« Oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des français, par l’Etat Français »

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Il n’est pas grave d’arriver après la bataille car le débat actuel est un champ de ruines avant même que les couteaux ne soient réellement tirés. Avant que la campagne électorale ne soit engagée et que l’on en connaisse les compétiteurs on s’entretue déjà à coup de contre-vérité de de « Fakenews » soi-disant décryptés par des professionnels du « fast-cheking » comme il faut le dire dans ce jargon franglais qui nous submerge.

Et voici que de ce cloaque, aux premiers rangs de cette triste bagarre de rue, émerge un bateleur propulsé par sa « qualité » de commentateur télévisé muni d’un vernis de culture. Au royaume des aveugles les borgnes sont rois et ses assertions sont paroles d’évangile pour beaucoup de naïfs. Elles laissent sans voix les autres. Ainsi très récemment il nous assure que Pétain, alors chef de l’Etat Français, aurait été le protecteur des Juifs « français », sacrifiant au molosse nazi ceux qui n’étaient pas « ses » Juifs pour mieux protéger ces derniers. Certes la légende est connue mais on la croyait rangée aux accessoires poussiéreux des nostalgiques de l’extrême droite.

Nous sommes bien placés dans le Béarn pour mesurer l’ampleur du crime commis par Pétain envers les citoyens juifs, avec l’assentiment passif de son administration et souvent sa complicité active. Le camp de Gurs où, après le départ des Espagnols républicains –victimes d’un coup d’état-, ont été internés plusieurs milliers de Juifs de toute l’Europe en est un témoignage très concret. Il commence à sortir de l’oubli. On dira : ce n’était que des Juifs étrangers. Ce n’est pas exact car il y avait des Français parmi eux. Et surtout un être humain est un être humain et quelle conception cynique que de faire deux poids deux mesures entre eux. Pourquoi une telle férocité ? Sur quelle légitimité s’appuie-t-elle ? Comment la justifier ?

Beaucoup de ces Juifs qui ont été enfermés à Gurs, antichambre des camps d’extermination en réalité, avaient choisi dès 1933 la France volontairement pour fuir le nazisme. Les autres, comme ceux du pays de Bade Wurtemberg ont été raflés en quelques heures, embarqués dans des wagons à bestiaux dès la fin de 1940. Ceux-là n’auront connu de la France que la boue, la misère et la mort. Ces victimes de la première déportation nazie ont eu Gurs comme destination où ils ont été parqués avec l’accord du gouvernement français. Plus d’un millier d’entre eux ont succombé en quelques semaines. Cette communauté juive a disparu entièrement de cette région du pays de Bade.

Mais il y eut aussi des Juifs français victime de l’antisémitisme forcené de Vichy. On connaît la rafle du Vel d ’Hiv : les 16 et 17 juillet 1942.  13 152 Juifs sont arrêtés : 4 115 enfants, 5 919 femmes et 3 118 hommes. La police française ne fit pas de détails et aux Juifs étrangers furent mêlés de nombreux Français. Direction Drancy puis Auschwitz d’où bien peu reviendront vivant.

Enfin on peut citer la rafle de Bordeaux le 10 janvier 1944 qui a concerné 335 victimes juives enfermées dans un premier temps dans la grande synagogue de Bordeaux, puis furent envoyées elles aussi vers les camps de la mort. C’est ce drame qui, à l’initiative des victimes défendues par Maître Serge Karsfeld, a permis la condamnation de Maurice Papon, l’auteur de la rafle. Maurice Papon qui, dès l’après-guerre, bénéficiait de nombreux protecteurs à droite comme à gauche (au plus haut niveau).

Le président de la république Jacques Chirac, le 16 juillet 1995 a, dans un discours commémorant la rafle du Vel d’hiv, reconnu la responsabilité de l’Etat français : « oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des français par l’Etat Français (…) 4500 policiers français sous l’autorité de leurs chefs, répondaient aux exigences des nazis ». Discours courageux, admirable où il ajoutait « la France, patrie des Lumières et des droits de l’homme, terre d’accueil et d’asile, la France, ce jour-là accomplissait l’irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à ses bourreaux ».

Aux propos inexacts et irresponsables d’un danseur de corde (nous le nommerons pas pour ne pas lui accorder une importance qu’il n’a pas) exalté par des médias et des réseaux sociaux en folie, préférons la profondeur d’un homme d’état qui sut se montrer à la hauteur.

Pierre Michel Vidal  

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2 commentaires

  • Òsca, Pierre. Il faut le bombarder jour après jour de ces vérités dont ils fait des mensonges honteux, inacceptables.

  • Elles laissent sans voix les autres……

    Je ne pense pas que les citoyens actuels soient très sensibles aux discours démagogiques de certains pour ne pas les nommer. Bravo de nous rappeler les faits historiques qui se sont passés au camp de Gurs . Plus nous seront nombreux à dénoncer ces faits, plus sera diminué le poids des démagogues de tout poil . Merci de votre rappel, même si notre époque est bien loin de tous ces actes barbares.

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