Réflexions à propos des traditions.

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La tradition désigne la transmission continue d’un contenu culturel à travers l’histoire. C’est une mémoire, un projet, en un mot une conscience collective : le souvenir de ce qui a été, avec le devoir de le transmettre et de l’enrichir.

La volonté de vouloir perpétuer les traditions pousse à un certain conservatisme.

Dans une société qui crée et évolue sans cesse, à toute allure,

Les jeunes en ont-ils encore besoin ?

Oui, pour conserver la connaissance de leurs racines, de leur passé, de leur identité.

Pas franchement à l’heure de la mondialisation commerciale et financière qui ne se préoccupe que du présent immédiat,

erreur fondamentale génératrice d’errance, d’incompréhension, de conflits.

Celui qui, comme moi, dans ma jeunesse, a connu la vie dans la campagne chalossaise, se souvient avoir vu garder les vaches dans les prés avec la protection du chien, connu les petites propriétés aux activités multiples, de la vigne au maïs du pays, avec les haricots, le séchoir en bois à maïs, le jardin potager, aux figuiers près de la grange, à l’eau que l’on allait chercher à la source ou au puits, des crapauds accoucheurs et des tritons ainsi que les cueillettes de cresson dans les fossés, des entraides entre fermiers lors de coups durs. Les seules odeurs étaient celles du foin, de la paille et…de l’étable…, de la soupe nourrissante qui mijotait pendant des heures sur les braises dans la cheminée, parfois le seul plat pour tous. Les deux bœufs couplés, protégés par la toile anti-mouches faisaient le transport, le labourage et… le fumier qui enrichissait les champs.., l’autonomie en somme.

N’oublions pas la messe, le dimanche, où s’entonnaient les chants graves et puissants des hommes qui ébranlaient les murs et donnaient la chair de poule ; la gloire du Seigneur une fois célébrée, ils se rendaient au café boire le vin blanc avant la course landaise de fin d’après midi, à Pomarez, la Mecque de la course landaise ou à Amou. La musique, les écarteurs et les spectateurs, enfants du village, rivalisaient de prouesses par les écarts en dedans ou les sauts de l’ange ; la marche Cazérienne était jouée pour le défilé d’ouverture et pour le paséo final.

Ce comportement traditionnel a perduré longtemps du fait :

*De l’importance de la suprématie des anciens dans l’agriculture ; ils imposaient aux jeunes la manière de faire, héritée des ancêtres…, c’est l’inverse maintenant !

*Du rôle des systèmes traditionnels inégalitaires de transmission qui maintenaient les exploitations d’une génération à l’autre par la désignation d’un héritier et l’exclusion des autres contraints au célibat et/ou à la mobilité géographique et/ou professionnelle.

«Que reste-t-il de tout cela, dîtes-le-moi ?»

Les bouleversements de la vie dans tous les domaines, fond et forme, ont changé les lois et les esprits ; de nouvelles nécessités économiques, donc politiques, apparaissent et disparaissent à un rythme de plus en plus rapide, parfois du jour au lendemain ! On ne peut plus vraiment parler de tradition, de contenu culturel, la «conscience collective» disparaît.

Cela relève plus de l’histoire !

L’interpénétration du monde rural et urbain, l’apport de l’immigration.. nécessitent la remise en question de toutes ces traditions régionales, souvent par souci sécuritaire ou de rentabilité, comme, dans notre sud ouest: la chasse, la culture paysane et l’élevage traditionnel; certaines sont devenues incompatibles avec le monde moderne.

La terre en général, n’est plus aux paysans, elle est aux sociétés agroalimentaires qui imposent leur volonté.

Heureusement, d’irrésistibles Gaulois organisent des résistances dans le domaine de l’agriculture pour refaire vivre le naturel, aussi bien au niveau de la montagne que de la campagne.

Le productivisme, la politique du profit, l’individualisme, ont généré l’éclatement des traditions :

*La disparition des petites zones forestières qui servaient à la vie et à la protection de la faune, gibier par exemple, à la production de bois pour l’hiver et à maints autres usages. Les arbres têtards (ceps de vigne, saules, chênes, frênes…) avaient des fonctions écologiques, économiques, sociales.

Les saules avaient une grande importance pour le paysan. Les branches étaient utilisées comme bois de chauffage, l’osier pour la vannerie (paniers, corbeilles, nasses…). Ils servaient pour la délimitation des parcelles et de repères, offraient de l’ombrage aux bêtes et stabilisaient les berges.

