SAMUEL

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Nous célébrons le premier anniversaire de l’horrible assassinat de Samuel Paty. Nos premières pensées vont à sa famille, à ses amis, à ses collègues et à ses élèves qui l’aimaient. Pour eux c’est encore le temps du deuil ; qu’ils reçoivent ici toute notre sympathie, l’expression de notre compassion. Nous partageons leurs peines. La perte d’un être cher est toujours douloureuse, dans ces conditions, elle est terrible. Samuel Paty n’a fait que son travail, et il est la victime innocente et courageuse de son devoir.

C’est une terrible injustice que d’arracher aux siens un être courageux et aimé qui exerçait un métier qui, pour lui, comme pour beaucoup de ses collègues, reste une vocation dangereuse. On l’a vu ici dans sa manifestation paroxystique, radicalement inhumaine, barbare mais c’est vrai aussi au quotidien dans ces gestes agressifs, ces menaces verbales, ces violences physiques dont sont victime nos enseignants. Ceux-là même qui devraient être la prunelle de nos yeux puisqu’ils sont en charge d’éduquer nos jeunes qui feront la France de demain, les avons nous laissés tomber?

Derrière la brutalité des faits, il y a les symboles qui restent à déchiffrer. Les leçons que nous devons tirer de ce meurtre. Beaucoup de nos enseignants sont en danger quotidiennement.  Ils vont être mieux protégés. Tant mieux ! Ceux qui exercent dans les  quartiers difficiles seront rassurés. Les autres aussi, car, comme on le voit,  pour une partie de la nouvelle génération, la violence est devenue un crédo. Cela ne concerne pas seulement les « quartiers » (comme on le dit aujourd’hui) : on a vu récemment des bagarres terribles opposer des bandes rivales de très jeunes gens aux abords du XVIème arrondissement. A ces brutalités aveugles et souvent sans motifs, il faut ajouter celles liées au trafic de drogue dans les établissements scolaires ; une réalité sur laquelle on jette un voile pudique. Le déni ne fait pas avancer les choses, pourtant.

Ce langage de la violence que certains jeunes utilisent de manière exacerbée, bien qu’il ne soit pas nouveau, il faut en analyser les raisons pour tenter de l’éradiquer, de le contenir du moins. Sans doute un certain laxisme ambiant a favorisé ces excès. Nous vivons dans la plainte et dans l’excuse. Mais il n’y a ni plainte ni excuse au meurtre. Les « boomers », héritiers lointains des idées de 68, ont favorisé ce laisser-aller qui menace le consensus républicain. Ils ne partagent plus le concept d’Universel inventé par les philosophes des lumières : Voltaire, Rousseau, Condorcet. Ils favorisent une contestation radicale de ces modèles désuets : contestation théorique chez les penseurs à la mode mais aussi très concrète, sur le terrain. Tout y passe les flics, l’hôpital, les profs. L’imperfection naturelle de tous ces corps sociaux fait l’objet d’une attaque globale, acharnée et systématique. Le service public est la première cible de ces jacqueries. Désormais, le chacun pour soi a gagné la partie sur la quête du vivre ensemble…

L’intolérance et le durcissement du débat, a pris le pas sur la sérénité et sur la modération nécessaire à une vie sociale harmonieuse. Quel exemple pour nos jeunes quand les adultes ne peuvent plus communiquer entre eux qu’à partir d’invectives et de propos haineux. C’est une dérive terrible et une responsabilité qui appartient à chacun. Le débat politique mérite plus d’apaisement, plus d’argument et une véritable recherche de la vérité. Nos voisins allemands y arrivent sans difficultés. Alors ?

La perception des enseignants par la société doit être revue. Ils ont été sans cesse décriés, dévalorisés, contestés de plus en plus durement par les parents. Leur autorité est bafouée. On fait ainsi souffler un vent méprisable et démagogique sur une profession dont on voit bien les mérites avec le meurtre de Samuel Paty. Il ne suffit pas de protéger. Il faut donner des moyens nouveaux à l’Ecole et d’abord augmenter les salaires des profs de manière significative sans promesses irréalistes. Tout n’est pas possible d’accord, mais cela devrait être une priorité.

Comment ne pas terminer sur le nécessaire approfondissement de l’idée de laïcité qui nous permet encore de vivre ensemble. Les enseignants sont en charge de transmettre aux élèves cette idée complexe mais nécessaire. Mais ils ont bon dos nos profs ! Tout ne peut pas reposer sur leurs frêles épaules. La compréhension, l’éducation et l’acceptation même de la laïcité commencent dans les familles. Certains adultes (de plus en plus) y sont hostiles, d’autres s’en moquent et ne perçoivent pas les bienfaits de ce consensus religieux. Le sacrifice de Samuel devrait éclairer ces derniers. Si c’est le cas, il ne sera pas mort en  vain.

Pierre-Michel Vidal

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2 commentaires

  • Jean-François de Lagausie

    Il y a des dizaines et des dizaines d’années que je me demande s’il y encore des Directeurs dans les collèges et les lycées.

  • Pierre-Michel Vidal

    « Nous avons relevé 98 incidents» lors des hommages à Samuel Paty dans les établissements scolaires, à affirmé Jean-Michel Blanquer sur RTL ce samedi matin. Des incidents «très variables» a précisé le ministre de l’Education nationale : des insultes ou encore «7 cas de menaces, individuelles ou collectives, qui feront l’objet des sanctions les plus sévères (…). Nous allons convoquer les familles, et voir ce qu’il y a derrière ces propos». Samedi matin in Le Figaro.

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