AFGHANISTAN, je ne t’oublie pas.

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Ce pays étant d’actualité cette semaine il me plait d’évoquer mes souvenirs de deux missions humanitaires que j’y ai accompli en 1987 et en 1989. J’étais très remonté à l’époque contre l’invasion soviétique. J’ai fini par trouver le contact avec l’organisation humanitaire AFRANE, vers la fin de l’occupation soviétique.

La première mission était pour aider les écoles. Un afghan francophone partait avec moi. Le voyage en avion est déjà extraordinaire : Paris-Karachi ce sont des heures et des heures d’avion de nuit, nous n’avons pas perdu de temps à Karachi, nous nous sommes précipités pour prendre un avion plus modeste Karachi-Peshawar. A Peshawar pas de taxis mais des mobylettes avec side-car. Nous sommes arrivés à la maison des humanitaires français. Cette grande maison était très bien organisée, j’y ai rencontré Médecins sans frontières, Médecins du Monde, et Solidarité-Afghanistan qui faisait à peu près ce que faisait AFRANE c’est à dire assistance civile hors médical. Quelques jours après mon arrivée est venu à moi le responsable des écoles de la région du Logar au Sud de Kaboul. Appelons le R., il avait un anglais tout à fait correct et donc nous nous comprenions parfaitement. Etant partisan que l’habit fait, en partie, le moine je lui demandais de m’amener chez un tailleur local. Ce dernier a pris mes mesures pour deux costumes typiques, d’ailleurs assez agréables à porter dans un pays chaud. Ce costume est constitué d’un pantalon flottant tenu à la taille par une simple cordelette, et d’une sorte de tablier qui tombe devant et derrière jusqu’au niveau des genoux. Une anecdote significative du degré de pruderie de cette civilisation : je voulais porter comme ceinture une jolie lanière, on m’a fait remarquer que cela faisait ressortir les fesses, donc à éviter. Pour continuer au sujet du vêtement il faut noter que l’Afghan par son altitude moyenne est assez froid. On complète donc l’équipement avec une couverture de laine appelée « Patou », que l’on drape, noblement (! ) autour des épaules.

Plus important, nous sommes allé acheter dans les magasins de Peshawar les cahiers, livres, crayons et aussi pour le haut et le bas des petits garçons : casquettes et souliers. Il choisissait et je payais. Tout est prêt, on attend. Un soir : toup, toup, toup, départ demain matin à quatre heures. Des voitures nous ont amenés proche de la frontière et là nous avons rencontré notre caravane à pied et à cheval de dix personnes et un peu plus. Les chevaux étaient chargés du matériel scolaire et de la nourriture. A midi nous étions passés de l’autre côté, c’était bien agréable de se reposer au soleil et de regarder le cuisinier préparer le riz : il le fait bouillir puis il le fait revenir dans l’huile, ce qui lui donne un bon goût de grillé. Pour le déjeuner : foin des assiettes, fourchettes ou couteaux, on se met tous autour d’un immense plat et on mange avec les doigts. En fait JE mange avec le bout de mes doigts, eux mangent à pleine main. Au cours du séjour on mangera de temps en temps avec quelques morceaux de viande, ceci pour noter une coutume charmante : vous êtes en groupe, un morceau de viande est devant vous, vous pouvez le manger bien sûr, vous pouvez aussi le saisir avec un morceau de galette et l’offrir à un ami, ce dernier a même le « droit » de l’offrir à une troisième personne. Ce que j’ai appelé galette est le pain afghan et pakistanais dit « NONE ». Il est cuit dans des sortes de cônes en terre, ouverts vers le haut, de dimensions métriques. Le boulanger plaque avec force la galette molle qui se colle sur la paroi verticale. Il sait quand la décrocher. C’est excellent quand c’est chaud.

En deux jours de marche harassante nous débouchons dans la belle plaine agricole du Logar. J’étais logé chez le responsable des écoles et on m’a présenté au Commandant, appelons le S. Cet homme, une force de la nature, a fait des études de médecine, il parlait aussi un anglais tout à fait compréhensible. Il est connu que chaque région a son Commandant qui, à l’occasion, lance une attaque contre une position soviétique, fait la police et juge de tout différend entre les civils. Comme chacun sait, dans ce genre de situation la différence entre combattant et civil est mince.