*L’élimination des haies, lieux d’habitats des prédateurs des parasites, le compactage et la stérilisation des sols, l’augmentation de la production des GES, du fait de la culture intensive.

*Les plantations de maïs OGM, les odeurs du lisier fraichement répandu, les masques pour se protéger des «cides», lors du stockage, de la mise en place sur le tracteur et de la pulvérisation.

*La toxicité des fossés.

*L’élevage concentrationnaire des porcs, volailles et autres canards, lieux de puanteur et de contamination par des virus, de la grippe aviaire par exemple, en attendant pire !

*Les échanges mondialisés des produits de l’élevage et de l’agriculture sont un des facteurs, non seulement du réchauffement climatique, mais de la et des futures pandémies .

*La chasse aux faisans d’élevage dans la cour des fermes.

*Les accidents de chasse lors des battues, et la grêle de plombs, si ce n’est plus, sur les promeneurs du dimanche avec les enfants.

«Le bilan des accidents de chasse lors de la saison 2019-2020, bilan présenté par la Fédération nationale de la chasse (FNC) et l’Office français de la biodiversité (OFB), comptait 141 victimes lors de 136 accidents (il y en a eu plusieurs pour quatre accidents), dont onze mortels.»

Ce n’est plus tolérable maintenant !

« www.sudouest.fr› Pyrénées Atlantiques Béarn :

«un chien touché par des plombs de chasse, «juste en face de chez nous»

*Ne parlons pas de l’appropriation des traditions par le commerce et la pub qui l’accompagne : Noël(et son sapin!), Jour de l’an, fête des mères, des pères, des grands-pères ou grands-mères……….!

Le but est de faire du fric et non de maintenir les traditions!

S’élever contre les anciennes traditions létales que certains veulent faire perdurer et les nouvelles nécessités économiques, destructrices de sens et de vie humaine, animale et végétale, est justifié, c’est un combat sociologique, écologique et politique.

La mémoire, le projet, la conscience collective, le souvenir de ce qui a été, ne font plus partie de l’actualité ; la mémoire est désormais absente, elle est simplifiée, numérisée, sélectionnée suivant les intérêts. On repart à zéro et chacun a un projet qui s’oppose aux autres, l’unité et la durée n’existent plus ainsi que la conscience collective.

Comment alors parler de tradition ?

L’historien doit se réintroduire dans la vie de la cité afin de se confronter au choc entre l’instantané et l’Histoire, ce qui contribuera à la compréhension en profondeur.

Ainsi, si toutes les traditions disparaissent sur le terrain, elles seront au moins conservées dans les textes, enrichies du présent, et enseignées.

Signé: Georges Vallet

crédits photos: Marc André DuboutChemin de fer Chalosse et Béarn

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3 commentaires

  • Les traditions avaient le mérite d’ être adaptées à la région sur laquelle elles étaient pratiquées. Dans nos Pyrénées celles de la montagne et des vallées étaient différentes de celles du piémont et de la plaine, même si elles étaient approchantes. Cela était plein de subtilités, qui pouvaient aller jusqu’ à tenir compte de la saisonnalité. Aujourd’ hui avec la mondialisation tout cela a volé en éclat. La pratique d’ élevage d’ un mouton en Australie ou dans les Pyrénées est exactement la même, puisque la race du mouton est elle même devenue standardisée. Cette perte de savoir au profit du seul profit économique est quelque part une importante régression humaine, même si la mission des agriculteurs à travers le monde est de donner le droit d’ accès à la
    nourriture. Maintenant reste la question de savoir qu’ en est ‘ il de la représentation et de la perception de cette nourriture industrielle sans tradition. Malheureusement considérée comme dénaturée, elle finit piteusement à la poubelle, après forte consommation de frigories et calories, venues renforcer le réchauffement climatique ambiant.

  • Quand Macron prétend que les réussites « électoralistes! » de sa politique, ont été possibles du fait de l’action « collective »des Français et qu’il parlerait désormais en leur nom;

    J’ai des doutes sur le « collectif » quand on suit les débats politiques!

    D’ailleurs,le libéralisme qu’il défend n’a jamais été basé sur le « collectif »; le système libéral repose sur l’initiative et la responsabilité individuelles.

    Pour en revenir au sujet du texte, on peut dire que la « conscience collective »ne fait pas partie des traditions du libéralisme!

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