Les non-dits de François Bayrou

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Dans sa parution du samedi 18 septembre 2021, le journal « La République et l’Éclair » publie une interview de François Bayrou. Deux pages lui sont accordées. Merci qui ? Il y répond aux questions des journalistes sur deux sujets principaux : la prochaine élection présidentielle et la gestion de la ville de Pau. Quelques précisions doivent être apportées.

Dans la perspective de l’élection présidentielle et des élections législativesil se positionne comme celui qui entreprend de « trouver une organisation nouvelle qui unifiera les deux mouvements » (La République en Marche et le MoDem). Mais cette unification ne trouve pas sa véritable consistance. Beaucoup s’interrogent pour savoir ce qu’elle sera, un mariage, des partis associés, une maison commune, une coopérative ? Et d’autres se demandent si Édouard Philippe ancien premier ministre, actuellement occupé à créer un parti en soutien à Macron, sera de l’aventure. Mais on sent bien au travers de ce qui n’est encore qu’un projet que Bayrou serait très heureux d’en prendre la tête. Et quand il dit : « La division perpétuelle et le chacun pour soi, j’en fais mon ennemi personnel » on est prié de le croire. Puis à la question de savoir s’il pourrait présider ce futur mouvement central, il répond : « On verra. Je n’ai pas ce problème d’ego. Cela fait longtemps que j’ai dépassé cela. » Quel désintéressement au point qu’on a du mal à le reconnaître. Au fond de toute cette agitation menée par le Béarnais, il y a la perspective des élections législatives et c’est ce sujet qui accapare les esprits actuellement. Les investitures se négocient ainsi que le partage de celles-ci dans la circonscription. Imaginez qu’à Pau, par exemple, et pour ne citer que cette ville, un candidat LREM se présente en face d’un candidat MoDem. Hypothèse insoutenable susceptible de mettre en difficulté ceux qui sont investis par le parti de Bayrou

La proportionnelle est ensuite abordée. Tout le monde sait que Macron n’y est pas favorable. Alors le docteur Bayrou considérant que « notre système démocratique est malade » propose que l’élection des députés se fasse à la proportionnelle. Il considère que la question est toujours d’actualité et que prochainement le sujet va revenir sur la table. Ceux qui s’intéressent à la chose publique savent que l’instabilité ministérielle de la IV °ͤ République était le résultat de tensions entre les partis. Or, à cette époque où la durée de vie moyenne d’un gouvernement était inférieure à sept mois, les députés étaient élus à la proportionnelle. Il s’agissait d’un régime parlementaire et il n’y avait pas de formation majoritaire à la chambre. C’est d’ailleurs ce qui conduisit de Gaulle à démissionner le 20 janvier 1946. Pourtant quand il évoque la IVè République, François Bayrou n’a pas de mots assez durs. « Trop de gens vivent la Vè République comme si nous étions dans la IVème République, celle des marchandages. Je n’ai fait aucun marchandage avec Emmanuel Macron . J’ai indiqué simplement quelles étaient les conditions nécessaires. » (Autrement dit, moi je ne négocie pas j’impose ma vision des choses).[…] « La IVè République était un perpétuel chantage, une épreuve de force permanente ». C’est sans doute pour cela qu’il faut y revenir. En vérité à défaut de guérir notre système démocratique, la proportionnelle favoriserait l’émergence des petits partis comme le MoDem. 1987 est riche d’enseignements à ce propos.

Et puis vient la seconde partie de l’interview où il est question de la ville de Pau. « La foire démarre d’abord dans une ambiance de succès pour la ville » dit-il. Ça c’était avant qu’on en dresse un bilan, depuis les chiffres ont démontré le contraire. Ensuite viennent les satisfactions : la ville moyenne la plus favorable de toute la France pour faire ses études ; une des trois premières villes les plus agréables à vivre ; le commerce de centre ville repart dans des conditions spectaculaires. » Sur ce dernier point, aucun chiffre n’est fourni, c’est plus prudent, tout le monde n’est pas d’accord et il se trouve des professionnels pour en douter, les ingrats ! Malgré la fermeture de cinq classes lors de la rentrée scolaire, le maire de Pau affirme que « la progression du nombre des élèves a été constante ces dernières années ». Là également quelques données chiffrées auraient été les bienvenues pour démontrer cette péremptoire affirmation. Après nous avoir dit que pendant l’épidémie une somme qu’il estime à 5 ou 6 millions d’euros n’est pas rentrée, il envisage de « prendre des décisions ». Tous les contribuables de l’agglomération ont compris le message. Mais tranquillisez-vous braves gens, François veille : « J’essaierai de les modérer (les hausses de la fiscalité), mais je ne fragiliserai pas notre équilibre financier, parce que de cet équilibre dépend notre capacité à investir ». Ouf ! Déjà il nous avait promis de ne pas augmenter la fiscalité locale et celle-ci a augmenté plus vite que l’inflation. On s’interroge et on tremble. Et si, simple suggestion, on avait fait une croix sur certains investissements car il y en a bien, dans le tas, qui sont loin d’être indispensables.

Enfin, la journaliste lui rappelle que l’annulation du grand prix a permis d’économiser 2 millions d’euros par an utilisés pour l’achat des masques (chinois). L’impudente se fait reprendre de volley : « Vous êtes en bonne santé ? Oui ? » Quelle élégance !

Pau, le 4 octobre 2021

par Joël Braud

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