Distribution du matériel scolaire

On s’est déplacé dans trois ou quatre écoles primaires et chaque élève a reçu nominalement son dû. Je les ai filmé et je les ai trouvé mignons avec leurs casquettes qui leur donnait un petit air moderne. Pour nous faire plaisir ils ont chanté en choeur une chanson où le mot : »CHOURAWI » qui signifie « soviétique » revenait souvent.

Météorologie

Je savais, avant de partir que ce pays était assez sec, de l’ordre 400 mm d’eau par an. J’avais acheté en France un pluviomètre et deux thermomètre à mini-max. Avec R. nous avons installé le pluviomètre sur la terrasse de sa maison.

La guerre

Les soviétiques sont restés en Afghanistan de 1979 à 1989, sauf erreur de ma part. Ils étaient donc sur le départ, à l’époque de Gorbachev. C’était donc dans une situation entre la guerre et la paix. Les soviétiques tenaient fermement Kaboul, ils fichaient la paix aux logariens. Nous avions quelques survols d’avions et une fois un bombardement de jour, qui a tué deux enfants. A noter une sensation olfactive lors du passage nocturne de la frontière : j’y ai senti l’odeur de la mort c’est à dire l’odeur des morts. Et cela s’explique car j’ai vu un tas de pierres qui recouvrait un corps, non enterré car le sol était de la roche trop dure. Le Commandant est venu un jour à moi et me dit : « Je me prépare avec mes moudjs à attaquer, de nuit, une position soviétique, voulez vous venir avec votre caméra pour filmer ? ». J’avoue que j’estimais m’en être bien tiré jusque là et j’ai décliné l’offre. Les américains ont une expression : « don’t push your luck ! ».

Un journaliste américain, justement était aussi au Logar pour faire son métier et il a accepté l’offre du Commandant. Quand il est revenu de l’opération, qui avait été un succès, il m’a dit que les boulets ne sont pas passés loin de lui et que j’avais eu bien raison de m’abstenir.

Lors de mon deuxième séjour, en 1989, un autre Commandant était tout fier de me faire visiter un ancien poste soviétique dont tous les occupants avaient été tué. Le poste occupait le sommet d’une colline, mais l’Afghan avait déterminé une position d’où il pouvait tirer au mortier tout en étant inatteignable par les tirs ennemis. Les morts n’étaient pas enterrés………….

Deuxième séjour, en 1989

Cette fois nous étions trois français et un belge. L’objectif principal était l’aide agricole. Nous avons tout acheté au Pakistan, à Lahore en particulier pour quatre tracteurs. Lahore est une ville magnifique, je suis très content de l’avoir vu. Nous avons acheté des pesticides et des pulvérisateurs, des graines de légumes et peut être même des semences de blé.

L’agriculture dans cette région

Ils font de la vigne pour le raisin de table puisse qu’il est hors de question de faire du vin. Ils ont des arbres fruitiers de méditerranée : abricotiers, pêchers, cerisiers. Ils font aussi du blé en culture irriguée.

Irrigation

Ils m’ont montré un barrage, en amont, qui n’a jamais été rempli car les habitants des villages qui auraient été inondés ont été plus puissants que les ingénieurs hydrolisiens de Kaboul. Avec une aussi faible pluviométrie ils arrivent à irriguer grâce au système des « KAREZ ». Les eaux de pluie ruissèlent des flancs de montagnes toutes sèches et sans arbres. Cette eau alimente une nappe phréatique, les hommes des karezs dont c’est le métier à plein temps creusent un puits en limite de la plaine jusqu’à trouver l’eau. A partir de là ils creusent une galerie à pente très faible qui va rejoindre la plaine à pente plus forte. Il y a des canaux où j’ai même vu des truites, mais afghans ne mangent guère ou pas du tout de poisson. Le métier de creuseur de karez est un métier de chien, ils sont pliés en deux dans leurs galeries et certains sont morts par effondrement du terrain alluvial facile à creuser, facile à s’effondrer.

