Un chasseur une voix

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« C’est une mobilisation exceptionnelle » selon les organisateurs. Nous ne nous laisserons plus faire ! Nous ne nous laisserons plus mal parler ni mépriser ! On ne réglera pas la crise climatique ou les problèmes liés à la biodiversité sur notre dos : c’est ce que 20 000 personnes, hommes ou femmes, riches ou pauvres, défenseurs de la  vénerie ou de la pose des matoles, ont dit samedi à Mont-de-Marsan, et des dizaines de milliers d’autres ont dit la même chose dans toute la France. Il y en a marre de la France des bobos qui veut dicter sa loi, des ministres incompétentes comme Madame Pompili qui veut régler les problèmes environnementaux en pointant du doigt le monde rural et des fonctionnaires européens qui pondent des règlements bureaucratiques sans aucune connexion avec la réalité, le terrain.

Evidemment, cet immense mouvement de la ruralité et d’abord des chasseurs n’a pas fait la une des médias télévisés ou écrits -ni de droite ni de gauche-, préoccupés d’abord par la « théorie du genre », par le tango piteux (j’y vais!, j’y vais pas!) dansé par monsieur Zemmour ou par les états d’âme tardifs de Jean-Yves Le Drian dont les déboires australiens étaient écrits depuis le départ des anglais.

Tandis qu’ils radotaient, la France profonde était à Mont-de-Marsan : chez les chasseurs, avec les aficionados, ou les coursayres ; et ceux qui se sentent près d’eux, qui partagent leurs valeurs étaient là aussi. Ils ont dit leur ras-le- bol après un long silence, une colère rentrée, ils ne veulent pas que l’on tire un trait sur LEURS traditions ou plutôt sur leur culture, car la chasse, c’est une culture, un savoir-faire, un long apprentissage.

Les chasseurs, comme les taurins, sont les premiers défenseurs de la biodiversité. Ils protègent la ressource, c’est facile à comprendre. Ils prennent soin des fossés, ils entretiennent les quelques haies qui demeurent où nichent les oiseaux, ils régulent les sangliers une espèce de plus en plus prolifique, à l’origine de nombreux accidents de la route. Les taurins maintiennent une espèce qui, sans eux, auraient disparue depuis longtemps. Et cette espèce qui demande un élevage extensif protège des milliers d’hectares de construction ou de cultures dopées par les pesticides ou les engrais.

Qui peut croire qu’un modeste chasseur d’alouettes qui attrapera chaque année quelques douzaines d’oiseaux est à l’origine de la disparition de l’espèce ? Non ! Les oiseaux disparaissent en raison de la pollution massive que nous subissons et d’abord la pollution industrielle à laquelle personne ne veut s’attaquer car elle est trop puissante.  En milieu urbain, l’abondance de chats plus ou moins domestique est aussi une raison de cette disparition progressive.

Il est bien difficile de combattre le racisme social qui s’exerce chez beaucoup d’urbains nourris par les médias, à l’encontre des ruraux et d’abord des chasseurs. La modernité est une obsession de notre époque. L’intolérance aussi : on parle sans savoir, on tire un trait sur le passé, on oublie ses racines. Il faut le rappeler : nous sommes tous des anciens ruraux, nos ancêtres avaient les mains dans le fumier et nous sommes tous programmés pour être ces chasseurs cueilleurs qu’étaient nos aïeuls. L’espèce humaine n’a évolué que dans la contrainte. Que peut espérer un homme numérisé, mondialisé, coupé de la nature, surveillé de toute part, programmé exclusivement pour produire, évoluant demain dans un prétendu éden matérialiste dominé par la consommation ?

La chasse -et particulièrement les chasses traditionnelles-, est une activité ancestrale qui nous relie à la nature. C’est un patrimoine à défendre comme la corrida ou la course landaise, comme les fêtes patronales menacées désormais par le Covid. Elles créent un lien social qui se réduit comme peau de chagrin et nourrit un véritable contact avec la nature. Il y a donc un patrimoine à défendre avec ce mot d’ordre : un chasseur une voix ! A bon entendeur salut.

