Qui sont les « antivax » ?

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Qui sont les antivax ? Quel est leur profil ? Qu’est ce qui les anime ? Quels sont leurs « vérités » ? Pourquoi sont-ils si déterminés ? Ces questions les historiens et autres anthropologues se les poseront dans le futur et il est difficile d’y répondre aujourd’hui. Un problème essentiel pourtant puisqu’ils menacent la société dans leur ensemble et qu’au XXIème siècle, on n’a pas vu de mouvement aussi puissant et déterminé ; plus encore que les Gilets Jaunes -pourtant durement combattus. C’est leur propre santé qui est en jeu, celle de leurs proches et leurs libertés quotidiennes qui est réduite chaque jour un peu plus avec la systématisation du passe-vaccinal, ce qu’ils acceptent délibérément.

La question n’est pas de savoir s’ils ont tort ou raison. Une vaccination dont les effets sont efficaces mais limités –elle n’arrête pas la pandémie mais la réduit fortement- c’est tout de même mieux que rien du tout. Cela semble insensé que d’être condamné à attendre une extinction « naturelle » de l’épidémie. Le pass-sanitaire est un pis-aller dans ce contexte. Il évite une limitation indéfinie de nos mouvements. Il y a, avec ces vaccins, s’ils sont systématisés, comme il le fut pour les précédents, un véritable espoir de s’en sortir ; dans les grandes lignes du moins. Voilà le discours du bon sens, de la raison ; c’est un acte de foi que nous opposent les antivax. Un acte de foi par définition ne s’appuie sur aucunes certitudes mais sur l’axium : « il n’y a que la foi qui sauve ! »

Ce refus obstiné de la voie du raisonnable rend perplexe. Il est minoritaire certes mais la quantité de ceux qui le portent, 15 à 20% des Français, n’est pas négligeable non plus. Elle fait obstacle à cette immunité globale qui, même si elle ne réglerait pas tous les problèmes –on le sait désormais-, nous arrangerait bien. Surtout, elle est significative d’une défiance radicale à l’égard de notre société. Cette façon de crier « Viva la muerte ! » en toute impunité, impudeur même devient le motif central de nombreuses manifestations -dont le Béarn n’est pas exclu. Pourquoi ?

Ces manifestants sont moins nombreux, c’est vrai, gênés par les effets du passe-sanitaire de plus en plus contraignant pour eux -c’est son but -. Le déremboursement des tests et leur limitation dans le temps contraindra une partie de ces contestataires à rentrer dans la loi commune en attendant l’obligation vaccinale seule voie envisageable comme vient de le dire François Bayrou sur RMC estime le Haut-Commissaire au Plan qui affirme « On doit ouvrir la réflexion sur la vaccination obligatoire en France, c’est ma position depuis plusieurs mois, depuis qu’on sait que le vaccin est efficace et avec peu d’effets secondaires. C’est ce qu’on a fait sur les autres grandes épidémies comme la rougeole. Il ajoute que « c’est le moment ». Que deviendront alors ces irréductibles ?

Qui sont-ils ces antivax ? C’est la question : une galaxie mystérieuse spécifique à l’Hexagone car on notera que c’est un mouvement spécifiquement français par son ampleur et sa détermination. Il reste très marginal en Espagne ou au Portugal, en Italie, au Royaume Uni, par exemple.

Jeremy K. Ward, sociologue au Centre de recherche médecine, science, santé et société (CNRS, Inserm) et membre de la Commission technique des Vaccinations de la Haute autorité de santé explique dans l’Express : « Il s’agit de discours contre les institutions, mais qui refusent l’affiliation à des mouvements politiques classiques, voire qui rejettent ces mouvements. Ce qui ne veut pas dire que les partis politiques ne tentent pas de reprendre ou d’accompagner les antivax. (…).  ». Voilà un premier profil qui correspond bien à ce nous pouvons constater sur le terrain : des jeunes qui entendent contester la globalité de notre société  dans un geste provocateur dont ils ne mesurent pas la portée mortelle. Et une étude publiée dans le Quotidien du Médecin précise : « Sur YouTube, les chaînes anti-vaccins telles que celle de Thierry Casasnovas, Jean-Jacques Crèvecœur, Silvano Trotta, Salim Laïbi comptabilisent plusieurs centaines de milliers d’abonnés, lit-on. Plus symptomatique encore, ces chaînes ont gagné un nombre considérable d’abonnés depuis le début de l’épidémie. 

Les jeunes ne sont pas les seuls, on le constate dans les manifs que l’on observe un peu partout et qui ressemblent à s’y méprendre à celles conduites par les « gilets jaunes ». Ces derniers cherchent-ils ici à gagner une nouvelle manche ? Et leur « appareil », leurs militants en sommeil, trouvent-ils ici une manière nouvelle de ranimer leur colère, leur révolte globale dont on ne voit pas bien quel est l’objectif.  A priori cette seconde nébuleuse, essentiellement populaire et plutôt âgée, n’a guère à voir avec la précédente. Et pourtant… elles sont réunies par le refus du vaccin (et du passe sanitaire) en voyant dans cette contestation, à juste titre, une mise en cause radicale des fondements même de notre société qu’ils détestent.

Reste une troisième couche, moins nombreuse mais plus active : les meneurs. Sur le plan national on les connait. Ils appartiennent, pour la plupart, à divers courants d’extrême droite et se sont trouvés un leader (vacciné), qui fut le second de Marine Le Pen avant d’être limogé : Florian Phillipot. A ses côtés, la nébuleuse complotiste s’est investie dans ce combat : on citera la généticienne Alexandra Henrion Caude, l’humoriste Jean-Marie Bigard ou le chanteur Francis Lalanne. Ce mix a une portée sociale et des catégories qui ne se seraient jamais rencontrées trouvent dans ce combat une proximité inattendue et chaleureuse. N’oublions pas non plus le poids acquis ces dernières années par les médecines parallèles. Selon Marianne l’Union nationale de défense des familles et de l’individu (Unadfi), l’une des principales associations de préventions contre le phénomène sectaire, s’inquiète des liens entre anti vaccins et des médecines parallèles particulièrement en vogue ; Marie Drilhon, membre du bureau de l’organisme : « Dans cette mouvance, le vaccin nuit au corps, il faut faire ses défenses et se guérir soi-même. », 

Ainsi les antivax forment une sorte de patchwork inédit dans l’histoire de notre pays. Les contours de cette nébuleuse est difficile à saisir. Elle est animée cependant d’une résolution inédite. Se limitera-t-elle à la vaccination ou se retrouvera-t-elle sur d’autres sujets : La mise en cause de la démocratie par exemple ? Faut-il par conséquent être indulgent ? Plaider la naïveté ? La bonne foi ? De bonnes âmes, bien intentionnées, le préconisent. Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage disent-ils en substance. On aimerait bien, mais le contexte sanitaire nous donne-t-il la patience et la longueur de temps nécessaires à une conversion ?

Pierre-Michel Vidal

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