Images satellites SPOT

Avant le départ j’ai pu obtenir, à Toulouse des images SPOT qui couvaient l’Afghanistan. Avec la méthode des géologues je l’avais découpé en carreaux et collé sur une toile, ce qui fait que nous avions une carte bien commode pour se déplacer, en moto cette fois-ci. Sur ces image de codage fait que la verdure apparaît en rouge, et à ce moment là on voit que la verdure c’est exclusivement la zone cultivée, la nature est entièrement sèche.

De nouveau la guerre

Lors de la seconde mission l’équipe a voulu aller voir la ligne de front au Sud de Kaboul. Je n’étais pas fanatique, mais comme les autres voulaient y aller…………

Arrivés proches de Kaboul nous avons vu venir à nous les combattants couleurs de terre et cachés dans leurs trou. Nous avons vu aussi un véritable cimetière de chars.

Au second retour et passage de frontière il y a eu plus d’émotions que la première fois. D’abord en plein jour nous avons aperçu à temps un vol d’hélicoptères et nous nous sommes précipités dans des tranchées accueillantes. La nuit le ciel était zébré de tirs à droite et à gauche, on a continué à avancer en face…………… 

Un malheureux cheval, en traversant un fossé sur une passerelle faite de troncs d’arbres pas très gros, avait ces quatre pattes de chaque côté de la passerelle et le ventre sur les troncs. L’a t-on laissé là ?

Le passé et le présent se rejoignent

Il est malheureux que les afghans n’aient pas su s’entendre entre eux après le départ des Russes. Je peux conclure aussi, que les Russes ont quitté l’Afghanistan de manière bien plus intelligente que les américains. Ils n’ont rien négocié et ont gardé la maîtrise de l’air jusqu’au dernier moment. Concernant les coutumes dans les villes, après 20 ans de présence américaine et avant, j’en sais ce que les journaux et la télé nous en disent. Les coutumes dans les campagnes, elles, ont peu d’adaptations à faire pour complaire aux talibans. Le statut des femmes à l’époque et maintenant y est tout à fait inférieur à celui des hommes et, même avec le tchador, elles sont quasi absentes de l’espace publique.

Pau, le 20 août 2021

Jean-François de Lagausie

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6 commentaires

  • Coup de griffes après une opération d’évacuation à Kaboul…

    Lire l’article « Afghanistan : l’évacuation de 200 chiens et chats fait polémique »
    Source : site web du journal « Le Parisien » (International) : par Le Parisien avec AFP, publié le 29 août 2021

    Chapeau de l’article : « Cette mise à l’abri d’animaux intervient alors que de très nombreuses personnes ne parviennent pas à quitter le pays. »
    URL : https://www.leparisien.fr/international/afghanistan-levacuation-de-200-chiens-et-chats-fait-polemique-29-08-2021-NO43TZN3GBG37AFZJWR7IYNMJM.php

    Plus sérieusement et pour rappel :

    Il y a plus de 40 ans (16 janvier 1979), le Shah d’Iran et l’impératrice, fuyaient en exil en Egypte : bon, Sadate un peu et Farah dit… bah ! 😉 😉 😉

  • Merci pour l’évocation de ces souvenirs de deux missions humanitaires, cependant, les événements en Afghanistan, ne doivent pas à mon humble avis, occulter, outre la Syrie et l’Irak, ce qui se passe au Soudan… : une guerre civile sans fin et un drame absolu !!!

    Articles sur la situation au Soudan :

    . Article « Soudan du Sud : une guerre civile sans fin ? »
    Source : site web de « TV5Monde »

    Chapeau de l’article : « Depuis 2013, le Soudan du Sud est plongé dans une guerre civile qui oppose le gouvernement sud-soudanais du président Salva Kiir à une rébellion dirigée par l’ex vice-président Riek Machar. Le plus jeune pays du monde doit aujourd’hui faire face à une crise économique et humanitaire qui a entraîné la fuite de plus de 2 millions de personnes. »
    URL : https://information.tv5monde.com/afrique/soudan-du-sud-une-guerre-civile-sans-fin

    . Articles (Tags) « Soudan »
    Source : site web de « France 24 »