Pierre-Michel Vidal

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7 commentaires

  • Il y a quelques années, j’avais discuté avec un garde du bois du Bastard; il se plaignait ainsi que les agriculteurs environnants du lâcher de cochongliers qui faisaient de gros dégâts. Il m’avait dit que les chasseurs en étaient les responsables.

    L’affaire semble générale et c’est scandaleux de la part de ces «Bayard» sans reproche!

    Chasse : ces « sangliers » croisés pour proliférer – Curieux.live
    https://www.curieux.live › 2020/02/10 › chasse-sanglier…
    10 févr. 2020 — Les cochongliers sont issus du croisement volontairement des sangliers sauvages avec les cochons. Les chasseurs sont responsables de leur …

    Pierre Jouventin, longtemps directeur de recherche en éthologie au CNRS & directeur du laboratoire d’écologie des animaux sauvages de Chizé (79) dit:

    « La population française de sangliers est évaluée à 1,2 million d’individus. Cette population a connu une explosion démographique sans précédent à partir des décennies 1970-1990. Pendant cette période, les fédérations de chasse ont financé de grands élevages.
    L’objectif ? Relâcher des sangliers par dizaine de milliers et améliorer ainsi leurs tableaux de chasse. Elles ont aussi joué aux apprentis sorciers en créant des cochongliers, issus du croisement volontairement des sangliers sauvages (Sus crofa) avec leurs descendants domestiques, les cochons également appelés porcs (Sus crofa domesticus).

    Ce constat peu glorieux complète les propos de Michel Lacanette du 20 septembre.

  • «L’espèce humaine n’a évolué que dans la contrainte. »

    Il me semble que les chasses traditionnelles en sont une illustration.

    J’ai vu, sur une photo de la manifestation de Mont de Marsan (*), des enfants portant un panneau: « Je veux chasser comme Papi ».
    Papi avaient faim et Grand Papi encore davantage.
    Les chasses traditionnelles étaient un moyen de subsistance.

    Depuis, la chasse est devenu un loisir, assez onéreux d’ailleurs, et les jeunes qui veulent chasser comme Papi se font de plus en plus rares. Tout comme les Gand Papis qui avaient faim …

    Je suis convaincu que, dans un monde qui change, la défense de la ruralité est dans l’évolution des traditions et non dans leur conservation. Adapter les usages à l’évolution des modes de vie est encore la meilleure façon de défendre et même renforcer la ruralité. C’est par exemple ce que je retiendrais de l’histoire des métayers landais.
    Cette adaptation qui implique de la créativité, se discerne aussi actuellement dans la ruralité, me semble-t-il. Et l’écologie en est d’ailleurs un des facteurs. Mais peut-être davantage au Pays basque ou en Béarn que dans les Landes.

    Et si la ruralité bouge quelque peu, je vois beaucoup d’exemples de créativité dans les banlieues pourtant décriées.

    (*) : https://www.larepubliquedespyrenees.fr/culture-et-loisirs/chasse/guerre-de-tranchee-autour-des-futurs-arretes-5967215.php

  • « Les chasseurs, ………., sont les premiers défenseurs de la biodiversité. »

    Si vraiment ils voulaient défendre la biodiversité il faudrait qu’ils fassent pression sur le gouvernement pour changer de politique: agricole, industrielle, d’urbanisme, de transport…

    Or, ils sont des secondes mains bienveillantes en se cantonnant à participer à des régulations que le déséquilibre de la biodiversité impose ainsi qu’à des campagnes de destruction de soi-disant nuisibles(un autre nom plus édulcorant est utilisé maintenant!)
    Or ces animaux susceptibles d’occasionner des dégâts sont en fait indispensables pour maintenir, justement, la biodiversité!

    • Or, ils sont des secondes mains bienveillantes en se cantonnant à participer à des régulations que le déséquilibre de la biodiversité impose ……
      Ne sont ils pas des acteurs du déséquilibre des espèces, notamment pour le sanglier, en pratiquant l’  » agrainage  » en période hivernale. Cette méthode devrait être totalement interdite, car elle participe à l’ accentuation du déséquilibre. Nos amis agriculteurs si disant pour les dégâts aux cultures de maïs ne soufflent mots dans ce cas là. Mais qu’ un ours dérange un troupeau, ou tue quelques brebis, ( dédommagées ce qui est normal) et là
      c’ est un tollé d’ un bout à l’ autre de la chaîne pyrénéenne. Bizarre, ce deux poids deux mesures ….

