Pablo Picasso et Françoise Gilot, la femme qui dit non

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Je recommande à tous de regarder sur Arte en replay « Pablo Picasso et Françoise Gilot. La femme qui dit non »,  https://www.arte.tv/fr/videos/095167-000-A/pablo-picasso-et-francoise-gilot/. Il s’agit d’un documentaire de 52 minutes réellement éblouissant dont l’auteur est la grande écrivaine, excellente aficionada, Annie Mailis et qui a été réalisé par Sylvie Blum. Il s’agit d’un éclairage nouveau sur la vie d’un des peintres les plus géniaux de l’histoire et qui a fait du toro son totem. Il s’agit surtout de la résistance acharnée d’une jeune femme qui ne cède pas aux pièges mortels du minotaure qu’elle a élu dans un premier temps et dont elle se détourne lentement avant qu’il ne tente de la broyer, elle et ses deux enfants.

Aucun homme n’est fait d’une seule pièce et le génie masque souvent l’égoïsme, la volonté de puissance, la mesquinerie. Pour Picasso la rencontre avec Françoise fut une sorte de bain de jouvence. Il y avait entre eux quarante ans de différence et le malagueño sut jouir de cette opportunité magique. Il lui fit deux enfants. Il s’installa en Provence, à Vallauris, et son œuvre célébra la beauté de la vie, le soleil, les mythes antiques et la Méditerrané. Sa cour, composite, faite d’amis véritables mais aussi de courtisans superficiels, le suivit dans ce beau village provençal où il s’adonna à la céramique avec le talent que l’on sait. Là naquit, sous le parrainage d’Aragon, la fameuse colombe de la paix.

Mais Françoise Gilot avait, elle aussi, son œuvre à défendre. Un travail magnifique, lumineux, encore trop méconnu en France. Elle ne voulait pas rester à la maison, se contenter de faire la cuisine et le ménage. Elle ne pouvait se satisfaire d’élever deux enfants superbes, Claude et Paloma, et de remonter le moral de Pablo, un tantinet dépressif. Elle voulait exister comme jeune femme et surtout comme créatrice et l’ombre du génie étouffait ce désir naturel. Elle le quittera bientôt.

En attendant, et ce que montre avec beaucoup de vérité, le film d’Annie Maillis, la corrida prend dans la vie commune de ces deux artistes une importance que l’on ne soupçonnait pas. Ce n’est pas seulement un élément parmi d’autres de leur univers ; c’est le sel, le suc de leur vie que le toros, particulièrement pour Pablo. Le film montre avec beaucoup de sensibilité la beauté d’un spectacle auquel personne -de bonne foi- ne peut être indifférent et le peintre, moins que tout autre.

Le jeune matador El Rafi –filmé avec habileté- est, avec le toro montré dans sa puissance, le fil conducteur de ce long passage où le bonheur préside à la vie du couple. Françoise Gilot raconte avec émotion ces repas d’avant courses chez Castel, amphitryon arlésien fantasque et brillant. Le couple est entouré d’amis aficionados, souvent de matadors avec lesquels Pablo entretient des rapports quasi paternels, et la journée se termine par de longues promenades silencieuses sur les bords du Rhône qui succèdent à l’émoi du combat. Comme Goya avant lui, Pablo trouve dans cette rencontre entre l’homme et l’animal, dans cette proximité de la mort et de la souffrance, dans ces triomphes étincelants, une source d’inspiration unique. Ainsi, il fit du toro son animal « totémique » et on ne peut comprendre son œuvre sans le reconnaître.

Mais vint l’heure de la rupture fatale. Courageusement Françoise Gilot quitte, avec ses deux enfants, le paradis de Vallauris pour la brume humide de Paris. Elle veut vire sa vie… Resté au soleil, le maître ne pouvait accepter qu’on lui résiste. Blessé dans son orgueil, la rancœur de Picasso grandit encore quand il apprend que Françoise a choisi de vivre avec un autre peintre et, suprême insulte, qu’elle a de lui un enfant. Alors les amis du peintre, et d’abord ceux qui appartenaient au « parti des fusillés », les communistes qui en avaient fait une icône, Pierre Daix et Hélène Parmelin dans les « Lettres Françaises » en tête, multiplient les anathèmes à l’égard de la femme libre qui, contrainte de quitter la France, trouve refuge aux Etats Unis.

Désormais centenaire, Françoise Gilot expose aujourd’hui  dans une des plus grandes galeries de New-York, capitale des arts, et sa peinture est enfin reconnue.

Pierre-Michel Vidal

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3 commentaires

  • Cet article me donne l’occasion de faire le point sur la notion de note dans Alternatives Pyrénées.

    Ce texte est vraiment très intéressant, bien écrit et donne envie de regarder Arte. Si, par hasard, je ne le pouvais pas, votre description en retire la substantifique moelle et je vous remercie de l’avoir exprimée avec passion, comme toujours dès que la tauromachie est mise en valeur, surtout là, où elle est valorisée par l’art, l’émotion d’une rencontre fusionnelle entre deux êtres épris d’un même idéal.
    Mais les passions sont tellement exigeantes qu’elles sont rarement durables, surtout avec cette différence d’âge!
    Passion ou raison???? Un sujet intéressant à débattre!

    Vos n’avez sûrement pas oublié que votre exaltation de la tauromachie a donné lieu à de nombreux échanges, souvent violents, dans ce site; j’ai participé à la condamnation de cette activité sanguinaire, surtout quand on y amène les enfants, même s’il fallait y voir une «transcendance» quelconque.

    Le problème que je posais au départ intervient alors.
    Très souvent, les « correcteurs » ne justifient pas leur décision or, au cours de ma carrière, je n’ai jamais mis une note sans l’expliquer; c’est inutile et irrespectueux pour celui qui a rédigé. La mauvaise note, anonyme surtout, masque bien des contenus!

    Sur quoi est basée l’étoile sur notre site? Je me pose la question depuis longtemps!

    Par exemple, en ce qui me concerne, ce serait le maximum pour la valeur du texte et son intérêt historique mais le minimum si je me limite à mon opposition irréductible à la tauromachie! En faire une moyenne n’a absolument aucun sens!!!
    Dans ce cas précis, je ne serai pas dupe de la malice qui a motivé cette production, mais, compte tenu de sa valeur intellectuelle, je mettrai sans hésitation, 5 étoiles.

    • Pierre-Michel Vidal

      Merci.
      Ce n’est pas un texte qui fait l’apologie de la corrida mais celle d’une femme courageuse qui a résisté à un génie à l’égoïsme démesuré. Il se trouve qu’ils aimaient tous les deux la corrida avec passion.

    • Je suis bien d’accord avec vous sur la qualité de cet article.
      Maintenant lorsque vous parlez de la notion de note, il faut reconnaître que l’objectivité de certains n’est pas au rendez-vous. En effet, courageux sous le couvert de l’anonymat, protégés par un pseudonyme, ils se comportent en censeurs et donneurs de leçon. Leur notes sont systématiquement mauvaises et attribuées non pas en fonction du contenu de l’article mais en fonction du rédacteur. Une façon qu’ils ont choisie pour décourager l’auteur de l’article et ainsi porter préjudice au site lui-même. Ils ne daignent d’ailleurs pas expliquer leur choix.
      Alors faut-il mettre fin à cette notation ou considérer qu’elle n’a qu’une valeur très relatives ?

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