    Chapeau du dossier : « Le plus jeune pays du monde fête les dix ans de son indépendance vendredi 9 juillet. Malgré l’accord de paix de 2018 entre le président Salva Kiir et son principal opposant, Riek Machar, qui a mis fin à une guerre civile longue de six ans, la situation générale reste dramatique pour les Sud-Soudanais et la paix n’est bien souvent pas respectée en dehors de la capitale. L’insécurité alimentaire, les conflits intercommunautaires et les inondations liées au changement climatique mettent à mal toute perspective d’amélioration pour l’un des pays les plus pauvres de la planète. Plus de sept millions de Sud-Soudanais ne mangeraient pas à leur faim selon le Programme alimentaire mondial. En l’absence totale de plan d’aide du gouvernement de Juba, l’assistance des organisations internationales est vitale. »
    URL : https://www.france24.com/fr/tag/soudan/

    . Écouter l’article (Durée : 6mn) « Focus : Soudan du Sud : dix ans après l’indépendance, 7 millions de personnes souffrent de la faim »
    Source : site web de « France 24 » (Emission) : par Simon Wohlfahrt, publié le 09/07/2021

    Chapeau de l’article : « Le plus jeune pays du monde fête les dix ans de son indépendance vendredi 9 juillet. Malgré l’accord de paix de 2018 entre le président Salva Kiir et son principal opposant, Riek Machar, qui a mis fin à une guerre civile longue de six ans, la situation générale reste dramatique pour les Sud-Soudanais et la paix n’est bien souvent pas respectée en dehors de la capitale. L’insécurité alimentaire, les conflits intercommunautaires et les inondations liées au changement climatique mettent à mal toute perspective d’amélioration pour l’un des pays les plus pauvres de la planète. Plus de sept millions de Sud-Soudanais ne mangeraient pas à leur faim selon le Programme alimentaire mondial. En l’absence totale de plan d’aide du gouvernement de Juba, l’assistance des organisations internationales est vitale. »
    URL : https://www.france24.com/fr/%C3%A9missions/focus/20210709-soudan-du-sud-dix-ans-apr%C3%A8s-l-ind%C3%A9pendance-7-millions-de-personnes-souffrent-de-la-faim

    . Article « Soudan du sud : un pays dévasté par la guerre »
    Source : site web de l’association médicale humanitaire internationale « Médecins Sans Frontières » (MSF : Décryptage)

    Chapeau de l’article : « Le conflit très violent qui oppose depuis 2013 l’armée sud soudanaise à des groupes d’opposition a fait des ravages dans la population et a entraîné la fuite de près de quatre millions de personnes dans la région ou à l’intérieur du pays, caractérisé par un système de santé quasi inexistant, des inondations chroniques et une insécurité alimentaire permanente. »
    URL: https://www.msf.fr/decryptages/soudan-du-sud-un-pays-devaste-par-la-guerre

    / l’action humanitaire : ayant habité Paris, pendant environ 35 ans, j’ai eu l’occasion de rencontrer des personnes ayant travaillé principalement en Afrique, pour des associations humanitaires et ONG (Nota : ONG dont certaines ne sont pas neutres et sont « un peu » le fer de lance « géopolitique » de grandes puissances qu’il est inutile de citer ici, car connues…) et même rencontrer, près des locaux d’une société où j’intervenais pour une mission d’audit (Avenue Parmentier : 75011 Paris), un énarque, qui entre autres, dirigeait et participait à des séances de soutien psychologique pour des personnes qui avaient été traumatisées (Traumatismes psychologiques) par ce qu’elles avaient vu et connu, lors de leurs missions (Camp de réfugiés et zones de conflits).

    Je n’ose évoquer ici, ce qui m’a été raconté (…) sur certaines missions en Afrique, et encore moins, joindre à ce commentaire, des photos : la sauvagerie et l’horreur absolue (Ndlr : même, si ce n’est pas spécifique à ce seul continent…), aussi, je ne peux que citer à titre indicatif, les 2 articles suivants :

    ② Article « Épuisement professionnel dans le secteur humanitaire : que font les ONG ? »
    Source : site web de « France 24 » (Humanitaire) : texte par Caroline Brenière | Kaine Pier, publié le 08/05/2018

    Chapeau de l’article : « Qu’ils travaillent auprès des migrants sur la route ou des populations en guerre, les humanitaires ne sont pas épargnés par le stress et les traumatismes. Pourquoi le bien-être des travailleurs n’est-il toujours pas une priorité au sein des ONG ? »
    URL: https://www.france24.com/fr/20180507-epuisement-professionnel-burn-out-humanitaire-ong-oxfam-onu-ocha

