« Bebel » aux Invalides

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Bebel aux Invalides, c’est le symbole de notre société : Bebel aux Invalides et la dépouille de Johnny descendant les Champs Elysées tout cela pour permettre la catharsis d’un monde gavé d’images : cette fameuse « Société du spectacle », décrite en son temps par le philosophe américain Mac Luhan. L’analyse du conditionnement des gogos par les « Mass médias » date des années soixante. Elle est prémonitoire et n’a pas vieilli. Ainsi un chanteur vieillissant aura eu droit aux mêmes égards que le Général de Gaulle libérant Paris, -avec une ferveur quantitativement comparable- et la dépouille d’un acteur de cinéma –un parmi d’autres- reposera dans le Panthéon réservé aux élites de la Nation, aux côtés de Napoléon par exemple. Quand on songe aux polémiques et aux efforts qu’il a fallu aux amis du banni de Saint Hélène, victime de l’ostracisme de tous les régimes conservateurs de l’époque, pour y transporter la dépouille impériale, ce voisinage est dérisoire et flirte avec le mauvais goût.

Le XIXème siècle et même le XXème avaient des idoles plus remarquables et leurs hommages étaient plus estimables. Prenez le peintre Utrillo par exemple, mort à Dax au Splendid, sa dépouille transportée à Paris, fut suivie par cent mille personnes jusqu’au petit cimetière de Montmartre. Plus tôt dans le temps, on sait que plus de deux millions et demi de personnes ont suivi le catafalque de Victor Hugo en 1885. Lors de la mort d’Emile Zola la foule fut immense et les mineurs du Nord venus en masse, casque sur la tête, vêtus de leurs tuniques, et lumières à la main, défilèrent en scandant Germinal ! Germinal ! L’enterrement de Verlaine, personnage aux mœurs dissolues pour l’époque, paria lumineux, fit l’objet d’un grand défilé vers le cimetière des Batignolles. A cette époque, les arts : la peinture, l’écriture, la poésie étaient célébrées et les créateurs respectés jusque dans leur ultime moment.

Faut-il voir de ma part une quelconque hostilité à l’égard de Belmondo ?  Non ! Il était bien sympathique « L’as des as », « L’alpagueur », « Le guignolo ». Devenu sur le tard défenseur des toutous, il avait incarné à merveille l’oubliable jeune homme qui rêvait de devenir matador dans « Un Singe en hiver » et personne n’oubliera sa rencontre avec Jean Seberg vendant le New York Times dans « Pierrot le fou ». Ce qu’il y a de meilleur dans sa carrière, par ailleurs parfois médiocre, il le doit à Antoine Blondin, à Jean Luc Godard, à Jean Pierre Melville et à une poignée de grands du cinéma. Tourner avec des types de ce calibre, sur des dialogues de rêve ce n’est pas rien certes mais alors quid de son copain Lino Ventura un grand acteur lui aussi, très généreux qui anima et finança l’association Perce Neige pour aider les enfants handicapés ?

Bébel dans la cour des Invalides pour un hommage national auprès de Napoléon, où faudra-t-il placer désormais les restes de Jean Gabin, de Gérard Philipe ou ceux d’Yves Montand ? Et demain, car leur jour viendra, ceux d’Alain Delon qui a pour lui Luchino Visconti ou Joseph Losey ou de Gérard Depardieu, « Gégé », si français pour le coup jusque dans ses dénégations ? Franchement cette cérémonie aux Invalides n’est-ce pas exagération et démagogie ? Faut-il y voir une main tendue aux générations des « anciens ». Mais si elles ne sont ni Mac Fly et Carlito elles ne sont pas plus de Jean-Paul Belmodo. Elles le respectent pour ce qu’il est : un grand acteur, du bon cinéma français. Même si son décès nous attriste sincèrement sa carrière ne suffit pas à le conduire aux Invalides et il y a quelque chose de troublant dans cet hommage excessif.

Pierre-Michel Vidal

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8 commentaires

  • Désolé M. Vidal Belmondo n’est pas avec J Seberg dans Pierrot le fou mais dans « A bout de soufle »

  • « il y a quelque chose de troublant dans cet hommage excessif. »

    Ne perdons pas de vue que l’hommage national est une décision politique prise par le président de la République; en période préélectorale je soupçonne un non-dit opportuniste.

    La commémoration d’un premier de cordée qui s’est hissé au plus au niveau de son métier, n’hésitant pas à prendre des risques, est bien dans la philosophie libérale américaine de Macron.

    Il faut que cela brille, les grands discours, « les sanglots longs des violons de l’automne ont blessé nos cœurs….. »

    Pendant ce temps là d’autres «héros» inconnus, et combien nombreux sont méprisés.

    Aux propos de Macron
    «Un « héros sublime »
    « Nous nous retrouvions tous » en Jean-Paul Belmondo, a-t-il ajouté, en évoquant « un trésor national, tout en panache et en éclats de rire », « un héros sublime et une figure familière »

    je préfère ceux de Jean Castex bien plus modestes, modérés, appropriés et réalistes:
    il a déclaré lundi:
    « très triste » après la mort de celui qui était « vraiment une légende du cinéma français, un très grand symbole de notre patrimoine cinématographique ».

