La nostalgie de Renée Mourgues

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Venant d’écrire une recension du dernier livre de Renée Mourgues, j’ai voulu faire référence au précédent « L’âge d’Or des palaces de Pau ». Je me suis alors aperçu que l’article ne figurait pas sur les archives du site d’Alternatives Pyrénées. Une panne du serveur l’avait effacé. Alors, mieux qu’un lien, voici une réédition.

En publiant le livre intitulé « L’âge d’or des palaces de Pau »* (éditions Cairn, 157 pages, 20€) Renée Mourgues se penche sur un passé aussi éblouissant que fastueux de la ville de Pau. La splendeur de notre ville à une époque qui n’est plus et dont subsistent des souvenirs certes, mais dont malheureusement certains ont disparu.

Il ne faut pas croire que l’ouvrage de Renée Mourgues ne fait que reprendre ce que nous avons déjà pu lire ça et là sous d’autres plumes béarnaises. Son mérite résulte d’informations inédites et qui sont rassemblées après un long travail d’archiviste. La Belle Époque était, à Pau, celle où plusieurs palaces connaissaient leur pleine apogée. Se retrouve ici retracée avec précision l’histoire de l’Hôtel de France, du Grand hôtel, du Gassion et du Grand Palais Beau-Séjour.

Si les trois premiers palaces cités existent encore de nos jours et connaissent d’autres fonctions que celles qui étaient à leur origine, il faut déplorer la disparition du Grand Palais-Beau-Séjour. A ma connaissance, peu d’ouvrages abordent l’histoire de ce palace. « En 1997, l’historien Pierre Tucoo-Chala soulève un autre écueil. « L’étude des palaces se heurte à une difficulté majeure : l’absence d’archives permettant de reconstruire leur histoire et de suivre le flux de leur clientèle… »(Page 19).

« L’Hôtel Beau-Séjour, nous dit l’auteur est un joyau arraché à la mémoire collective. » Qui s’en souvient en effet parmi les palois d’aujourd’hui ? Certainement peu de monde. « En musardant sur le boulevard des Pyrénées, comment s’imaginer qu’il existât, il n’y a pas si longtemps de cela, en lieu et place d’un « building » à l’américaine sans cachet, un somptueux palace aux deux corps reliés d’une transcendante beauté ? Il offrait l’exemple même d’un habitat d’art conçu pour l’éternité, en opposition totale avec la vision utilitariste, matérialiste, minimaliste, impersonnelle et dépourvue de la moindre ambition esthétique comme trop souvent en vigueur depuis la seconde partie du XXe siècle. » (Page 127). Tout est dit et bien dit, sans concession, comment ne pas partager cette amère colère ?

Comment en est-on arrivé là ? « A la date du 27 février 1969, l’information s’avère abrupte : « A Pau, la démolition de l’hôtel Beau-Séjour, situé entre le Lycée Louis Barthou et le boulevard des Pyrénées, est commencée. » Sidérés, les Palois eurent-ils alors conscience de l’atteinte grave au roman de la ville et à son patrimoine ? Pour accomplir leur vile besogne, « les dévastateurs ne manquent jamais de prétexte », vilipendait en son temps l’auteur de Notre Dame de Paris, incriminant municipalité et administration complices dans la volonté d’annihiler des traces d’un monde jugé suranné ». […] « Ainsi a-t-on rasé le Grand-Palais-Beauséjour pour faire place aux nouvelles lubies de promoteurs sous influence de conceptions architecturales à l’américaine : une construction massive et sans cachet d’une superficie de huit mille mètres carrés. La livraison de la résidence « Cap Sud » puisque tel est son nom, est annoncée pour décembre 1970. « Une résidence moderne succède à un haut lieu du passé palois. Le temps passe » constate, un brin mélancolique, Jean Foropon. » (page 143). Il a bien fallu que quelqu’un autorise cet outrage à l’histoire de notre ville.

Comment ne pas partager ce sentiment où la nostalgie d’un passé prestigieux guide la plume de l’auteur ? Une plume exemplaire de celle qui fut journaliste à Pau. Son attachement fusionnel à la ville tient sans aucun doute à une profession qui l’a immergée au centre de la vie paloise. Un livre à lire absolument, et pas seulement par les amoureux de la capitale béarnaise.

Pau, le 2 décembre 2019

par Joël Braud

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4 commentaires

  • @sylvie Somdecoste-Lespoune

    A la suite de cet article, comment pouvez-vous faire et oser, un tel commentaire qui est une insulte à la personne à qui, même indirectement, vous l’adressez !!!

    C’est violent et tout simplement de la méchanceté à l’état pur !!!

    Êtes-vous médecin pour « jeter » sur ce forum, une telle affirmation sur Renée Mourgues ???

    On peut se poser des questions, sur le ou les objectifs que vous recherchez, en écrivant ce genre de commentaire qui, à mon humble avis, relève de la calomnie…

  • J’ignore le sens que vous donnez au mot aphasie mais je peux vous dire que votre remarque n’est pas très compréhensible. En tout cas j’y vois une sorte de méchanceté gratuite.

  • Ce livre avait attiré ma curiosité sans doute éveillée par cet étonnement constant qui est le mien s’agissant de la difficulté à mobiliser l’interêt des Palois et celui de certains de leurs édiles à différentes époques, à leurs racines, à leur patrimoine, à leur histoire au delà du sujet de ces quelques illustres grandes figures, je l’avais donc acheté rue des Cordeliers peu après sa sortie .
    Peut être que l’explication serait dans la structure des origines de la population, souvent implantée ou venue d’ailleurs au cours du 19 ème siècle avec les villégiatures anglo-saxonnes, les régiments militaires et l’école normale, pourvoyeurs de néo Palois au gré des affectations et une descendance qui ne se serait pas durablement ancrée dans notre ville ? Ceci n’est qu’une hypothèse.
    C’est précisément l’évocation de cet hôtel beau séjour qui m’a intéressé .
    Je savais que la municipalité des années 60 avait commis la destruction d’un bel hôtel particulier 17 eme près de la Mairie, je savais que mon grand père Colonel de cavalerie à la retraite, plutôt bien conservateur de par son parcours et ses origines avait pourtant un jugement sévère pour « ces petits messieurs sans envergure qui avait été chassés par un jeune député brillant qui faisait plein de choses pour les gens » confiait il à ma mère dans des conversations d’adultes que son petit-fils de 10 ans captait déjà avec attention, lors de nos visites de vacances aux grands parents en Béarn.
    Connaissant les habitudes de vie de mon grand père qui aimait quotidiennement quitter son domicile de l’avenue Édouard VII en début d’après midi pour se rendre à l’Aragon où à la coupole déguster un « mystère » ( une glace entourée de praline concassée que l’on ne trouve plus beaucoup de nos jours ) et un petit café, puis se rendre au cercle Anglais pour quelques parties de bridge , je pense qu’il a fait partie des Palois sidérés tant son parcours à travers le parc Beaumont, le boulevard des Pyrénées était imprégné de cette superbe harmonie architecturale et paysagère que sublimait l’hôtel Beau séjour à mi chemin de sa petite promenade Paloise. La sidération s’est peut être exprimée dans les urnes deux ans après, ne croyez vous pas ?

    René Mourgues semble s’étonner de la manière dont une décision aussi abrupte avait pu se prendre en 1969 par le Maire de l’époque.

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