    ③ Article « Enquête : Blessures «humanitaires» »
    Source : site web du journal « Libération » (Santé) : par Jean Guisnel, publié le 24 janvier 1995
    URL: https://www.liberation.fr/france-archive/1995/01/24/blessures-humanitaires_118795/

    Hors ONG qui font du prosélytisme (…), observer la neutralité est difficile sinon impossible devant certaines situations dans des zones de conflits et des contextes d’intervention qui changent et/ou évoluent…

    ④ Article « Les critères de l’engagement idéologique et de la neutralité politique »
    Source : site web de « L’Observatoire de l’action humanitaire » (L’étude des ONG / Les critères)
    URL: http://www.observatoire-humanitaire.org/fr/index.php?page=methodologie.php&m=criteres&c=engagement

  • Monsieur de LAGAUSIE, le monde est parfois petit.
    J’ai bien connu l’AFRANE, Amitiés Franco- Afghanes, Alain et Véra, Etienne…les brillants et constants rédacteurs de la revue « Les Nouvelles d’Afghanistan » , associés au CEREDAF Centre d’Etudes et de Recherches Documentaires sur l’Afghanistan.
    Nous avions fait une exposition-ventes-conférences pendant 45 jours, en mai1987 dans deux lieux différents à Toulouse, à la CAMIF et au Centre Culturel Catholique Saint Gérôme inaugurée par Pierre BAUDIS. De jeunes commerçants Afghans participaient à ces manifestations. Tous les bénéfices étaient reversés à l’association pour venir en aide aux populations meurtries, à des écoles et à des programmes de reconstruction.
    D’anciens professeurs et élèves du Lycée français Esteqlal de Kaboul nous avaient rejoints et soutenus dans cette initiative, avec Châh BAZGAR(1) et Habib HAIDER(2) . Pour rappel, Ahmed Chah MASSOUD « le lion du Panchir » sortait lui aussi du Lycée français de Kaboul.

    L’agence CAPA nous avait prêté d’immenses photos prises au Pakistan par Julio DONOSO chez les réfugiés Afghans. Une photo, particulièrement émouvante, présentait un enfant avec une prothèse de jambe en bois sur la tête, sa jambe avait été arrachée par l’explosion d’un faux-jouet ou stylo piégé que l’armée soviétique larguait par centaines en hélicoptère.
    Entre autres, les dessins géométriques d’un tapis afghan exposé, représentaient des scènes de la vie quotidienne avec des avions militaires, hélicoptères, bombes, fusils mitrailleurs, se différenciant des scènes familiales habituelles : naissances, garçons ou filles, animaux, avec des teintes de laine exclusivement végétales plus ou moins claires en fonction de la quantité d’eau tombée.
    Le tapis est plus qu’un livre résumant la culture orale, il est aussi une poésie, que racontait Habib HAIDER, comme il continue brillamment à le faire dans ses conférences « des fibres du tapis, à l’âme d’une nation, 30/06/1990 » , ou « Le tapis Afghan, 05/07/1988 » .

    Habib HAIDER, au travers de son parcours d’agro économiste dans le développement des productions laitières et fromagères en Afghanistan entre 1976-1979, a présenté aussi le tapis comme valeur de capitalisation. Entre le lait transformé en fromage consommable dans le temps, et le tapis qui réduit le volume de la laine utilisable, ces deux produits restent aussi bien des valeurs alimentaires pour le fromage que des usages économiques et domestiques pour le tapis.
    « Depuis la nuit des temps, le tapis est le moyen technique qui réduit le volume de la laine pour en donner une valeur d’usage. Le tapis est tissé ou noué par les femmes nomades. Ni les colorants, ni la laine, ni le travail ne sont achetés ou vendus sur les marchés » (réf Habib HAIDER : « le tapis afghan » ).

    De par leurs diversités de dessins géométriques, de couleurs, reflétant les diversités culturelles, ethniques et géographiques, les tapis Afghans n’ont-ils pas une certaine similitude avec nos fromages et de leurs diversités ?