  • Les chasseurs doivent comprendre qu’un monde plus peuplé (bientôt 8 milliards d’humains contre 2 milliards il y a un siècle) est aussi un monde avec plus de contraintes sociales, pour tout le monde et à tous les niveaux. Et aussi que le monde évolue et que les contraintes changent. Beaucoup seraient prêts à le comprendre, d’ailleurs, mais ils sont chauffés par des leaders démagogues qui voient là de bonnes occasion de se faire une popularité à peu de frais.

    Et le monde de la chasse a aussi sa responsabilité dans l’image négative qu’il a parfois. Je ne suis pas anti-chasse sur le principe, mais quand des groupes de chasseurs barrent l’accès à certaines zones, parfois de façon intimidante (4×4 en travers du chemin et un « vous pouvez y aller mais c’est dangereux »), pour pouvoir chasser tranquille, j’apprécie moyen. Il y a 2-3 ans ma compagne a essuyé un tir qui est passé à quelques mètres d’elle alors qu’elle promenait son chien sur les côteaux du Chemin Henri IV, là aussi ça ressemblait très fort à un tir d’intimidation (ou alors le tireur ne l’avait pas vue, ce qui encore pire).

    « Les oiseaux disparaissent en raison de la pollution massive que nous subissons et d’abord la pollution industrielle  »

    La pollution due à l’agriculture intensive a bien plus d’impact sur les populations d’oiseau. Et il faut y inclure nos « jolis » champs de maïs béarnais, dont beaucoup (pas tous) sont cultivés à grands coups de pesticides qui stérilisent les sols de toute vie.

    « Les taurins maintiennent une espèce qui, sans eux, auraient disparue depuis longtemps »

    Le taureau de combat n’est pas une espèce, c’est une race bovine d’élevage, créée par l’Homme, au même titre que la Holstein ou la Charolaise.

  • Dans le journal Sud Ouest dimanche de ce 19 septembre 2021, il y a, en page 3, une interview du philosophe Francis Wolf que connait bien Pierre Vidal.
    « Il n’est jamais bon, dit-il, de défendre une pratique ou une culture au nom du fait que « c’est la tradition ». […] En revanche, je crois qu’il y a des cultures locales, régionales qui qui font partie de l’identité la plus profonde des gens, de leur mémoire, de leur rapport au monde et à la nature. […] Ce n’est pas du conservatisme, c’est la défense de la diversité culturelle sans laquelle un peuple se dilue dans l’uniformité ».

  •  » L’espèce humaine n’a évolué que dans la contrainte. »
    Mais a t’ elle évolué dans le bon sens? Bien triste aujourd’ hui de voir que sous le couvert de  » chasse traditionnelle  » des hommes repus de consumérisme puissent se permettre de tuer sous le nom de » chasseur » des petits oiseaux de 50 grammes qui ont fait des milliers de kilomètres pour assurer leur survie et perpétuer
    l’ espèce. Dans ce comportement de terre brûlée où est niché le respect de la nature? Il serait plus que temps que ces dits  » chasseurs » ouvrent les yeux et voient enfin la réalité en face et ne se laissent pas entraîner dans la démagogie destructrice de certains d’entre eux. Ne sont’ ils pas tout simplement en train de scier la branche sur laquelle ils sont semble t’ il perchés.
    La poursuite de la chasse doit se faire dans un cadre d’ égalité de chance entre le chasseur et le gibier et non dans un rapport de force uniquement favorable au chasseur. La chasse à la glue, ou aux matoles, et tant d’ autres types, notamment la chasse à la palombes dans les cols, doivent être bannies compte tenu des avantages dont bénéficient le chasseur, avantages qui entraînent une destruction massive des espèces. Un des avantages payé par les collectivités est l’ accès aux pistes forestières, ou pastorales en période de chasse. Combien ont été construites sous le couvert d’ intérêts agro-pastoraux pour satisfaire les chasseurs-électeurs? Leur usage en période de chasse doit être strictement interdit et pleinement respecté, afin que la chasse redevienne un régulateur maîtrisé de la faune et non son destructeur.

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