    • Sur le frontispice du Panthéon est inscrit : »Aux grands hommes, la patrie reconnaissante ». Il eût été préférable d’écrire : »A la patrie, les grands hommes reconnaissants » tant il est vrai qu’il n’y a pas de grand homme sans une reconnaissance des politiques. Les politiques ne représentent la patrie que durant une période et en fonction des circonstances parfois électoralistes. La meilleure preuve en est que quand l’histoire révèle certains épisodes de la vie des grands hommes, on déboulonne les statues.

  • Peut-être eût-il été utile de citer Michel Audiard, dialoguiste, à qui Belmondo doit ses plus célèbres répliques.
    Ce qui décrit le mieux Belmondo est le titre du film dans lequel il a joué : »Itinéraire d’une enfant gâté ». La vie a été très généreuse avec lui. Il le reconnaissait d’ailleurs volontiers

  • Vous avez cité Delon et pas Deneuve …!
    Des cérémonies aux Invalides de Jacques Yves Cousteau le 30 juin 1997 à Belmondo, il n’y a eu qu’une seule femme Simone Veil le 05 juillet 2017.
    Ça veut tout, dire en 2021, de l’image de la femme que nous pouvons porter aux Invalides.
    Il y a du travail à faire encore !
    Des acteurs et actrices valent peut-être mieux qu’un Général comme Nivelle (qui repose dans la crypte des « grands militaires »), dénommé  » le boucher », qui fit perdre inutilement aux alliés, le 16 avril 1917 dans la bataille du « chemin des Dames » dénommée aussi « offensive Nivelle », 350 000 hommes.
    Ne devrait-on pas retirer de cette crypte le corps de ce non héros, et le remplacer par une vraie héroïne ?

    • Ce rappel de la carrière du Général Nivelle peut (presque) se résumer par les 3 articles qui suivent…

      ① Article « Général Nivelle, bouffeur de Bretons ! » : publié le 8 décembre 2015
      Source : CanalBlog

      Extrait d’une déclaration de ce Général : « Le général Nivelle se serait exclamé, à propos de sa désastreuse offensive sur le Chemin des Dames : « ce que j’en ai consommé de Bretons ! » »
      URL : http://87dit.canalblog.com/archives/2016/12/08/34658795.html

      ② Article « 16 avril 1917 . L’offensive du Chemin des Dames » : publié le 27 décembre 2018
      Source : site web « Hérodote.net » (Le média de l’histoire)

      Chapeau de l’article : « Le 16 avril 1917, l’armée française lance une grande offensive en Picardie, sur le Chemin des Dames. Mal préparée, mal engagée, elle va entraîner un profond ressentiment chez les soldats avec une reprise en main des questions militaires par le gouvernement. » »
      URL : https://www.herodote.net/16_avril_1917-evenement-19170416.php

      ③ Article « Première Guerre mondiale : le fiasco du chemin des Dames »
      Source : magazine « Le Point » : par Laurent Legrand, publié le 28/05/2014

      Chapeau de l’article : « Poilus, tirailleurs africains, alliés, ils sont des centaines de milliers à avoir été sacrifiés sur le chemin des Dames pour une poignée de kilomètres. »
      URL : https://www.lepoint.fr/histoire/premiere-guerre-mondiale-le-fiasco-du-chemin-des-dames-28-05-2014-1828760_1615.php

      P’tite précision :

      Il y a quelques années, devant un parterre constitué principalement d’officiers, je me souviens avoir dit à un ancien chef d’état-major de l’armée de terre, dans l’amphithéâtre « présidence » de l’UPPA, qu’environ 70% des tués lors de la première guerre mondiale, était dû aux tirs d’artillerie et que cette guerre avait été une boucherie…

      La réponse de ce Général d’armée, avait été : « il ne faut pas dire que cela a été une boucherie… »

      Je n’ai pas osé lui répliquer ce qui suit, ce que je regrette finalement : « Pour vous, à partir de quel pourcentage de tués par l’artillerie, considère t-on, que c’est une boucherie : 80%, 90% ou plus ?!? »

      Humble avis : la présence du Général Nivelle dans la crypte des « grands militaires », au sein des Invalides, constitue pour moi, une insulte aux centaines de milliers de morts durant la première guerre mondiale… (Rappel des pertes militaires : près de 1 400 000 tués selon les différentes sources).

      • Nos VRAIES HEROÏNES devraient être honorées dans la crypte à la place de Nivelle, c’est au nom de toutes ces mères de ces 350 000 hommes inutilement sacrifiés que la patrie devrait être ENFIN reconnaissante.

  • « Devenu sur le tard défenseur des toutous, »

    Cette petite pique un peu méprisante avec le terme « toutous » est dommage au sein d’un texte qui rend malgré tout hommage à l’acteur. Belmondo parlait avec sincérité et émotion de son amour pour les chiens… mais je suppose qu’il faut avoir soi-même des chiens pour comprendre. Et je ne sais pas pourquoi « sur le tard » alors qu’il y a longtemps qu’il avait des chiens.

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