    La chaine de production du « fromage de brebis » de nos Pyrénées, pourrait-t-elle se reproduire en Afghanistan ?

    Un grand Merci aux Lycées français à l’étranger, à contribuer par l’éducation à l’enrichissement culturel de l’Humanité.
    (1) Châh BAZGAR obtient son bac en 1969, fait des études supérieures en France avec un DEA en Biochimie. Il aurait pu se contenter d’une carrière scientifique à l’Institut du cancer de Villejuif, il a préféré effectuer des missions humanitaires et faire connaître l’indicible du drame afghan. Armé d’un appareil photo et d’une caméra afin de témoigner des atrocités perpétrées par l’armée rouge, atrocités qui ne sont rien comparées à celles perpétrées en 1999 par les Talibans Pakistanais parlant le ourdou, dans les villages du Panchir comme à Bazarak, Guldara, Calakan, Istalif, Karabah.
    Châh supervisait la remise en état de karez pour faire renaitre l’agriculture. Il est mort en Afghanistan le 23 novembre 1989.

    (2) Habib HAIDER agro économiste, docteur en géographie humaine de l’université Paris-Sorbonne, chef de projet pour la coopération Suisse en Afghanistan de juin 1976 à novembre 1979, responsable du développement des productions laitières dans les provinces de Kaboul, Baghlan, et Koulm. Auteur de nombreux articles de presse et conférences. Il intervient en 2005 comme conseiller auprès du ministère de l’agriculture à Kaboul. Il vit à Montpellier depuis 1979.
    Auteur avec François NICOLAS de : « Afghanistan. Reconstruction et développement » (2006)
    Dernier article de Habib HAIDER du 11 février 2016 : https://blogs.mediapart.fr/habib-haider/blog/110216/y-t-il-pour-les-jeunes-afghans-d-autres-solutions-que-le-depart-pour-l-europe

    • Jean-François de Lagausie

      Merci pour votre texte qui m’a énormément intéressé . je vais l’imprimer. Je sais que AFRANE a continué a faire de l’humanitaire du temps des Américains. Maintenant, sans doute plus.
      Un tout petit mot de technique, concernant les karezs à l’époque nous les avons payé car les paysans n’avaient plus d’argent, on a relancé le cycle paysans-karez.
      Savez vous si un simple forage-pompage-adduction d’eau a été essayé pour le remplacer ?
      Cordialement

      • Sur le bulletin de l’AFRANE vous trouvez la liste des projets réalisés : https://afrane.org/actions-en-afghanistan/construction/
        Oui, je sais pour les Karezs, leurs réhabilitations suite aux bombardements par l’armée rouge étaient urgents pour éviter un départ des sédentaires.
        J’ignore pour le pompage-adduction. La société afghane rurale était et est très pragmatique. Les Karezs existent depuis la nuit des temps dans toute l’asie centrale.
        Je me suis replongé dans certains documents que je n’avais pas ouvert depuis 1987, et ce qu’avait écrit Habib HAIDER dans son document de juin 1990 est toujours d’actualité en 2021. C’est incroyable de vérités.
        Tout comme le livre « reconstruction et développement » est extrêmement bien documenté sur 262 pages.
        Le bulletin n°41-42 « Les Nouvelles d’Afghanistan » de mars 1989 dont le titre est « Hérat ou l’art meurtri », est passionnent à relire.
        J’aurais du rajouter au début de mon commentaire : serendipity ou l’heureux hasard.
        Et maintenant que va faire l’AFRANE qui agit depuis 1981, au regard de l’effondrement en 15 jours de la coalition qui a voulu imposer un modèle de société à coups de milliards $ inadapté à l’oralité du pays ?
        Vers quelle modèle de société va se tourner maintenant l’Afghanistan dont l’essentiel de la population vit en zone rurale qui a été délaissée par le pouvoir centrale ?
        Cordialement

  • Ce récit force mon admiration pour cette grandeur d’âme qui est la vôtre.

    Egalement, sur le sol français nous avons eu autrefois des tuteurs bienveillants à l’égard d’enfants incultes et sans aucun repère.

    Et je sais par expérience que dans le coeur de ces petits Afghans votre générosité à leur égard a été salutaire.

    C’est ainsi que se construit une vraie patrie.

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