Justice et miséricorde

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Accordons-nous sur un point : il n’y a aucun rapport entre le rôle de la justice et la miséricorde. La justice se doit d’appliquer avec rigueur, la loi, toute la loi, elle ne peut se permettre d’être miséricordieuse. Bon, cela est vrai, sauf à Pau. À Pau, grâce au ministère de la justice, un bâtiment du centre de la ville, appelé « La Miséricorde » et appartenant au patrimoine palois vient d’être sauvé. Les instances locales s’étant montrées incapables jusqu’alors de le rénover et de lui trouver une affectation.

Ce bâtiment appartient au patrimoine de la ville par son style et par son histoire. La Miséricorde avait été construite en 1873 pour devenir un orphelinat qui recevait les filles de la charité de Saint Vincent de Paul. Puis il a connu différentes orientations avant d’être acheté par la ville. Celle-ci ne sachant quoi en faire avait, un moment, envisagé de le transformer en centre de l’art. Le projet était tellement biscornu et avait, en son temps, suscité un tel tollé de la part des Palois qu’il fut abandonné. En effet le bâtiment devait être surmonté d’une sorte de bulle de couleur blanche tacheté de points noirs. On l’appelait alors la vache. Il était projeté d’en faire le bâtiment de l’ESAC (École supérieure des arts et de la communication).

A suivi une période d’abandon au cours de laquelle, les locaux se sont fortement dégradés. Il a fallu attendre septembre 2018 pour lui trouver une destination. A cette date en effet, le ministère de la Justice l’a racheté à la ville pour la somme de 500 000 €. La Garde des sceaux s’est à l’occasion déplacée à Pau pour négocier cet achat. Il faut reconnaître qu’un bâtiment de 2 500m² en plein centre de la ville, place Marguerite Laborde à ce prix, cela ressemble à une bonne affaire. Il servira de « cité judiciaire » et annexe de l’actuel palais de justice.

Je me souviens personnellement qu’à l’époque où la destination de l’ancien couvent faisait débat, qu’une de mes connaissances, architecte et promoteur immobilier de son état, affirmait à qui voulait l’entendre que cet édifice ne présentait aucun intérêt et que la seule solution valable tant sur le plan économique qu’architectural, était de le démolir pour construire un immeuble contemporain.

Heureusement que ces avis et projets ont été placés au rancart et fort opportunément oubliés. Lorsqu’on voit ce que donne la réhabilitation actuellement en cours on ne peut que se réjouir. Comme quoi, il est encore possible à Pau de sauver le patrimoine existant, à condition… de faire appel à la Justice.

Pau, le 2 août 2021

par Joël Braud

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