Et pour répondre à quelles nécessités ?

Tout le monde voit bien que la  modernisation des sciences et des techniques a réduit le stock de travail. La machine, et singulièrement le numérique, a formidablement remplacé la force individuelle et l’intelligence humaine. C’est une constante de l’histoire que cet ajustement, par le bas, du progrès technique et du volume de travail demandé à chacun. C’est le bon sens -un tropisme historique- et la bonne foi. Que voulons-nous ?  Un surcroit de chômage ? Une difficulté plus grande pour nos enfants à s’insérer dans la vie professionnelle ? Une inactivité programmée, installée à grande échelle conduisant fatalement à une oisiveté violente et au bout du compte à un coût social élevé ?

L’augmentation du temps de travail conduira nécessairement à une destruction massive d’emplois. Les hommes politiques qui s’en font les apôtres, touchés par la limite d’âge eux-mêmes, devraient avoir conscience qu’au-delà d’une certaine limite on est mal placé pour prétendre gérer la jeunesse et envisager l’avenir. Il faut savoir se retirer avec les honneurs. Que sera un pays où les « anciens» occuperont le sommet de la pyramide et ainsi coûteront le plus cher aux entreprises tout en étant hors du coup ? Sont-ils les mieux placer pour appréhender les progrès qui ne cessent de s’accélérer. Il nous faut au contraire une « Task force » jeune, formée, autonome.

Il y a chez les partisans de cette réforme des retraites un point de vue un tabou purement idéologique, générationnel, un prétendu marqueur entre droite et gauche qui n’a pas de sens véritable si ce n’est politicien, ce qui au fond n’intéresse personne.

Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie !
N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?
Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers
Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers ?

Don Diègue, « Le Cid », Jean Racine

Pierre Michel Vidal

Image: La grève au Creusot (Musée de Pau)

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2 commentaires

  • J’ai du mal avec le monologue de Don Diègue. Je ne vois pas trop à quoi le rattacher.
    Aux jeunes et « en même temps », aux vieux. Périlleux.
    Aussi, les « stances à marquise » auraient pu tout aussi bien convenir, y compris la version adaptée par Tristan Bernard, mise en musique et interprétée par Georges Brassens.

    • A la Marquise
      Pierre Corneille

      Marquise, si mon visage
      A quelques traits un peu vieux,
      Souvenez-vous qu’à mon âge
      Vous ne vaudrez guère mieux.

      Le temps aux plus belles choses
      Se plaît à faire un affront,
      Et saura faner vos roses
      Comme il a ridé mon front.

      Le même cours des planètes
      Règle nos jours et nos nuits
      On m’a vu ce que vous êtes;
      Vous serez ce que je suis.

      Cependant j’ai quelques charmes
      Qui sont assez éclatants
      Pour n’avoir pas trop d’alarmes
      De ces ravages du temps.

      Vous en avez qu’on adore;
      Mais ceux que vous méprisez
      Pourraient bien durer encore
      Quand ceux-là seront usés.

      Ils pourront sauver la gloire
      Des yeux qui me semblent doux,
      Et dans mille ans faire croire
      Ce qu’il me plaira de vous.

      Chez cette race nouvelle,
      Où j’aurai quelque crédit,
      Vous ne passerez pour belle
      Qu’autant que je l’aurai dit.

      Pensez-y, belle marquise.
      Quoiqu’un grison fasse effroi,
      Il vaut bien qu’on le courtise
      Quand il est fait comme moi.

      Pierre Corneille

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