Fallait-il condamner Valérie BACOT ?

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Avant d’imaginer une réponse à cette question un bref rappel de ce que fut sa vie avant l’acte fatal du 13 mars 2016 est indispensable.

Valérie Bacot née en 1980 est originaire de Saône-et-Loire. Ses parents se séparent en 1992. Sa mère , décrite comme alcoolique, autoritaire et violente, gérante d’un commerce dans le centre-ville de La Clayette, se met en couple avec Daniel Polette. Il emménage chez eux en décembre 1992 et commence à violer Valérie alors qu’elle a 12 ans. Condamné en avril 1996 à quatre ans de prison pour agression sexuelle sur mineure de moins de 15 ans, il sort de prison au bout de deux ans et demi et retourne au domicile familial, où les viols reprennent.  À l’âge de 17 ans, Valérie Bacot tombe enceinte d’un de ces viols et sa mère la met à la porte. Valérie Bacot, alors à peine majeure, quitte le domicile familial.

Elle s’installe avec Daniel Polette, son beau-père, dans la commune voisine de Baudemont et l’épouse : ils restent mariés dix-huit ans et ont quatre enfants. Son mari la force ensuite à se prostituer dans un monospace aménagé. Valérie Bacot affirme que Daniel Polette l’a visée à plusieurs reprises avec une arme non chargée et qu’il a appuyé sur la détente, brandissant la menace de charger l’arme la fois suivante.

En termes simples, cette femme à l’enfance sans amour, à l’adolescence massacrée , à la dignité bafouée, n’a jamais connu un ciel bleu. Peut-on imaginer ce qu’elle ressentait en livrant son corps sous la contrainte, sans plaisir, à des partenaires imposés par son mari dans des conditions sordides, tout en continuant à accomplir ses tâches maternelles ? Alors, un jour, elle craque. Son calvaire est devenu pour elle  insupportable. Quelle autre issue que la suppression du supplice ? 

Une cour d’assises l’a reconnue coupable d’homicide volontaire et lui a infligé une peine d’emprisonnement de quatre ans d’emprisonnement dont trois avec sursis. Était-ce bien nécessaire ?

S’agissant d’une sanction de principe, elle ne répond pas à l’exemplarité de la peine qui est un des buts de la réponse pénale à tout acte socialement dangereux. Il y aura d’autres Valérie Bacot parce que rien n’arrête les tyrans généralement alcooliques et désœuvrés.

La peine a aussi pour but de contenir une éventuelle récidive. Mais la personnalité de Valérie Bacot et l’environnement familial qui a conduit au drame ne laissent pas supposer un nouveau passage à l’acte homicide.

Alors était-ce bien nécessaire de la condamner ? La réponse populaire a été donnée par les marques de sympathie qui ont accueilli la décision de justice? 

Et ne peut-on pas considérer qu’ayant vécu un emprisonnement elle a en quelque sorte subi sa peine par anticipation dont le geste fatal a constitué la levée d’écrou? Sinon qui l’aurait libérée ? Rien ni personne ne pouvait venir à son secours de façon efficace.

Par ailleurs, la protection de ses enfants impliquait une solution drastique légale mais il n’en existe pas. Aucune loi n’aurait pu libérer la famille d’un tel mari et père.

Dans ce contexte une sanction pénale était-elle justifiée ? La conception française de la légitime défense ne pouvait pas être retenue alors que l’acte a constitué une protection pour son avenir et celui de ses enfants.

La cour d’assises devait trouver une motivation pour justifier un acquittement et tous les juristes entendus s’accordent sur le fait qu’il n’y en avait pas.

Alors ? Quand la loi en vigueur ou l’absence de loi empêche de donner une solution humaine et rationnelle à des actes que la morale laïque ne réprouve pas et qui ne contreviennent pas à la paix sociale, il faut que le législateur intervienne. Parce qu’en l’espèce, c’est une victime qui a été condamnée ! 

Avant elle, Jacqueline Sauvage, elle aussi victime d’un mari violent , avait connu un sort semblable avant d’être graciée par le chef de l’Etat. Ce pouvoir reconnu au président de la République n’est pas la solution. Une intervention législative s’impose. L’ «hominicide» ne doit pas devenir la réponse au «féminicide».

Pierre ESPOSITO 

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